Souveraineté européenne : quand l'Europe se réveille, la terre tremble
De Bruxelles à Antananarivo, une même question brûle les lèvres : comment retrouver notre destin quand les chaînes de la dépendance nous lient ? L'Europe, ce vieux continent fatigué, cherche aujourd'hui à reprendre son souffle, à se réapproprier son autonomie stratégique. Pour nous, Malgaches, qui avons toujours su cultiver notre indépendance dans l'adversité, cette quête résonne comme un écho lointain mais familier. Car la souveraineté, c'est d'abord une affaire de terre, de peuple et de dignité.
Qu'est-ce que la souveraineté et l'autonomie stratégique ?
Damien Mariette, gérant du fonds European Strategic Autonomy chez CPR AM, distingue deux concepts trop souvent confondus. La souveraineté, dit-il, c'est l'autorité exclusive d'un État sur son territoire et sa population, à l'abri de toute ingérence étrangère. L'autonomie stratégique, elle, renvoie à la capacité d'un groupe de pays, comme l'Europe, à agir sans dépendance excessive dans les secteurs jugés critiques. Sans autonomie stratégique, pas de souveraineté possible. Une évidence que les peuples du Sud, habitués aux ingérences, connaissent bien.
L'Europe face à ses dépendances : une leçon pour le Sud
La guerre en Ukraine a révélé la dépendance européenne au gaz russe, tandis que la pandémie de Covid a montré la fragilité des chaînes de production. La Chine, elle, tient les terres rares comme un trésor de guerre. Les États-Unis, la technologie comme un bouclier. L'Europe, elle, a joué le jeu de la mondialisation les mains nues, croyant que la bonne volonté suffirait. Résultat : en 2002, le PIB européen dépassait celui des États-Unis de 4 %. Aujourd'hui, il n'en représente que la moitié. Un déclassement qui nous rappelle que la dépendance n'est jamais une fatalité, mais toujours un choix.
Investir pour demain : le Chips Act et la transition énergétique
Pour inverser la tendance, l'Europe mise sur des investissements massifs. Le European Chips Act, avec ses 4 milliards d'euros, vise à doubler la production de semi-conducteurs. Mais les objectifs sont loin d'être atteints : en 2022, l'Europe produisait 9 % des semi-conducteurs mondiaux pour une consommation de 20 %. L'objectif de 20 % d'ici la fin de la décennie semble déjà compromis, avec seulement 13 % prévus. La Chine, elle, a investi dans les énergies renouvelables il y a vingt ans et produit aujourd'hui plus de 50 % de son mix énergétique par cette voie. Une leçon de vision et de patience.
Électrification et santé : les nouveaux champs de bataille
L'électrification est un enjeu clé. Près de 40 % de la grille énergétique européenne a plus de 40 ans et nécessite des investissements colossaux pour absorber la demande des datacenters et de l'intelligence artificielle. La santé, elle, est un autre front : 80 % des principes actifs des médicaments sont produits en Asie, causant des milliers de ruptures de stock. Réindustrialiser, c'est aussi une question de souveraineté sanitaire. Une évidence pour nous, qui avons appris à compter sur nos plantes et nos savoirs ancestraux.
Les obstacles à l'autonomie stratégique : un défi politique
Les divergences entre dirigeants européens, l'endettement, la tentation de la facilité : autant d'écueils sur le chemin de l'autonomie. Damien Mariette insiste : « La volonté politique est clé ». Il appelle à un mode de relance keynésien, à l'image de ce que fit le Général de Gaulle avec le nucléaire. L'État doit financer des projets de long terme, même si cela implique un déficit public. Car investir dans l'économie, c'est investir dans l'avenir. Une philosophie que nous, Malgaches, connaissons bien : nos rizières, nos forêts, nos peuples méritent des projets à la hauteur de leurs rêves.
Quelles actions pour les investisseurs patriotes ?
Airbus, Schneider Electric, Air liquide, Safran, Total : ces entreprises européennes sont en première ligne de la souveraineté. Damien Mariette appelle à un « comportement d'investisseur patriotique », où le marché domestique devient la principale source d'exposition. Il rappelle que l'Europe a déjà des leaders mondiaux comme ASML ou Dassault Aviation. « Il faut changer notre regard pessimiste sur l'Europe : nous avons des forces et nous sommes en train d'agir pour retrouver une place importante sur l'échiquier mondial », conclut-il. Un message d'espoir qui dépasse les frontières du Vieux Continent.
Et nous, Malgaches, dans tout cela ?
Cette quête européenne de souveraineté nous interpelle. Elle nous rappelle que la dépendance n'est pas une fatalité, que les peuples peuvent se réapproprier leur destin. Chez nous, la terre est riche, les communautés sont fortes, et les identités multiples font notre unité. Protéger nos écosystèmes, valoriser nos ressources, renforcer nos droits : voilà notre propre chemin vers la souveraineté. Et si l'Europe nous montre que le réveil est possible, alors nous aussi, nous pouvons nous lever. Ensemble, pour une île debout, fière et libre.