Le président de la Refondation, le colonel Michaël Randrianirina, a lancé lundi 27 octobre 2025 à Mandroseza un appel au patriotisme aux employés de la Jirama, sommés de résoudre les coupures d'électricité qui accablent la capitale, alors même que l'État a versé un millier de milliards d'ariary de subventions à l'entreprise publique.
Le ton est moral, presque sermonné. À la cérémonie de remise de douze camions-citernes destinés aux besoins d'eau potable après les cyclones Gezani et Fytia, le chef de l'État a joué la corde sensible, selon L'Express de Madagascar.
Un millier de milliards d'ariary et toujours la nuit
« J'en appelle au patriotisme des employés de la Jirama pour résoudre ce problème, afin que nous n'ayons pas à nous en occuper nous-mêmes. Nous apportons l'argent, c'est à vous de travailler », a déclaré le colonel Randrianirina. Et d'ajouter, amer : « Il est surprenant de constater que la situation ne change toujours pas. »
Les chiffres donnent le vertige. Selon le chef de l'État, 75 %, voire 85 %, de cette manne publique sont engloutis dans l'électricité. De quoi, en théorie, éteindre le problème des délestages. Sur le terrain, la réalité est têtue : le même jour, la Jirama a annoncé une coupure de deux heures aux heures de pointe sur le réseau interconnecté d'Antananarivo. Un déficit de 22 MW, consécutif à la panne de la turbine à combustion Ambohimanambola et à la baisse du niveau de l'eau à Andekaleka, en est la cause officielle.
« Cela ne nous fait-il pas de peine de voir le peuple souffrir et se plaindre des coupures de courant ? La situation actuelle est-elle digne de la capitale du pays ? », a encore lancé le président, selon le récit de L'Express de Madagascar. Des mots qui sonnent juste, mais qui reposent tout le poids de la crise sur les épaules des agents, ces travailleurs qui tiennent les turbines à bout de bras pendant que l'argent public coule.
Le carburant, le privé : l'entreprise saignée
Le directeur général de la Jirama, le général Hajatiana Rasolomanana, a reconnu l'hémorragie. « L'électricité génère de gros revenus, mais le carburant et les achats d'électricité auprès du privé pèsent lourdement sur les finances de l'entreprise », a-t-il admis.
Voilà le cœur du mal, et il est moins patriotique qu'économique. La Jirama vend son électricité à un prix inférieur au coût de production, pendant que les contrats avec les producteurs privés et les factures de carburant dévorent ses caisses. Le patron de l'entreprise publique a fixé une ligne rouge : « Si le privé prospère et que la Jirama s'appauvrit, c'est inacceptable, et ces contrats devront être annulés ou corrigés afin que la population bénéficie d'une électricité et d'une eau de qualité. »
Il a toutefois nuancé : « Rappelez-vous toutefois que 20 % seulement de la population bénéficie de l'électricité de la Jirama. L'essentiel n'est pas d'écarter le privé, mais d'accroître la production. » Quatre ménages ruraux sur cinq attendent encore la lumière. C'est dans les villages, loin des projecteurs d'Anosy, que la nuit tombe le plus tôt.
Le soleil comme horizon
Pour se dégager de cette dépendance, la Jirama mise sur les énergies renouvelables, en particulier le solaire. Les centrales de Mangatany, d'Ambatomirahavavy, d'Ilafy et d'Ampangabe sont réalisées ou en chantier. Les subventions seront désormais orientées vers l'investissement, pour construire des infrastructures propres à l'entreprise, a promis le général Rasolomanana.
C'est une bonne nouvelle pour la terre malgache. Le soleil qui tape sur les Hauts Plateaux, le vent qui balaie le Sud, l'eau qui descend d'Andekaleka : notre île regorge de forces vives qu'on a trop longtemps laissées en friche au profit du fuel importé. Espérons que ces centrales solaires ne restent pas des promesses de cérémonie, mais deviennent des champs de panneaux où puiseront enfin les fokonolona.
Le patriotisme des uns, les responsabilités des autres
Il y a quelque chose de paradoxal à réclamer du patriotisme à des employés sous-payés d'une entreprise saignée par des contrats déséquilibrés, sans questionner frontalement le système qui l'épuise. Le peuple, lui, ne demande pas de grands discours : il demande qu'un enfant puisse réviser le soir, qu'un dispensaire conserve ses vaccins, qu'un paysan irrigue son champ.
Le chef de l'État, qui multiplie les appels à la discipline et au devoir citoyen dans ses déplacements, comme le rapporte Midi Madagasikara sur ses déclarations sur les coupures d'électricité, inscrit ce discours dans une ligne plus large de remobilisation nationale, jusque dans l'évocation d'un retour du service national évoqué à Ihosy, relate Madagascar-Tribune.
La Jirama a aussi appelé les citoyens à protéger ses infrastructures, victimes de vols et de dégradations. Juste, nécessaire. Mais la protection des biens publics suppose que ces biens servent d'abord le bien public. À quand la même exigence de patriotisme appliquée aux contrats, aux intermédiaires et aux profits privés qui prospèrent sur le dos d'une entreprise nationale ?
Rendez-vous est pris : si l'argent des subventions devient des centrales solaires et non des charges, si les contrats asymétriques sont corrigés comme promis, alors Mandroseza aura marqué une étape. Sinon, ce sera une cérémonie de plus sous les mêmes délestages.
Questions fréquentes
Quel montant l'État a-t-il versé à la Jirama ?
Le président Michaël Randrianirina a déclaré que la présidence avait accordé un millier de milliards d'ariary de subventions à la Jirama depuis l'avènement du régime, dont 75 % à 85 % sont consacrés à l'électricité.
Pourquoi les coupures d'électricité persistent-elles à Antananarivo ?
La Jirama a annoncé un délestage de deux heures aux heures de pointe sur le réseau interconnecté d'Antananarivo, en raison d'un déficit de 22 MW lié à la panne de la turbine Ambohimanambola et à la baisse du niveau d'eau à Andekaleka.
Quelle part de la population est alimentée par la Jirama ?
Seuls 20 % de la population bénéficient de l'électricité de la Jirama, selon son directeur général, le général Hajatiana Rasolomanana.
