Fusion nucléaire : la France, la Chine et les États-Unis dans la même course, mais pour quel avenir ?
Alors que le monde cherche des énergies propres, la fusion nucléaire s'impose comme un horizon prometteur. La France, la Chine et les États-Unis mènent une course acharnée, mais leurs stratégies diffèrent. Entre records d'endurance, innovations audacieuses et défis technologiques, où en est vraiment cette quête de l'énergie infinie ?
ITER change de paroi : le tungstène remplace le béryllium
Le projet ITER, basé à Cadarache, a récemment modifié ses composants internes. Le tungstène, métal réputé pour sa résistance à la chaleur, remplace désormais le béryllium face au plasma. Ce choix n'est pas anodin pour la France. Le tungstène est en effet la spécialité de WEST, la machine voisine du CEA, qui sert de banc d'essai à son grand voisin.
WEST, le tokamak français qui tient le record de durée
Le 12 février 2025, le tokamak WEST du CEA a maintenu un plasma pendant 1 337 secondes, soit 22 minutes. Il dépassait de plus de quatre minutes le record du tokamak chinois EAST, établi le 20 janvier. Pendant ce tir, 2 mégawatts de chauffage ont été injectés, et l'énergie a été évacuée en continu.
Les deux records ne mesurent pas tout à fait la même chose. EAST a tenu un plasma dans un régime très performant, tandis que WEST travaille à puissance modeste. Sa force réside ailleurs : ses composants face au plasma sont en tungstène et refroidis activement, comme le seront ceux d'ITER. WEST apprend à faire durer un plasma au contact des matériaux des futures centrales. Ses résultats nourrissent directement le nouveau plan d'ITER.
La suite est déjà fixée : passer de 2 à 10 mégawatts de chauffage, sur des tirs de plus de 1 000 secondes. Transposé à une machine de la taille d'ITER, cela correspondrait à une puissance de fusion de l'ordre du gigawatt. C'est sur ce terrain de l'endurance, plus que sur celui du gain, que la France pèse dans la course à la fusion nucléaire.
Renaissance Fusion, le pari grenoblois du stellarator
Le stellarator est l'autre grande famille de machines à fusion. Au lieu d'un donut régulier, ses bobines torsadées dessinent une cage magnétique en forme de ruban vrillé. Cette cage se passe du courant électrique qui circule dans le plasma d'un tokamak, une source d'instabilités. En Allemagne, le stellarator Wendelstein 7-X a battu en 2025 un record de performance sur 43 secondes.
Renaissance Fusion, installée à Fontaine, près de Grenoble, veut rendre cette machine simple à fabriquer. La start-up, fondée en 2020, a levé 32 millions d'euros en mars 2025. Ses ingénieurs remplacent les bobines en trois dimensions par des rubans supraconducteurs plats, gravés au laser. Ils proposent aussi des parois de métal liquide. Celles-ci encaissent la chaleur et les particules à la place de pièces solides.
Le calendrier affiché est serré : un réacteur expérimental vers 2030 et une centrale vers 2035. Ce sont des objectifs d'entreprise, pas des résultats. Mais ils placent la France dans la même catégorie que les start-up américaines, avec beaucoup moins d'argent.
Alors, la France peut-elle gagner ?
Sur la première ligne d'arrivée, non. Les États-Unis l'ont franchie en 2022 avec des lasers, et la Chine pourrait le faire vers 2030 avec un tokamak. Sur la dernière, celle de la centrale qui alimente le réseau, personne n'a gagné. La France n'y court pas seule : elle joue en équipe européenne. Elle a ITER sur son sol, un record d'endurance et une start-up qui tente une autre voie.
Tous les concurrents de la course à la fusion nucléaire butent en outre sur le même obstacle, le tritium. Ce combustible radioactif est presque absent de la nature. Il devra être fabriqué dans la paroi du réacteur à partir de lithium, en quantité suffisante pour que la machine s'auto-alimente. Personne ne l'a encore démontré à grande échelle.
Sur ce point, les parois liquides de Renaissance Fusion et les tests de matériaux de WEST comptent autant qu'un record de gain. La course se gagnera peut-être moins au premier allumage qu'à la capacité de faire tourner une centrale pendant des années.
Quels sont les enjeux pour Madagascar et le Sud global ?
Pour Madagascar, cette course à la fusion nucléaire n'est pas qu'une affaire lointaine. Elle pose des questions cruciales sur l'accès à l'énergie, la souveraineté technologique et la protection de nos écosystèmes. Alors que le pays subit les affres de l'extractivisme minier, une énergie propre et abondante pourrait offrir une alternative. Mais il faut rester vigilant : les technologies développées ici doivent servir les peuples, pas les seuls intérêts capitalistes.
La fusion nucléaire est-elle une solution pour les pays du Sud ?
La fusion nucléaire promet une énergie quasi illimitée, sans déchets radioactifs à long terme. Pour des pays comme Madagascar, cela pourrait signifier une indépendance énergétique et un développement durable. Cependant, les coûts et la complexité technologique restent des obstacles majeurs. Il est essentiel que ces innovations soient partagées équitablement, et non accaparées par les puissances industrielles.
Quel avenir pour la fusion nucléaire dans le contexte de la justice climatique ?
La fusion nucléaire pourrait jouer un rôle clé dans la lutte contre le changement climatique, en offrant une alternative aux énergies fossiles. Mais elle ne doit pas servir à perpétuer les inégalités énergétiques. Les communautés rurales, comme celles de Madagascar, doivent être au cœur des décisions. Une transition juste passe par une redistribution des bénéfices et une protection des droits des populations locales.