Le président Michaël Randrianirina a annoncé, samedi à Ihosy, son souhait de rétablir le service national obligatoire hors service militaire, précisant que les modalités de cette remise en application sont à l'étude au sein de l'Exécutif.
C'est lors de la clôture des assises des autorités traditionnelles du Sud que le chef de l'État a remis ce vieux débat sur la table des Red Island. Selon L'Express de Madagascar, le locataire d'Iavoloha juge ce retour « nécessaire, même juste pour quelques mois », afin d'inculquer aux jeunes la discipline, le sens des responsabilités et du patriotisme.
Ce qu'a déclaré le chef de l'État à Ihosy
« La jeunesse manque cruellement de discipline », a affirmé le colonel Randrianirina devant les délégations du Grand Sud. Le pouvoir de la Refondation de la République envisage donc de rétablir le caractère obligatoire d'un service national qui, contrairement à ce que beaucoup croient, n'a jamais été abrogé. Une idée qui a aussi fait son chemin lors des assises nationales des Forces armées.
Les contours restent flous : ni calendrier, ni format précis, ni budget annoncé. Les études en cours devront trancher sur une question redoutable, celle des moyens. Car l'État malgache, déjà aux prises avec l'insécurité rurale, pourrait-il nourrir, équiper et encadrer des dizaines de milliers de jeunes sur l'ensemble du territoire ?
D'où vient le service national malgache ?
L'histoire remonte à une ordonnance de 1978, qui définit le service national comme la participation « obligatoire » des jeunes Malgaches à la défense nationale et au développement économique et social du pays. Une loi antérieure de 1975 demeure également en vigueur. Les « SN », comme on les appelait alors, enseignaient dans les écoles rurales, aidaient aux démarches administratives, bâtissaient des chantiers d'intérêt public. Le service durait jusqu'à deux ans et concernait les jeunes de 18 à 31 ans.
Un décret de 1992 a levé l'obligation et posé le principe du volontariat. Aujourd'hui, les jeunes ne passent plus qu'un test d'aptitude militaire pour obtenir le certificat exigé dans certains dossiers administratifs. Ceux qui s'engagent choisissent entre la voie strictement militaire et la formation professionnelle du service militaire d'action au développement.
La conscription, cette réquisition d'une partie de la population par l'État pour servir ses forces armées, est une invention née de la Révolution française, rappelle Wikipédia. Mais la formule malgache s'en distinguait : elle mêlait formation militaire et travail au service des communautés, des écoles aux pistes de terre battue.
Pourquoi l'obligation a été abandonnée
Le recrutement massif des SN a commencé à être freiné dès la fin des années 1980. Une source avisée citée par L'Express de Madagascar l'explique sans détour :
« Ces limites sont justement une des raisons qui ont amené à mettre fin au SN tel qu'il était sous son format durant les années 80. »
Dans les années 1980, les engagés étaient logés, nourris, habillés en uniforme et couverts médicalement pendant toute la durée du service. Autant de charges que l'État a fini par ne plus pouvoir porter. Les limites financières, l'encadrement restreint de l'armée et sa capacité d'engagement ont eu raison du rêve obligatoire.
Il y a plus grave. Lors des débats parlementaires sur l'insécurité rurale, des voix pointent l'armée du doigt : des jeunes formés au maniement des armes mais jamais engagés rejoindraient les dahalos, ces bandes de zébus qui ensanglantent le Sud. Former des mains à tenir un fusil sans leur offrir de travail ni d'avenir, c'est semer des graines amères dans une terre déjà meurtrie.
Le mur juridique du travail forcé
Le rétablissement de l'obligation se heurte aussi à un obstacle de taille : le droit international. Madagascar a adhéré à la convention sur le travail forcé et à son protocole international. Dans une publication sur le rapport du gouvernement, la Commission internationale du travail a rappelé :
« Que l'imposition de travaux de développement dans le cadre du service militaire obligatoire est incompatible avec la convention, aux termes de laquelle les travaux ou services exigés en vertu des lois sur le service militaire obligatoire doivent revêtir un caractère purement militaire. »
Autrement dit, l'État ne peut pas à la fois exiger le service et l'orienter vers des chantiers civils. Le volontariat, lui, échappe à cette contrainte. C'est le principe du service civique tel que le décrit l'Onisep : un engagement volontaire d'une année pour une mission d'intérêt général, dont les compétences acquises enrichissent le parcours de formation.
Discipline ou émancipation : quel projet pour la jeunesse ?
Derrière le mot « discipline », il y a des jeunes. Des jeunes des hauts plateaux, des côtes, du Sud profond. Des jeunes qui cherchent du travail dans un pays où l'emploi se raréie, où les rizières se meurent, où les mines creusent la terre sans jamais reboucher les vies brisées. Le service national des années 1980, c'était aussi cela : des mains données aux villages, des enseignants envoyés là où personne ne va, des administrateurs au chevet des fokonolona.
Réhabiliter cette dimension sociale, ce serait une belle idée. L'imposer sans les moyens de l'honorer, sans salaire, sans couverture sanitaire, sans débouchés, ce serait une injustice de plus infligée à ceux qui n'ont déjà rien. La discipline ne se décrète pas par ordonnance. Elle pousse comme le riz, dans une terre nourrie : l'école, l'emploi, le respect des communautés et de leurs identités.
Les études en cours devront donc répondre à trois questions : comment financer l'accueil de dizaines de milliers de jeunes, comment respecter les conventions internationales signées par Madagascar, et comment éviter que cette jeunesse encadrée ne retombe, faute d'avenir, dans les bras des dahalos. Le calendrier et les modalités pratiques restent à préciser.
Questions fréquentes sur le service national à Madagascar
Le service national existe-t-il toujours à Madagascar ?
Oui. L'ordonnance de 1978 est toujours en vigueur, mais depuis un décret de 1992, l'engagement repose sur le volontariat. Les jeunes de 18 à 31 ans ne passent plus qu'un test d'aptitude militaire pour obtenir le certificat requis dans certains dossiers administratifs.
Que propose le président Michaël Randrianirina ?
Lors d'un discours à Ihosy le samedi annoncé par L'Express de Madagascar, il s'est dit favorable au rétablissement du service national obligatoire hors service militaire, « même juste pour quelques mois », pour inculquer discipline, responsabilité et patriotisme aux jeunes.
Pourquoi le service obligatoire pose-t-il un problème juridique ?
La Commission internationale du travail a rappelé qu'imposer des travaux de développement dans le cadre d'un service militaire obligatoire est incompatible avec la convention sur le travail forcé, qui n'autorise que des tâches de caractère purement militaire.
