Alors que le gouvernement finalise le budget 2027, les ménages et les petits opérateurs économiques de la capitale rappellent l'urgence d'améliorer l'approvisionnement en eau et en électricité, les routes et le pouvoir d'achat. Ces priorités, annoncées par l'État, doivent désormais se traduire en actions financées et réellement mises en œuvre, selon une enquête publiée le 23 octobre 2026 par L'Express de Madagascar.
Derrière les chiffres du projet de budget, il y a des visages. Celui de Herman Ranaivojaona, gérant d'un cybercafé à Antanimena, dont l'activité s'arrête à chaque coupure de courant. Celui de Virginie Rahelianta, responsable d'hôtel, qui jongle entre les interruptions d'eau et ses obligations familiales. Celui de Rina Oria Rajaonivelo, cordonnier à Analamahitsy, qui voit le prix du cuir, de la colle et du fil grimper sans pouvoir répercuter ces hausses sur des clients déjà étranglés. Le budget 2027 se jouera dans leur quotidien, pas dans les salons d'Ivato.
L'électricité et l'eau, nerfs de la vie économique
À Antanimena, Herman Ranaivojaona témoigne des conséquences des coupures d'électricité sur son activité.
Il n'y a pas de travail possible si le courant est constamment coupé. Notre petite entreprise est à l'arrêt et l'argent qui rentre diminue considérablement.
Son témoignage illustre les enjeux budgétaires liés au redressement de la Jirama, la société nationale d'eau et d'électricité. Pour les petits opérateurs, une alimentation plus régulière signifie la possibilité de travailler, de préserver des revenus et de maintenir des emplois. L'eau, elle aussi, fait défaut : Virginie Rahelianta décrit des interruptions qui perturbent son établissement et compliquent chaque journée.
Le Premier ministre, Mamitiana Rajaonarison, a évoqué de possibles actes de sabotage à l'origine de certaines coupures. Ces soupçons doivent être établis par des investigations. En attendant, l'amélioration du service demeure l'attente majeure de la population, et les investissements dans l'eau et l'électricité conditionnent autant les infrastructures que les revenus des ménages.
Des routes praticables pour desserrer l'étau du coût de la vie
La poursuite des travaux routiers figure parmi les orientations du budget 2027. À Soarano, Ramiarisolofo, propriétaire d'une petite entreprise de transformation et de vente de chips, décrit les conséquences de la dégradation des routes sur le transport des marchandises et, indirectement, sur leurs prix. Des routes praticables faciliteraient l'acheminement des produits, réduiraient les contraintes logistiques et soutiendraient les échanges commerciaux.
Le lien entre investissement public et pouvoir d'achat est tangible : chaque ornière sur un axe de transport se paie au marché. Pour les ménages, l'enjeu est d'accéder à des services publics de meilleure qualité sans que les insuffisances de l'offre ne constituent une charge supplémentaire.
Soutenir les producteurs locaux sans étrangler les consommateurs
Rina Oria Rajaonivelo, artisan cordonnier à Analamahitsy, s'inquiète de la hausse du coût des matières premières, notamment du cuir, de la colle et du fil. Il lui est difficile d'augmenter ses prix sans risquer de perdre des clients dont les moyens sont déjà limités. Cette difficulté renvoie à une autre attente envers le budget : préserver le pouvoir d'achat tout en soutenant la production locale.
Les mesures fiscales, l'accompagnement des petites activités et les dispositifs en faveur des producteurs devront être examinés à l'aune de leur capacité à alléger les contraintes économiques, sans compromettre les recettes nécessaires au financement des services publics. Le gouvernement prévoit de faciliter l'accès des agriculteurs aux semences de riz hybrides et aux engrais de qualité, mais l'aide matérielle doit s'accompagner d'un appui technique, notamment pour pallier le manque de techniciens agricoles. L'efficacité des crédits dépendra autant de leur montant que des conditions de leur mise en œuvre.
Des moyens à la hauteur des besoins
Dans les secteurs de la santé et de l'éducation, les besoins en infrastructures, en équipements et en personnel imposent des arbitrages. Les recrutements envisagés par l'État, notamment dans l'Éducation nationale, devront répondre aux besoins réels des établissements. Le Cercle de réflexion des économistes de Madagascar (CREM) insiste sur la mobilisation des recettes publiques et la lutte contre la corruption, essentielles pour dégager des marges de financement et renforcer la capacité de l'État à répondre aux besoins sociaux.
Selon les données communiquées par le ministère de l'Économie et des Finances, la croissance économique est projetée à 5,1 % en 2027, contre 4,1 % en 2026. Les recettes fiscales sont estimées à 6 721,6 milliards d'ariary et les dépenses publiques prévisionnelles à 20 825,6 milliards d'ariary. Le gouvernement a recensé 724 projets nécessitant des financements, pour un montant annoncé de 28 680 milliards d'ariary. Ces prévisions traduisent l'ampleur des ambitions, mais aussi la nécessité de sélectionner les projets prioritaires, de maîtriser les dépenses et d'améliorer leur exécution.
Ce que la population attend du budget 2027
Les témoignages recueillis donnent une dimension concrète aux arbitrages budgétaires. Ils montrent ce que la population attend des investissements publics : une électricité plus régulière, un accès fiable à l'eau, des routes praticables et des conditions plus favorables à la production et à l'emploi. Au-delà des chiffres, le budget 2027 sera jugé sur sa capacité à transformer les ressources mobilisées en améliorations tangibles du quotidien.
À Madagascar, où les communautés rurales et urbaines partagent les mêmes besoins essentiels, l'unité nationale se construit aussi dans la réponse à ces attentes. L'État dispose d'une feuille de route ; aux citoyens de rester vigilants sur son exécution.
Questions fréquentes
Quelles sont les priorités du budget 2027 à Madagascar ?
Le gouvernement entend privilégier l'énergie, les infrastructures, l'agriculture, la santé et l'éducation, selon les orientations annoncées pour le budget 2027.
Quel est le montant des dépenses publiques prévues en 2027 ?
Les dépenses publiques prévisionnelles s'élèvent à 20 825,6 milliards d'ariary, avec des recettes fiscales estimées à 6 721,6 milliards d'ariary, selon le ministère de l'Économie et des Finances.
Quelle croissance est projetée pour 2027 ?
La croissance économique est projetée à 5,1 % en 2027, contre 4,1 % en 2026, selon les données du ministère de l'Économie et des Finances.
