Les premières averses de la saison ont suffi. Le 30 octobre 2026, selon L'Express de Madagascar, les quartiers bas de la capitale se sont retrouvés submergés en quelques minutes, rappelant que la question du drainage reste entière, saison après saison.
À Mahavoky Besarety, il a fallu un quart d'heure de pluie pour que l'eau atteigne les pieds de l'étal de Florentine Rabemasoandro. Le lendemain, la commerçante nettoyait la boue laissée par la décrue et constatait, amère, la chute de son chiffre d'affaires à chaque submersion de la chaussée.
Quand la pluie devient une punition quotidienne
La capitale malgache vit depuis des années avec cette réalité paradoxale : chaque goutte qui tombe sur les collines se déverse dans les zones basses et s'y bloque. Comme le rappelle RFI, ces images de quartiers entièrement sous les eaux n'ont plus rien d'exceptionnel, et les pluies violentes ont déjà fait une dizaine de morts et un millier de sinistrés dans la ville.
À Andranomahity Ankorondrano, Domoina Ny Aina Razakariasy, mère de six enfants installée depuis seize ans dans le quartier, décrit un quotidien que la ville n'aurait jamais dû imposer à ses habitants. Dès que le niveau monte, la population bricole des passages de fortune. Les écoliers traversent en funambules, les adultes improvisent. Sa famille a même dû construire une pirogue pour assurer ses déplacements en période de crue.
Elle s'inquiète aussi, et comment ne pas l'entendre, des risques sanitaires que courent ses enfants, pieds nus dans des eaux souillées. Elle exhorte les responsables publics à apporter enfin une réponse pérenne au problème du drainage.
À Besarety, Njaratiana Lionel témoigne de la détresse des enfants contraints de patauger dans les eaux usées pour rejoindre la classe. Les adultes ne sont pas épargnés : comment garder une hygiène décente avant d'aller travailler, quand la rue est devenue une mare ?
La ville à l'arrêt, l'économie au ralenti
Le blocage ne s'arrête pas aux pas des piétons. À Andravoahangy, Michel Randrianarivo, chauffeur de taxi-be, déplore l'asphyxie du trafic. Dès que les chaussées sont submergées, les embouteillations se multiplient et l'activité économique tourne au ralenti. Ce sont des journées de travail perdues, des marchandises qui pourrissent, des salaires amputés. Pour les vendeuses et les chauffeurs, la pluie n'est plus un don du ciel mais une taxe invisible prélevée sur les plus fragiles.
Car c'est bien cela, l'inondation à Antananarivo : un impôt payé par ceux qui n'ont pas les moyens d'habiter ailleurs. Les collines, réservées aux plus aisés, regardent les bas-fonds absorber toute la colère de l'eau. Les bassins tampons, ces zones où l'eau s'accumule en attendant que les canaux l'évacuent vers les exutoires, sont occupés par des habitations, faute de politique foncière digne de ce nom. Tahiana Andriamanantena, experte en hydraulique urbaine interrogée par RFI, le confirme : certaines zones de la commune urbaine sont des bassins tampons où l'eau stoque en attendant l'évacuation.
Des annonces, des chantiers, et la boue qui revient
Pourtant, la lutte contre l'engorgement est affichée comme une priorité. La Commune urbaine d'Antananarivo (CUA) a annoncé une vaste opération d'assainissement portant sur près de 50 kilomètres de canaux secondaires et tertiaires, répartis sur 61 fokontany à travers les six arrondissements.
Le Bureau national de gestion des risques et des catastrophes (BNGRC) fait état, selon allAfrica, d'interventions ciblées dans le VIe arrondissement, notamment à Ambohimandroso et Ambodihady. Ces travaux visent à fluidifier l'écoulement des eaux pluviales.
Mais le terrain répond sans pitié aux communiqués. Dès les premières précipitations, les abords des logements et des commerces sont noyés, la vie locale se paralyse et les ménages improvisent pour acheminer leurs enfants à l'école. Le défi majeur réside dans la concrétisation de ces chantiers en améliorations perceptibles pour les secteurs les plus vulnérables.
À Besarety, les résidents pointent du doigt l'accumulation des ordures ménagères qui obstruent les conduits, et l'insuffisance du sous-réseau d'évacuation. Florentine Rabemasoandro, elle, réclame du « sekaline » : ce curage régulier des canaux qu'elle estime désormais vital. Une demande simple, presque modeste, adressée à une ville qui semble n'avoir d'oreille que pour les grands projets.
Le droit à la ville, un combat partagé
L'efficacité du curage repose sur la régularité de l'entretien, mais aussi sur la capacité globale du réseau à absorber et évacuer d'importants volumes d'eau. Ces témoignages rappellent la complexité structurelle du problème : au-delà des annonces institutionnelles, l'enjeu est d'enrayer durablement la fragilité des zones bas-fond.
Il y a quelque chose de profondément injuste dans cette répétition. Ce ne sont pas les habitants de Besarety ou de Mahavoky qui ont bétonné les collines, comblé les canaux ou laissé pourrir la gestion des déchets. Ce sont eux pourtant qui comptent les billes perdues dans la boue, qui construisent des pirogues avec trois fois rien, qui regardent leurs enfants traverser les eaux usées pour aller apprendre à lire.
La pluie ne choisira jamais les riches ou les pauvres. Mais la ville, elle, choisit. Elle choisit chaque fois qu'elle néglige un canal, qu'elle ferme les yeux sur les ordures, qu'elle annonce sans suivre. Pour la population, l'impact des politiques d'assainissement se mesurera à un indicateur simple : la possibilité de se déplacer, de travailler et de scolariser leurs enfants sans affronter des eaux stagnantes dès les premières gouttes.
Questions fréquentes
Quels travaux d'assainissement sont prévus à Antananarivo ?
La Commune urbaine d'Antananarivo a annoncé une opération portant sur près de 50 kilomètres de canaux secondaires et tertiaires, répartis sur 61 fokontany dans les six arrondissements, complétée par des interventions ciblées du BNGRC dans le VIe arrondissement.
Pourquoi les inondations se répètent-elles chaque saison ?
Les eaux pluviales s'accumulent dans les zones basses, dont certaines servent de bassins tampons, et le réseau de drainage, obstrué par les déchets ménagers, ne suffit pas à les évacuer.
Quelles sont les conséquences pour les habitants des bas-fonds ?
Les familles perdent des revenus, les écoliers traversent des eaux usées, des risques sanitaires apparaissent et la circulation, notamment celle des taxi-be, se paralyse à chaque submersion.
