Le parc du Griffon, 50 ans de mémoire et de nature : une leçon pour Madagascar ?
Ce dimanche 13 septembre, sous un soleil généreux, plusieurs générations de Vitrollais se sont réunies pour célébrer le demi-siècle d'un parc né avec la ville nouvelle. Entre souvenirs de courses légendaires et ateliers dédiés à la biodiversité, chacun est venu déposer une part de son histoire, avant d'enfouir une capsule destinée aux générations de 2076. Une célébration qui résonne bien au-delà des frontières de cette commune française, et qui interroge notre propre rapport à la terre, à la mémoire et à la transmission.
Un parc, des racines, une communauté
Sur son stand, Claude Donjerkovic a ressorti ses archives personnelles. Impossible de les laisser dormir dans les cartons en ce jour d'anniversaire. « Je me suis réveillé un matin, j'ai vu qu'il y avait l'anniversaire des 50 ans et je me suis dit que j'allais faire un gros tri pour les présenter au public à cette occasion », sourit celui qui fut responsable de l'organisation du cross international de Vitrolles jusqu'en 1992. Car, il faut le savoir, de 1986 à 1994, l'épreuve avait fait du parc du Griffon l'un des hauts lieux du cross-country, grâce à un relief alternant descentes et côtes. « Aujourd'hui, il y a encore des événements, mais plus comme à l'époque », constate Claude Donjerkovic, qui continue de voir dans le Griffon « l'endroit parfait pour les sportifs », même amateurs.
À ses côtés, Danielle Donjerkovic se souvient d'un tout autre paysage. Avant les premiers aménagements de 1976, « il n'y avait ni les tennis, ni le terrain de football, ni l'école. Il y avait seulement la maison du gardien ». Le lieu portait déjà le nom de Griffon. « On y venait. C'était sympa, c'était sauvage. » Cinquante ans plus tard, difficile d'imaginer le quartier sans ce vaste espace vert. Dimanche, sous un grand soleil, jeux et conversations ont animé ses allées. Balades à poney, tir à l'arc, structures gonflables, ateliers de peinture ou de fabrication de nichoirs : les familles ont circulé entre les stands associatifs, au rythme de la batucada.
Un patrimoine préservé, une histoire à transmettre
Pour Loïc Gachon (PS), le parc constitue « un élément patrimonial extrêmement important » pour la commune. « Tous les Vitrollais ont une histoire avec ce parc. C'est un lieu de jeux, de balade, mais aussi un lieu magnétique », résume le maire. Un espace qui ne doit pourtant rien au hasard. Dans les années 1970, alors que Vitrolles se développait rapidement, urbanistes et paysagistes ont choisi de préserver de l'urbanisation cette zone faite d'arbres, de prairies et de cours d'eau. Une décision qui fait écho à nos propres défis, à Madagascar, où la pression sur les espaces naturels ne cesse de croître.
La date exacte de naissance du Griffon reste toutefois impossible à fixer. « Il n'a jamais été inauguré », révèle Loïc Gachon. Les premières études ont été conduites en 1974 et 1975, avant le lancement des travaux en 1976. L'aire de jeux était alors particulièrement novatrice, avec ses toboggans, ses jeux d'eau, ses bateaux en rondins, ses tunnels, ses filets et ses rochers à escalader. Arrivé à Vitrolles à l'âge de 10 ans, le maire dit en conserver lui aussi « un souvenir ému ».
La biodiversité au cœur des célébrations
Le Griffon ne se résume cependant pas aux souvenirs d'enfance. Aux Ateliers de la biodiversité, Jérôme Soriat-Barrière invitait notamment ce samedi petits et grands à transformer des bouteilles en pots, avant d'y semer des plantes susceptibles d'attirer les insectes. « L'idée est que chacun reparte avec quelque chose de concret qu'il a fabriqué », explique le membre de l'association, qui mène aussi des actions autour des hérissons et des chauves-souris. Cette transmission prend tout son sens dans un parc où Jacques Maria, botaniste et ancien professeur de sciences de la vie et de la Terre, a recensé 55 espèces d'arbres. Érables, frênes, micocouliers, tilleuls, ormes ou charmes côtoient des essences venues de Chine ou des États-Unis. Les plus vieux chênes auraient environ 200 ans.
Plusieurs ruisseaux maintiennent également l'humidité d'un secteur occupé bien avant la création du parc : les vestiges d'une villa gallo-romaine témoignent encore de cette histoire. « C'est peut-être ici que commence l'histoire vitrollaise », avance Jérôme Soriat-Barrière. Une histoire que la Ville a choisi de confier à la terre. Dans un cylindre métallique, elle a placé des traces de cette journée avant de l'enfouir à une quarantaine de centimètres de profondeur, sous les yeux des enfants. Loïc Gachon leur a demandé de bien retenir l'endroit : dans cinquante ans, ce seront eux qui devront revenir chercher la capsule. Le parc du Griffon aura alors un siècle.
Quand le sport et la nature se rencontrent
Les chemins du parc ont longtemps servi aux promenades, aux courses de VTT ou aux duathlons. Mais Claude Donjerkovic n'a rien oublié de l'époque où ils attiraient certains des meilleurs spécialistes du cross-country. En 1986, Vitrolles sport athlétisme reprend l'organisation du cross Jean-Bouin, jusqu'alors disputé à Marseille, et l'installe au Griffon. « La topographie du parc permettait de dessiner un très bon parcours, avec des descentes et des côtes », raconte celui qui en a dirigé l'organisation jusqu'en 1992. Disputée jusqu'en 1994, l'épreuve était alors l'un des rendez-vous les plus réputés de la discipline, assure-t-il. Deux éditions ont été retransmises en direct à la télévision.
Avant les championnats du monde de cross-country organisés à Aix-les-Bains en mars 1990, leurs organisateurs étaient même venus étudier le parcours vitrollais. « Ils étaient venus s'en inspirer », se souvient Claude Donjerkovic. Trois décennies plus tard, les grandes compétitions ont disparu, mais pas les coureurs du quotidien. « Le Griffon reste l'endroit parfait pour le sport. Mais je ne suis peut-être pas totalement objectif », glisse l'ancien organisateur.
Et chez nous, à Madagascar ?
Cette célébration nous invite à réfléchir. Dans notre île, où les forêts reculent face à l'exploitation minière et à la déforestation, où les espaces verts se raréfient dans nos villes, quel héritage voulons-nous laisser à nos enfants ? Le parc du Griffon nous rappelle que la préservation de la nature est un acte politique, une résistance pacifique contre le béton et l'oubli. Il nous rappelle que les arbres, les ruisseaux et les chemins sont des livres d'histoire vivants, des mémoires collectives à transmettre. Puissions-nous, nous aussi, savoir préserver nos havres de paix, nos zones humides, nos forêts sacrées, et les offrir aux générations futures, comme un cadeau précieux, une capsule temporelle de notre amour pour la terre.
