Le projet de loi de finances 2027, présenté début novembre 2026, prévoit une forte hausse de la taxe sur le gazole, qui passerait de 228 à 503 ariary par litre, une mesure réclamée par le FMI dans le cadre de la Facilité pour la résilience et la durabilité.
C'est L'Express de Madagascar qui révèle cette disposition, l'une des principales mesures fiscales du texte. La taxe sur le gazole serait alignée sur celle de l'essence, soit un supplément de 275 ariary par litre. Le rendement attendu dépasse 257 milliards d'ariary pour les caisses de l'État.
Une réforme dictée par le FMI
Le gouvernement justifie cette hausse par la nécessité de rétablir la cohérence de la fiscalité des carburants. Le texte du projet affirme que l'écart actuel entre les deux taxes constitue un avantage implicite en faveur du gazole, dont les émissions de dioxyde de carbone par litre sont supérieures à celles de l'essence.
« L'alignement de la TPP du gazole sur celle de l'essence rétablit la cohérence de la taxation des produits pétroliers, renforce le signal en faveur de la réduction de la consommation de combustibles fossiles », précise le texte.
Le document rappelle aussi que cette mesure s'inscrit dans les engagements pris au titre de la Facilité pour la résilience et la durabilité, l'un des programmes de financement du Fonds monétaire international en faveur de Madagascar, aux côtés de la Facilité élargie de crédit. Les engagements FRD prévoient explicitement d'augmenter progressivement les accises sur le diesel pour les aligner sur l'essence.
Le FMI l'a rappelé dans son communiqué du 30 septembre 2026, annonçant un décaissement de 155 millions de dollars. La mission d'évaluation conduite par Constant Lonkeng, en visite dans la Grande Île début octobre, a réitéré l'exigence de mobiliser davantage de recettes publiques. La lettre de cadrage du projet de loi de finances 2027 évoque, pour sa part, la consolidation des recettes intérieures et l'efficience de la dépense publique.
Que va-t-il se passer pour les ménages ?
Derrière le vocabulaire technique des technicires de Bercy malgache, c'est une question simple qui se pose : qui paiera ? Le gazole est le sang des villages, le carburant des taxis-brousse qui relient les campagnes aux marchés, celui des camions qui montent le riz vers les Hautes Terres et redescendent la marchandise vers les ports. Chaque hausse à la pompe se répercute sur le prix du transport, donc sur le prix de la nourriture, donc sur les budgets des familles qui vivent déjà avec le minimum.
Les recettes promises doivent servir, selon le FMI, à « dégager des marges de manœuvre pour les dépenses sociales et les leviers de croissance ». Il faudra que cette promesse soit tenue, et vérifiable, dans chaque fokontany, dans chaque école et chaque centre de santé. La solidarité ne se décrète pas dans les annexes d'une loi de finances ; elle se constate dans la vie quotidienne.
On peut aussi saluer le signal écologique revendiqué. Réduire la consommation de combustibles fossiles est une nécessité pour notre île, dont les écosystèmes, des récifs coralliens aux forêts sèches, paient déjà le prix du dérèglement climatique. Mais un signal fiscal ne suffit pas. Sans alternative concrète, sans transports publics, sans investissement dans les énergies propres accessibles aux plus modestes, la taxe pèse surtout sur ceux qui n'ont pas le choix du carburant qu'ils mettent dans leur réservoir.
Une cascade de nouveaux impôts
La hausse du gazole ne vient pas seule. Le projet de loi de finances 2027 multiplie les nouvelles impositions et révisions tarifaires.
- L'extension des droits d'accise aux parfums et cosmétiques, fabriqués localement ou importés, devrait rapporter plus de 2 milliards d'ariary.
- Un droit de douane de 30 % frapperait les boissons alcoolisées, les cigarettes, les bijoux, les articles d'horlogerie, certains gros véhicules de tourisme et les bateaux de plaisance, pour près de 12 milliards d'ariary.
- Le même taux de 30 % s'appliquerait à des produits finis concurrençant des productions locales : biscuits, confiseries, chocolats, couscous, bières, boissons sucrées, conserves de poisson, savons, mais aussi téléphones intelligents, montres connectées et casques sans fil. Ces relèvements généreraient près de 36 milliards d'ariary.
Certaines de ces mesures protectrices des producteurs locaux méritent d'être soutenues. D'autres, comme la taxation des téléphones, touchent directement les usages les plus répandus, y compris dans les campagnes où le mobile est devenu outil de travail et lien social.
La question carburants fait débat bien au-delà de Madagascar. En France, le débat sur la fiscalité du gazole et de l'essence continue de nourrir la controverse, comme en témoigne une chronique de Contrepoints sur les taxes prélevées par l'État sur chaque litre. À Tahiti, le gouvernement a annoncé une hausse de 10 francs par litre sur le gazole et l'essence, selon Radio1 Tahiti, un ajustement imposé par la flambée mondiale des hydrocarbures. De son côté, l'Assemblée nationale française a voté une règle d'or sur les carburants, rapporte NosParlementaires, sans toutefois prévoir de baisse de taxe.
Questions fréquentes
Quelle sera la nouvelle taxe sur le gazole à Madagascar ?
Elle passerait de 228 à 503 ariary par litre, soit 275 ariary de plus, si le projet de loi de finances 2027 est adopté.
Pourquoi le gouvernement augmente-t-il cette taxe ?
Pour aligner la taxation du gazole sur celle de l'essence, réduire la consommation de combustibles fossiles et respecter les engagements pris auprès du FMI dans le cadre de la FRD.
Combien cette hausse rapporterait-elle à l'État ?
Le gouvernement attend plus de 257 milliards d'ariary de recettes supplémentaires grâce à cette seule mesure.
Quand cette hausse s'appliquerait-elle ?
Elle est inscrite dans le projet de loi de finances 2027, examiné en novembre 2026, et s'appliquerait donc à partir de l'année budgétaire 2027.
