Le prince Ratefinanahary, frère du roi Radama Ier, a été exécuté sous le règne de Ranavalona Ire, et les sources historiques s'accordent à relier sa mort au serment de Sahafa, ce pacte militaire qu'il avait lui-même contribué à fonder en 1820. C'est ce que rapporte L'Express de Madagascar dans son édition du 26 octobre 2026, à travers l'analyse des sources menée par l'archiviste-paléographe Jean Valette.
Une mort qui interroge encore la mémoire malgache. Celle d'un homme dévoré par la loi qu'il avait aidée à mettre au monde, comme la terre avale la graine qu'on y a confiée.
Une exécution rapportée par quatre sources majeures
Jean Valette cite, dans l'ordre chronologique, le « Journal » de Robert Lyall, l'« History of Madagascar » de William Ellis, celle de Raombana rédigée vers 1850, et les « Tantara ny Andriana eto Madagascar » du R.P. Callet. Toutes mentionnent que le prince fut assassiné ou exécuté par Ranavalona Ire, précise le journal L'Express.
William Ellis est le premier à livrer une relation du meurtre. Reprenant l'analyse qu'en fait l'historien Simon Ayache, Jean Valette rappelle le récit : Ratefy et son épouse Rabodosahondra, sœur du roi défunt, quittent Tamatave pour Tananarive dès l'annonce de la mort de Radama. Avertis du danger, ils tentent de regagner la côte Est pour embarquer vers Maurice, mais le capitaine d'un navire anglais refuse de les prendre à bord. Réfugiés dans la forêt, ils y sont rejoints par les tueurs de Ranavalona, qui exécutent successivement Ratefy et Rabodosahondra.
Dans son ouvrage, Ellis insère une lettre datée du 28 août 1808, écrite par Ratefy à Charles Colville, alors gouverneur de Maurice. Le prince y exprime des craintes sur son sort, envisage un séjour hors de Madagascar et renouvelle son amitié à la Grande-Bretagne. Un homme qui sentait monter la marée et cherchait une pirogue.
Que raconte Raombana ?
Raombana, qui écrit vers 1850, donne une version différente. Selon lui, Ranavalona Ire fait d'abord assassiner Rabodosahondra à Vohiboaza, du côté de Brickaville, avant d'arrêter Ratefy à Toamasina. Ramené en Imerina jusqu'à Ambatomanga, le prince est accusé d'avoir déserté sa garnison à Tamatave pour aider Raketaka, fille de Radama, et son propre fils Rakotobe, à s'emparer du trône.
Ratefy se défend et rétablit sa vérité : loin d'avoir déserté, il serait resté à Tamatave pour tenir la ville du roi, mais officiers et soldats l'en auraient arraché contre sa volonté. Malgré ces dénégations, il est mis à mort à Ambatomanga.
Raombana rapporte aussi le témoignage d'un Anglais nommé Reddington. Celui-ci aurait averti le prince des nouvelles venues d'Antananarivo : meurtres de son fils Rakotobe et de Rambola-masoandro, mère du défunt roi, envoi d'officiers à Toamasina. Ratefy aurait répondu n'avoir rien à craindre, car il avait toujours entretenu d'amicales relations avec Ranavalona et sa famille. Reddington écrit même au gouverneur de Maurice pour faire venir un navire de guerre, mais le bâtiment arrive trop tard.
La version des Tantara : le piège du serment de Sahafa
Les informateurs du R.P. Callet livrent un récit où le prince marche vers son destin de son plein gré. Ratefy se rend en Imerina pour rencontrer la nouvelle reine. Ranavalona Ire envoie deux officiers, Ravalontsalama et Andriampizeha, pour le retenir sous bonne garde à Ambatomanga. Une assemblée se tient ensuite à Antananarivo pour le juger.
Devant ses juges, Ratefy plaide sa loyauté. Aucun ordre de la reine ne lui étant parvenu, il a décidé ce voyage après s'être entretenu avec deux Européens, les Révérends Bennet et Griffiths, rencontrés à Ambatoharana et non à Toamasina.
« J'ai aidé Andrianampoinimerina et Radama lors de l'unification de l'Imerina. Mon père a quitté les siens pour servir Andrianampoinimerina et comme le royaume appartient maintenant à Ranavalona, je viens l'assurer de mon allégeance et solliciter ses ordres. Si tel n'est pas l'objet de mon déplacement et que je complote contre la reine, faites-moi subir l'épreuve du tanguin. »
Ses accusateurs répondent qu'en quittant le poste qui lui était confié, il tombe sous la loi punissant de mort par le feu les déserteurs. Et cette loi date du Kabary de Sahafa, organisé par Radama en 1820, dont Ratefy fut justement l'un des promoteurs. Le piège se referme : l'artisan du serment périt par le serment.
La sentence est rapportée à la reine, qui aurait répondu :
« J'apprécie les services rendus par Ratefy, je ne peux donc décider sa mort, mais c'est votre serment qui le veut. »
Et Ratefy est exécuté.
Ce que cette mort dit de notre mémoire
Il y a dans ce récit une leçon amère pour les peuples. Un homme qui avait donné sa vie à l'unité de l'Imerina, dont le père avait quitté les siens pour servir Andrianampoinimerina, meurt broyé par une machine qu'il a lui-même huilée. Le serment de Sahafa, conçu pour souder l'armée, devient l'instrument d'une purge dynastique. La loyauté n'a pas suffi à sauver le loyal.
Cette histoire résonne profondément dans notre présent. Quand les lois sont forgées pour lier les communautés mais servent à broyer les individus, quand les serments prononcés au grand kabary deviennent des pièges tendus aux serviteurs les plus fidèles, la terre elle-même se souvient. Les villages autour d'Ambatomanga gardent la mémoire de ces exécutions, comme les collines gardent la trace des anciens kabary.
La mort de Ratefy rappelle aussi combien nos historiens locaux, comme Raombana, ont compté. Sans ses notes prises au cœur des événements, sans les témoignages recueillis auprès d'hommes comme Reddington, la voix du prince se serait perdue dans la forêt de l'oubli. C'est en croisant ces sources, comme le fait Jean Valette, que la mémoire malgache redevient entière, fidèle à la fois à la douleur des victimes et à la complexité de nos royaumes.
Le 26 octobre 2026, L'Express de Madagascar offrait à ses lecteurs bien plus qu'une chronique historique : la trace vivante d'un serment qui tua son propre père.
Questions fréquentes
Qui était le prince Ratefinanahary ?
Ratefinanahary, dit Ratefy, était un prince malgache, frère du roi Radama Ier, qui avait participé à l'unification de l'Imerina aux côtés d'Andrianampoinimerina et de Radama, selon son propre témoignage rapporté par le R.P. Callet.
Pourquoi Ratefy a-t-il été exécuté ?
Accusé de désertion de sa garnison à Tamatave après la mort de Radama Ier, il fut condamné en vertu de la loi promulguée lors du Kabary de Sahafa en 1820, qu'il avait lui-même contribué à promouvoir, selon les Tantara du R.P. Callet.
Où le prince Ratefy a-t-il été mis à mort ?
Selon Raombana, il fut exécuté à Ambatomanga, après avoir été arrêté à Toamasina et ramené en Imerina. La version du R.P. Callet situe aussi sa garde à vue à Ambatomanga avant le jugement à Antananarivo.
