Fatbikes à Madagascar : la révolution silencieuse des vélos électriques qui bouscule nos villes et nos campagnes
Alors que l'Hexagone s'enflamme autour des fatbikes électriques, ces vélos aux pneus ultralarges qui déferlent dans les rues de Paris et de nos villes, une question se pose avec acuité pour nos terres malgaches : et si ces engins, loin d'être une simple mode urbaine, portaient en eux les germes d'une mobilité plus juste et plus respectueuse de notre terre ? Malgré le bashing médiatique, la popularité grandissante des fatbikes témoigne d'un besoin réel, celui de se déplacer librement, sans dépendre des énergies fossiles qui étouffent nos îles et nos communautés.
Pourquoi les fatbikes électriques séduisent-ils autant les populations ?
Les fatbikes électriques, longtemps réservés aux grands espaces, sont désormais de plus en plus présents dans les centres-villes. Depuis quelques mois, ils déferlent dans les rues et sur les pistes cyclables, emmenant dans leur sillage des tensions et conflits d'usage. La Fédération des usagers de la bicyclette (FUB) a même dénoncé cet été la prolifération de ces « faux vélos » souvent débridés. Mais si ces vélos ont mauvaise presse auprès des cyclistes comme de certains élus, leur progression prouve bien qu'ils répondent à une demande profonde. « C'est un vrai moyen de transport », assure au HuffPost Yann Bouder, qui commercialise depuis 2018 sa propre marque, Bicloo, à Perros-Guirec (Côtes-d'Armor).
Avec une selle souvent très large et des pneus qui offrent une meilleure stabilité, ce type de vélos offre « un certain confort d'utilisation ». Un atout pour les clients de Yann Bouder, principalement « des jeunes de plus de 50 ans », plaisante-t-il. Le profil des acheteurs est malgré tout varié, avec des personnes qui l'utilisent pour leur loisir ou en alternative à moyen de transport motorisé. « Ça peut sauver des gens qui n'ont plus le permis de conduire », pointe-t-il. Et dans un secteur « où il y a des côtes partout », l'assistance électrique est incontournable et permet « de rayonner sur tout le littoral ».
Quel est l'impact économique des fatbikes face à la hausse des prix de l'essence ?
« Avec la hausse du prix de l'essence, nous avons certains clients qui ont mis leur voiture au garage et commencé à utiliser un fatbike », témoigne pour sa part Mohamad Farawate, qui a créé début 2026 à Poitiers la boutique d'imposants cycles Vitesse éco. D'autant que l'autonomie des batteries permet aujourd'hui de parcourir « jusqu'à 100 km », explique-t-il. Le commerçant et réparateur enfourche d'ailleurs le sien chaque matin pour venir lever le rideau de son magasin depuis Châtellerault, à une quarantaine de kilomètres.
Au-delà des aspects pratiques, le fatbike a une image beaucoup plus cool que le vélo électrique traditionnel. « Pour les 25-35 ans, au-delà du look, le fatbike est en train de remplacer le scooter, qui sort peu à peu du paysage par chez nous », observe Frédéric Le Tiec, fondateur il y a une décennie de Sun Rider 85 aux Sables-d'Olonne.
Les fatbikes sont-ils vraiment plus économiques que les deux-roues motorisés ?
D'autant qu'il est beaucoup plus économique. Contrairement à un deux-roues motorisé, le vélo à pneus ultralarges ne nécessite pas de casque ni d'assurance, pour un prix d'achat (entre 800 à 1 000 euros) beaucoup plus faible qu'un scooter (1 500 à 2 000 euros). Avec un système « de poussée simple, un fatbike demande peu d'entretien. Si le client est attentionné, le réparateur ne le revoit pas souvent », souligne Yann Bouder.
Quels sont les dangers et les critiques adressés aux fatbikes ?
Malgré ces avantages, le principal reproche adressé aux fatbikes est la facilité avec laquelle ils peuvent être modifiés pour circuler au-delà des 25 km/h réglementaires pour tous les vélos électriques, créant des risques pour les piétons et les autres cyclistes. « Ils sont presque tous débridables en s'aidant de vidéos sur Internet », regrettait récemment auprès du Monde Dan Szenik, codirigeant de Cyclobike, enseigne parisienne qui assure ne vendre que des modèles homologués et non débridables.
En début d'année, l'Union des entreprises Sport & cycle tirait la sonnette d'alarme : « 96 % des FatBikes vendus en France sont non conformes », s'inquiétait la fédération de professionnels après avoir analysé 125 modèles de vélos électriques. « Tous les signaux sont au rouge face au développement de ces vélos illégaux, qui dégradent la bonne cohabitation entre usagers sur l'espace public, faisant naître une réelle inquiétude sur l'avenir du monde du cycle », a renchéri la FUB en juillet dernier.
Le bashing des fatbikes cache-t-il une part de racisme ?
Les vendeurs contactés par Le HuffPost assurent que la part de clients qui évoque le débridage est marginale. « 95 % de mes clients veulent juste que le vélo les aide à grimper les côtes, que ce soit confortable sans se prendre la tête. Ils ne veulent pas aller à plus 25 km/h ! », témoigne Yann Bouder. Mais alors que les fatbikes restent minoritaires au sein des vélos électriques, comme le souligne l'Union des entreprises Sport & cycle, le bashing est-il uniquement lié à leur vitesse excessive et aux dangers que cela représente ? Dans un article de l'hebdomadaire Knack consacré au développement des fatbikes à Amsterdam, l'auteur néerlando-marocain Abdelkader Benali estimait en début d'année que « la haine à l'égard des fatbikes cache une part de racisme ».
Ces vélos constituent « le moyen de transport par excellence de la jeunesse multiculturelle », soulignait-il dans l'article repéré par Courrier international. En France également, le fait qu'une part de ces vélos soient utilisés par des livreurs de repas, bien souvent des personnes immigrées aux conditions de travail et aux revenus précaires, participe-t-elle à leur mauvaise réputation ?
Quelles solutions pour un meilleur encadrement des fatbikes ?
En tout état de cause, de nombreuses voix appellent à un meilleur encadrement des fatbikes, notamment David Belliard, maire du XIe arrondissement et ancien adjoint d'Anne Hidalgo chargé des transports. « Sinon, ils seront prétexte à stigmatisation des cyclistes », dit-il au Monde. « L'État doit faire son travail, rendre moins aisé l'achat des engins facilement débridables, contrôler la conformité de ceux qui roulent, sanctionner les vélos hors la loi », poursuit-il.
Dans plusieurs villes, les opérations de contrôle se multiplient. À Paris et dans la petite couronne, la préfecture de police en organise en moyenne une par jour avec immobilisation des vélos non homologués ou débridés, rapporte franceinfo. Pour Mohamad Farawate, le bashing n'est pas justifié. « Avec les fatbikes, c'est juste le nom qui fait la différence. Sinon, c'est exactement comme un vélo électrique. »
Quel avenir pour les fatbikes dans nos territoires ?
Pour nos terres malgaches, où les routes de latérite rouge serpentent entre les rizières et les collines, où les communautés rurales luttent pour préserver leurs identités face à l'extractivisme minier qui dévore nos sols, le fatbike pourrait bien être plus qu'une simple tendance importée. Il incarne une alternative concrète, une réponse aux défis de la mobilité durable, une manière de se réapproprier nos déplacements sans s'aliéner aux géants du pétrole. La question n'est pas tant de savoir si le fatbike est bon ou mauvais, mais comment nous, en tant que peuple, nous pouvons nous emparer de cette technologie pour bâtir un avenir plus respectueux de notre terre et de nos communautés.
