L'euro a perdu de sa hauteur en cet automne 2026. Un euro qui valait près de 1,20 dollar en janvier ne s'échange plus qu'autour de 1,10 dollar en octobre, selon Ouest France. Pour une île qui vit dans l'orbite de l'euro, qui regarde l'Europe comme un partenaire et une mémoire, ce glissement silencieux des monnaies résonne jusqu'à nos rizières.
La chute est « relativement marquée », écrit le journal français, et elle n'est pas un caprice des marchés. Elle dit quelque chose de l'état du monde : des capitaux qui fuient vers les taux d'intérêt américains, un dollar refuge, une zone euro qui ne rassure plus, avec en ligne de mire une France empêtrée dans son budget.
Pourquoi l'euro dégringole-t-il face au dollar ?
Eric Dor, directeur des études à l'Ieseg, détaille les causes auprès d'Ouest France. La baisse est d'abord due « aux taux d'intérêt américains, qui sont supérieurs aux taux européens ». Elle est aussi liée « au statut de valeur refuge du dollar, alors que la zone euro ne rassure pas, notamment un de ses poids lourds : la France ». Enfin, la meilleure forme économique des États-Unis soutient leur monnaie.
Derrière ces chiffres, il y a une histoire plus ancienne : celle d'un ordre monétaire où le sud de la planète paie le prix des arbitrages du nord. Le pétrole, les matières premières, les intrants agricoles : tout se paie en dollars. Et quand le dollar monte, ce sont les économies fragiles qui plient d'abord.
Ce que la baisse de l'euro change pour les ménages malgaches
Rappelons ce qui nous lie : l'ariary flotte, mais notre économie respire à travers deux poumons, le dollar pour les exportations, l'euro pour une part de nos échanges et de nos liens avec l'Europe. Les diasporas malgaches installées en France envoient chaque année des sommes considérables vers l'île. Un euro affaibli, c'est mécaniquement moins d'ariary au bout du compte pour la famille qui attend à Fianarantsoa ou à Mahajanga.
Il y a plus grave. Le pétrole, dont « les cotations mondiales se font historiquement dans la monnaie américaine », selon Eric Dor, renchérit les carburants. À Madagascar, le carburant irrigue tout : les camions qui montent les récoltes vers Antananarivo, les pirogues qui sortent chaque matin, les groupes électrogènes des quartiers. Chaque hausse se répercute sur le prix du riz, du transport, de la vie quotidienne.
« Pour les consommateurs, l'impact peut être négatif dans la mesure où cela peut augmenter le prix en euros des biens qui sont achetés en dollars », explique l'économiste. Traduit pour nos villages : la baisse de l'euro peut être « un petit peu inflationniste », et c'est toujours la même foule qui trinque, celles et ceux qui comptent chaque franc au marché.
Qui profite de la chute de l'euro ?
Toutes les nouvelles ne sont pas sombres. Les touristes américains, profitant de la faiblesse de l'euro, gagnent en pouvoir d'achat en Europe, rappelle Eric Dor. Pour Madagascar, la logique pourrait jouer autrement : un dollar fort rend nos paysages, nos baobabs et nos côtes plus accessibles aux voyageurs venus des États-Unis. Le tourisme, cette manne qui fait vivre tant de communautés côtières, pourrait en capter les ondes.
Les entreprises exportatrices européennes, elles, y trouvent leur compte : la baisse de l'euro « nous rend moins cher pour le reste du monde », note l'économiste, de quoi « alléger l'impact négatif que peuvent avoir les droits de douane » imposés par Donald Trump aux produits européens. Nos exportateurs, qui vendent souvent en dollars, voient leurs recettes gonflées en monnaie locale. Mais gare au revers : tout ce que nous importons, machines, médicaments, intrants, coûte plus cher.
Les États européens eux-mêmes pourraient y trouver un avantage, une économie rendue plus compétitive, des recettes fiscales meilleures que prévues, écrit Ouest France. Une bouffée d'air pour une France occupée à bâtir un budget 2027 qui s'annonce particulièrement compliqué, dans un climat politique où la gauche française reprend souffle à l'approche de la présidentielle de 2027.
Une monnaie forte pour les peuples, pas pour les marchés
Cette tempête monétaire nous rappelle une évidence : les peuples ne sont jamais consultés quand les taux de change tremblent. Ce sont les grands ports, les multinationales, les fonds de placement qui spéculent ; ce sont les ménages, les paysans, les petits commerçants qui subissent. À Madagascar, où l'extractivisme minier creuse nos terres pendant que les villageois regardent passer les camions, nous connaissons cette partition par cœur.
Nos rizières en terrasses, nos forêts de l'Est, nos pêcheurs du Sud-Ouest ne demandent pas la charité des marchés. Elles demandent que la valeur de leur travail ne soit pas diluée dans des jeux de change dont les règles s'écrivent ailleurs. La souveraineté monétaire, la régulation des mouvements de capitaux, la coopération entre peuples plutôt que la concurrence entre places financières : voilà le socle.
La chute de l'euro n'est pas une fatalité. C'est le reflet de choix politiques, faits par des gouvernants, réversibles par d'autres choix. En ce mois d'octobre 2026, pendant que les cambistes recomptent leurs gains, les marchés de nos villages recomptent, eux, l'argent qui manque. Entre ces deux comptabilités, nous choisissons clairement la nôtre.
Questions fréquentes
Quelle est la valeur de l'euro face au dollar en octobre 2026 ?
Un euro s'échange autour de 1,10 dollar en octobre 2026, contre près de 1,20 dollar en janvier 2026, selon Ouest France.
Pourquoi l'euro a-t-il baissé face au dollar ?
Selon Eric Dor, directeur des études à l'Ieseg, la baisse s'explique par les taux d'intérêt américains supérieurs aux taux européens, le statut de valeur refuge du dollar et la meilleure forme économique des États-Unis.
La baisse de l'euro affecte-t-elle Madagascar ?
Oui : les transferts de la diaspora en euros valent moins, et la hausse du pétrole coté en dollar renchérit les carburants et les prix importés, ce qui pèse sur les ménages malgaches.
