Le mois de novembre a marqué, année après année, la vie d'Antananarivo et de tout Madagascar, selon les archives d'L'Express de Madagascar qui retrace les événements de ces semaines à travers le temps. Des gerbes déposées sur les tombes aux prix littéraires qui font fleurir la langue malgache, novembre fut un mois de mémoire, de budgets et de livres.
Le 2 novembre, Antananarivo commémore la Fête des Morts. Des gerbes sont déposées au Monument aux Morts du cimetière d'Anjanahary et à celui d'Ivato, ainsi qu'aux cimetières d'Ambohipo et des Manguiers. Une messe solennelle chantée est célébrée à la cathédrale d'Andohalo en fin de matinée. C'est un rendez-vous ancien, profondément ancré dans les collines de la capitale, où les vivants viennent murmurer aux morts que rien n'est oublié.
1955 : une économie politique sous surveillance coloniale
Du 31 octobre au 7 novembre 1955, le professeur agrégé d'économie politique Luc Fauvel donne une série de conférences au Cercle franco-malgache, rapporte L'Express de Madagascar. La première s'intitule « Va-t'en vers une reconnaissance économique de la France ? » Le conférencier aborde ensuite « Les États-Unis et l'Europe face aux problèmes économiques de l'Afrique et de l'Asie », puis « Qu'est-ce que l'économie politique ? Son importance et sa nécessité ».
Ces conférences disent beaucoup de l'époque : on venait expliquer au pays colonisé ce qu'était l'économie, et de quel côté se trouvait la richesse. Les questions posées dans les salons du Cercle franco-malgache résonnent encore aujourd'hui, alors que Madagascar continue de se battre pour que ses terres, ses minerais et son travail servent d'abord ses propres enfants.
Le 3 novembre 1955, l'Assemblée représentative de Madagascar clôt sa session budgétaire, après les séances plénières des 20, 25, 28 et 29 octobre. Le 19 octobre, Jean Rivière, directeur des Finances, a présenté devant la commission des Finances de la Chambre la situation économique et financière du territoire. Le 29 octobre, le rapporteur général Olaf Aubry en résume les grandes lignes dans « un magistral exposé ». Le président Labrousse clôt les travaux en dressant le bilan de la session et en dégageant « les leçons pour l'avenir ».
Le 5 novembre, la session ordinaire de l'Assemblée provinciale d'Antananarivo s'ouvre sous la présidence de Desblanc. Le chef de la province Guerde prononce un discours brossant le tableau de la situation sanitaire, scolaire, économique et financière de la circonscription. Santé, école, économie : les mêmes combats que les nôtres, soixante-dix ans plus tard.
Les arts et la musique dans la capitale
Novembre n'est pas seulement affaire de chiffres et de discours. Du 5 au 13 novembre, Le Cudence expose ses tableaux au Hall d'information d'Antaninarenina. Le 9 novembre, la Musique de la garnison de Tananarive donne un concert de gala au Cercle franco-malgache, sous la présidence du Haut-commissaire André Soucadaux et du général Gardet, commandant supérieur des Forces armées de Madagascar et Dépendances. Dirigé par le lieutenant Jean Bertrand, le concert remporte un vif succès devant une nombreuse assistance.
Deux jours plus tard, la cérémonie du 11 novembre se déroule à Antananarivo dans un décor un peu différent des années précédentes. André Soucadaux et le général Gardet choisissent l'esplanade verdoyante de Mahamasina plutôt que les perspectives solennelles de l'avenue de La Libération, ex-avenue de l'Indépendance. Pendant que tonnent les canons du Fort-Voyron, se succèdent la prise d'armes, le défilé des troupes et des anciens combattants, puis le dépôt d'une gerbe au Monument aux Morts du lac Anosy. Le consulat général du Royaume-Uni dépose la sienne au cimetière d'Anjanahary. Un grand banquet des Anciens combattants clôture les cérémonies officielles.
1963 : un budget, un deuil, des livres
Huit ans plus tard, la République malgache tient ses propres comptes. Le 3 novembre 1963, le projet de budget 1964 s'équilibre à 23 725 millions. C'est le jeune État qui décide désormais de ses priorités, avec les moyens fragiles d'une nation qui vient de naître.
Le 23 novembre 1963, à la suite de l'assassinat de John Fitzgerald Kennedy, président des États-Unis, un conseil extraordinaire des ministres se réunit au palais de Mahazoarivo, dirigé par le président Philibert Tsiranana. Il est décidé que sur tout le territoire de Madagascar et dans les ambassades malgaches, tous les drapeaux seront mis en berne jusqu'au jour des funérailles. Un peuple qui connaît le deuil sait saluer celui des autres.
Le 28 novembre 1963, la Fondation Akbaraly récompense deux œuvres : le roman historique « Princesse zazafotsy de Nosy Be » de Thérèse Laquay, et « L'Art d'être grand-oncle » de Franck Andrianjatovo. M. Akbaraly, décrit comme « généreux mécène, indien de naissance, français d'esprit, malgache de cœur », a fondé en 1961 deux prix littéraires dotés de 10 000 FMG chacun, soit 2 000 FF, ainsi que deux prix de 25 000 FMG (5 000 FF) destinés à une étudiante et à un étudiant choisis par le Conseil de la Faculté des Lettres pour leur valeur et leur mérite.
Pourquoi ces souvenirs comptent encore
Ce mois de novembre raconté par les archives ressemble à une saison : les morts que l'on honore, l'argent que l'on compte, les livres que l'on écrit. Derrière les cérémonies coloniales se lisent les prémices d'une indépendance qui viendra, et derrière chaque budget, la vieille question de savoir pour qui travaillent les richesses de l'île.
Ces prix littéraires Akbaraly rappellent une chose simple : une nation se construit aussi avec des histoires, celles de Nosy Be, des princesses zazafotsy, des grand-oncles et des familles. Tant que les voix malgaches s'écrivent et se lisent, la mémoire de l'île ne sera jamais une terre en friche.
Questions fréquentes
Quels événements marquent le mois de novembre dans l'histoire de Madagascar ?
D'après L'Express de Madagascar, novembre est marqué par la Fête des Morts le 2 novembre, la clôture de la session budgétaire de l'Assemblée représentative le 3 novembre 1955, les cérémonies du 11 novembre à Mahamasina, le budget 1964 adopté le 3 novembre 1963, le deuil national après l'assassinat de Kennedy le 23 novembre 1963, et les prix littéraires Akbaraly décernés le 28 novembre 1963.
Qu'est-ce que la Fondation Akbaraly ?
Créée par le mécène M. Akbaraly, elle a fondé en 1961 deux prix littéraires dotés de 10 000 FMG chacun, plus deux prix de 25 000 FMG pour une étudiante et un étudiant distingués par le Conseil de la Faculté des Lettres.
Où se déroulaient les cérémonies du 11 novembre à Antananarivo ?
Elles se tenaient en 1955 sur l'esplanade de Mahamasina, avec la prise d'armes, le défilé des troupes, les salves du Fort-Voyron et le dépôt d'une gerbe au Monument aux Morts du lac Anosy.
