Treize centres de cyber-escroquerie ont été démantelés entre août et septembre 2026 à Madagascar, révélant qu'un groupe criminel chinois, délogé du Cambodge, avait transplanté sur notre île ses arnaques en ligne et y exploitait des ressortissants africains réduits à une forme de traite d'êtres humains.
L'information, confirmée par l'AFP auprès des autorités malgaches, a été rapportée par Orange Actualités. Selon la justice américaine (DoJ), l'opération conjointe avec les États-Unis a permis la saisie de 52 millions de dollars de cryptomonnaies et de 3.200 appareils électroniques. Cent quarante-huit ressortissants chinois ont été extradés vers la Chine.
Des victimes africaines derrière les claviers
Derrière les arnaques à la romance, aux cryptomonnaies ou les pyramides de Ponzi, il y a des hommes et des femmes venus d'Afrique avec l'espoir d'un travail honnête. Une vingtaine de Rwandais, Zimbabwéens, Ougandais et Kényans ont été attirés par la promesse de salaires sur les réseaux sociaux.
« Ils disent avoir été recrutés via Facebook pour travailler dans le commerce à Madagascar. Mais en arrivant, la majorité des passeports ont été confisqués par le boss et ils ont été forcés d'escroquer », détaille le commissaire Hassan Mouigni, chef de la cellule cybercriminalité de la police malgache. « Ils ont été victimes de tromperie. »
Les premiers éléments d'enquête suggèrent que ces ressortissants africains pourraient avoir été victimes de traite d'êtres humains. Pourtant, ils demeurent incarcérés, tandis que onze ressortissants chinois arrêtés ont été mystérieusement libérés de prison dans un scandale qui éclabousse la garde des Sceaux Fanirisoa Ernaivo. Un des mis en cause l'accuse d'avoir reçu l'instruction de les libérer, ce qu'elle dément.
Du Cambodge à Ivato : le voyage d'une industrie criminelle
Le suspected « boss » du centre d'Ivato, quartier cossu près d'Antananarivo, est un ressortissant malaisien, Chui Kok Wa, dont le FBI a demandé l'extradition, selon un communiqué du DoJ rapporté par l'AFP.
« À partir du visa dans le passeport, on a pu déduire qu'il était arrivé ici pour la première fois en 2024. Il était auparavant au Cambodge », indique le commissaire Hassan Mouigni. Jusqu'à un durcissement récent, le Cambodge était devenu une place forte de la cybercriminalité.
Le coordinateur de la cellule de lutte contre la cybercriminalité du ministère de la Communication, Tsitohaina Ralihivao, lie l'arrivée de ces réseaux aux affrontements frontaliers entre le Cambodge et la Thaïlande de juillet 2025. « Lorsque les Thaïlandais ont démantelé, ils ont juste déplacé les opérations. Ce sont les mêmes organisations qui sont venues à Madagascar », dit-il.
Un document judiciaire du FBI, partagé par le DoJ et cité par La Croix, accrédite cette version : « des centres de cyber-escroquerie s'implantent de plus en plus en Afrique suite à la fermeture de tels complexes en Asie du Sud-Est ». Le texte rapporte l'interrogatoire de trois Brésiliens transférés d'un complexe cambodgien à Antananarivo début mai 2026.
Pourquoi les arnaqueurs visaient Madagascar
Si les autorités américaines sont passées à l'action, c'est que ces centres ciblaient « principalement des pays anglophones », « des Américains, Canadiens, Pakistanais », explique le commissaire Hassan Mouigni. D'où le besoin de ressortissants de pays anglophones africains, précise Tsitohaina Ralihivao.
La montée en puissance s'est vue dans le paysage même de la capitale. « Avant, ils occupaient des villas un peu discrètes, ce qui nous a alertés, c'est qu'ils ont commencé à louer des hôtels tout entiers », ajoute le commissaire. C'était le cas du Live Hotel à Antananarivo, dont le dirigeant présumé, un ressortissant chinois nommé « Huang Jidi » ou « Wang Jidi », a été extradé par Pékin. Comme tous les ressortissants chinois identifiés comme chefs, il n'a pu être interrogé par le FBI.
L'Office des Nations Unies contre la drogue et le crime (UNODC) avait mis en garde l'an passé contre l'expansion de ces réseaux, notamment en Afrique australe.
Notre île n'est pas un terrain de repli pour les prédateurs
Voilà ce que devient notre terre quand la cupidité sans frontières cherche un refuge : des hôtels entiers transformés en usines à mensonge, des jeunes Africains dépossédés de leurs passeports comme des migrants enchaînés, et des dirigeants criminels protégés dans l'ombre pendant que les victimes croupissent en prison.
Que des ressortissants africains, trompés et contraints, restent derrière les barreaux tandis que onze suspects chinois ont retrouvé la liberté sans explication, dit quelque chose de douloureux sur l'état de notre justice. La garde des Sceaux Fanirisoa Ernaivo dément, mais le doute s'est installé, et il ne partira pas avec des communiqués.
Nous refusons que Madagascar devienne le nouveau nom de la traite des êtres humains en Afrique. Nos communautés, nos terres, notre hospitalité millénaire ne sont pas à vendre aux industries du mensonge, qu'elles viennent de Phnom Penh ou d'ailleurs. La solidarité qui unit les peuples de l'océan Indien et du continent africain doit s'écrire dans les actes : libérer les victimes, juger les vrais coupables, éclairer chaque libération suspecte.
La prochaine étape appartient à la justice malgache : extrader ou juger, et surtout reconnaître la qualité de victimes à ceux qu'on continue d'enfermer.
Questions fréquentes
Combien de centres d'arnaque ont été démantelés à Madagascar ?
Treize centres de cyber-escroquerie ont été démantelés entre août et septembre 2026 lors d'une opération conjointe entre les autorités malgaches et américaines.
Combien de cryptomonnaies ont été saisies ?
La justice américaine indique que 52 millions de dollars de cryptomonnaies et 3.200 appareils électroniques ont été saisis, et que 148 ressortissants chinois ont été extradés vers la Chine.
Qui sont les victimes africaines de ces centres ?
Une vingtaine de Rwandais, Zimbabwéens, Ougandais et Kényans, recrutés via Facebook avec de fausses promesses d'emploi, ont vu leurs passeports confisqués et ont été forcés d'escroquer, selon la police malgache.
