Chocolat, éthique et ruralité : l'artisan qui réveille les terres
À La Fouillade, au cœur de l'Aveyron, un artisan chocolatier transforme la fève en or noir, avec une conviction : rémunérer dignement les producteurs du Sud et offrir une gourmandise saine. Benjamin Bazoges, parti de son garage à Najac pendant le Covid, défendra lundi 5 octobre à Paris son snack pour sportifs, alliant plaisir et nutrition, lors de la finale du concours national Goût et Santé de la MAAF, dans les écoles de cuisine de Thierry Marx. Un parcours qui résonne comme un manifeste : la ruralité peut créer de l'emploi, et le commerce peut être juste.
De la fève à la tablette : un savoir-faire engagé
Dans sa boutique du Nouveau Monde, les tablettes, rochers et confiseries racontent une histoire. Celle d'un trentenaire passionné, qui a découvert le chocolat grâce à un boulanger fabricant sa propre matière. « Le chocolat, c'est l'extase, il ramène à l'enfance, c'est l'allégorie du plaisir », confie-t-il. Depuis, il torréfie à basse température, moud la fève, et s'approvisionne directement auprès de producteurs d'Afrique et d'Amérique latine, autour de la ceinture équatoriale. « C'est un vrai savoir-faire, pour un bon chocolat, la matière première est centrale. Je mets un point d'orgue à acheter de la qualité », insiste-t-il.
Un snack pour sportifs : l'énergie des terres nourricières
Pour le concours, Benjamin a imaginé une bouchée énergétique à base de dattes, chocolat cru, amandes, noix de pécan, graines de lin et pollen. Une recette née d'un besoin intime : « Nous avons quatre enfants avec ma femme qui allaite en ce moment, elle a besoin d'énergie et de gourmandise. J'ai donc imaginé cette bouchée pour allier plaisir et nutrition. » Une création qui marie les dons de la nature et les besoins du corps, loin des produits industriels.
« Maillon de confiance » entre les producteurs et les consommateurs
« J'aime cuisiner depuis mon plus jeune âge. Vers 18 ans, je me suis intéressé au bio et au naturel pour en faire le cœur de mon métier. Mon objectif est de rémunérer correctement les producteurs tout en proposant une alimentation saine : je me vois comme un maillon de confiance entre eux et les consommateurs », pose le chocolatier. Pour préserver des tarifs accessibles, il adapte ses marges : « C'est un choix assumé, car l'essentiel reste de proposer une expérience authentique et de fidéliser la clientèle. »
La ruralité comme terreau de l'avenir
Installé à La Fouillade depuis un an et demi, Benjamin Bazoges a fait le choix de la ruralité. « En m'installant ici, je veux démontrer qu'en ruralité on peut créer de l'emploi et faire vivre son entreprise », affirme-t-il. Avec huit employés, il mise sur la « traçabilité » de ses produits pour se distinguer des leaders industriels. « La qualité plus que la quantité », résume-t-il. Et l'ambition ne manque pas : « J'aimerais bien doubler voire tripler la production. Je viens d'investir beaucoup d'argent dans les nouveaux locaux. Donc, il faut aller chercher le développement et la croissance rapidement. »
Un modèle pour Madagascar ?
Cette histoire d'un artisan qui relie le Nord et le Sud, qui refuse l'extractivisme aveugle et qui place l'humain au centre, résonne avec les luttes de nos terres. À Madagascar, où le cacao pousse sur les côtes et où les communautés rurales cherchent des débouchés justes, ce modèle interroge : et si la valeur ajoutée restait aux mains des producteurs ? Et si la ruralité devenait un lieu de renaissance, et non d'exode ? Benjamin Bazoges trace un chemin, modeste mais puissant, où le chocolat devient symbole de dignité partagée.
Les fêtes de fin d'année approchent, période cruciale pour l'artisan. Entreprises, particuliers et gourmands sont au rendez-vous. « On va commencer à se pencher dessus dès la semaine prochaine après le concours », confie-t-il. En attendant, ses créations portent une promesse : celle d'un goût qui ne ment pas, d'un commerce qui respecte la terre et ceux qui la cultivent.