La mine d'ilménite de QMM à Fort-Dauphin, exploitée par Rio Tinto dans la région Anôsy, a injecté 80,88 millions USD dans l'économie malgache en 2025 par ses achats de biens et services, selon un bilan publié le 31 octobre 2026 par L'Express de Madagascar. De ce total, 16,5 millions USD sont allés directement aux entreprises locales de l'Anôsy, ce sud-est de la Grande Île longtemps laissé au bord des routes.
Derrière les chiffres, il y a des mains, des familles, un port, une route nationale. Et une question que le vent du sud pose à chaque saison sèche : que restera-t-il de tout cela quand la mine fermera ses vannes ?
Ce que la mine laisse couler dans l'économie locale
QMM, filiale de Rio Tinto, extrait l'ilménite et le zircon des sables minéralisés de la côte anôtsy depuis maintenant deux décennies, comme le rappelle La Chasse Info dans sa revue du secteur minier malgache. Le minerai part par le port d'Ehoala, construit pour lui, ouvert aujourd'hui à la mer du monde.
Le bilan économique relayé par L'Express de Madagascar dresse le portrait d'un écosystème qui dépasse les clôtures du site industriel. Quatre-vingt-huit entreprises locales partenaires travaillent avec la mine, dans le transport, la logistique, la maintenance, la sécurité, l'hôtellerie ou la restauration. Ensemble, elles représentent environ 1 300 emplois stables, des salaires qui circulent ensuite dans les épiceries, les marchés, les ateliers de Fort-Dauphin.
C'est l'effet de cascade : un revenu gagné au bord du chantier devient pain, tôle, frais de scolarité. Des milliers de familles vivent au rythme de cette pluie d'argent qui, pour la première fois dans cette région, tombe avec une certaine régularité.
Des infrastructures devenues biens communs
L'héritage matériel est la part la plus visible. Le port d'Ehoala, né pour exporter le minerai, est devenu une porte maritime régionale : 70 % de son trafic est aujourd'hui public, selon le même bilan. La RN13, cette artère blessée qui relie le sud au reste du pays, bénéficie d'un engagement de 8 millions USD pour sa réhabilitation. Et l'électricité, cette lumière si rare dans les villages malgaches, atteint désormais près de 80 000 habitants de Fort-Dauphin grâce aux infrastructures énergétiques liées à la mine.
Il faut le dire sans détour : sans ces investissements, l'Anôsy compterait ses nuits à la lampe tempête et ses camions embourbés. L'État, souvent absent des terres lointaines, a laissé à une multinationale le soin de bâtir ce qui aurait dû être un bien public dès le départ.
Sur l'énergie, la transition s'accélère même : selon les informations reprises par Farmonaut, le mix électrique de QMM bascule vers les renouvelables, avec une centrale solaire de 14 MW en fonctionnement et la première éolienne du pays mise en service en juillet 2026, capable de couvrir jusqu'à 60 % des besoins de l'opération selon Rio Tinto.
Le contenu local, un choix politique autant qu'économique
En orientant ses dépenses vers le marché malgache, QMM transforme ses coûts d'exploitation en revenus pour les entrepreneurs du pays. Le bilan évoque un transfert de compétences qui permet aux PME malgaches d'atteindre les standards internationaux de qualité et de sécurité.
L'entreprise verse aussi sa part au collectif : 11,6 millions USD d'impôts, taxes, droits et redevances versés à l'État et aux collectivités décentralisées. Cet argent, s'il est bien dépensé, peut devenir école, dispensaire, puits. S'il s'évapore dans les méandres administratifs, il ne nourrit que les mêmes mains depuis des décennies. C'est là que le peuple malgache doit rester vigilant.
Une croissance inclusive, mais jusqu'à quand ?
L'Express de Madagascar parle de croissance inclusive, d'emplois de qualité, de fiscalité citoyenne. Les mots sont beaux et les chiffres les soutiennent. Mais le journal lui-même le reconnaît : une mine durable ne doit pas créer une dépendance à elle seule. Les projets de responsabilité sociale de l'entreprise visent justement à renforcer le tissu économique de la région pour qu'il tienne debout sans elle.
C'est le cœur du débat pour les communautés de l'Anôsy. Le sable minéralisé s'épuisera un jour. Les dunes, elles, devront continuer de porter des vies. Ceux qui ont donné leur terre, leurs pêcheurs déplacés, leurs forêts galeries fragilisées par les décennies d'extraction, méritent mieux qu'un décor industriel silencieux après le départ des bulldozers.
La question n'est pas de refuser le développement. Les habitants de Fort-Dauphin ne rêvent pas de rester pauvres et pittoresques pour plaire aux cartes postales. La question est de savoir qui écrit la suite : les communautés elles-mêmes, avec leurs coutumes, leurs fihavanana, leurs savoirs paysans, ou seulement les actionnaires d'une compagnie venue d'ailleurs.
Ce que disent les autres médias
Le même bilan est relayé par allAfrica et par Midi Madagasikara, qui insistent tous deux sur la montée en compétences des entrepreneurs locaux et sur les contours de cette croissance partagée. L'information circule, se confirme, se discute. C'est ainsi qu'un débat public peut naître, loin des communiqués.
L'avenir dira si l'Anôsy a gagné plus qu'elle n'a cédé. En attendant, les 1 300 salariés des entreprises partenaires rentrent chez eux chaque soir, et le port d'Ehoala voit passer des bateaux qui n'appartiennent pas tous à la mine. C'est déjà quelque chose. Ce n'est pas encore tout.
Questions fréquentes
Combien QMM a-t-elle injecté dans l'économie malgache en 2025 ?
80,88 millions USD en achats de biens et services, dont 16,5 millions USD directement vers les structures locales de la région Anôsy, selon le bilan publié par L'Express de Madagascar.
Combien d'emplois locaux la mine fait-elle vivre ?
88 entreprises partenaires de la région Anôsy représentent environ 1 300 emplois stables, dans le transport, la logistique, la maintenance, la sécurité, l'hôtellerie et la restauration.
Qui contrôle la mine de Fort-Dauphin ?
QMM, filiale du groupe Rio Tinto, exploite les sables minéralisés de la région Anôsy et en extrait l'ilménite et le zircon, exportés via le port d'Ehoala.
