Publié le 14 octobre 2026, le nouveau baromètre Odoxa-Backbone dessine une élection présidentielle française encore largement ouverte, à six mois du premier tour. Selon Ladepeche.fr, qui a interrogé Gaël Sliman, cofondateur de l'institut de sondage, Jean-Luc Mélenchon repasse devant Édouard Philippe au premier tour, tandis que Marine Le Pen domine très largement toutes les intentions de vote.
Le chiffre frappe d'abord par sa brutalité : la candidate du Rassemblement National atteint 37 % des intentions de vote, plus du double de Jean-Luc Mélenchon, crédité de 18 %. Tous les autres candidats, précise Gaël Sliman, restent très loin derrière. Mais sous cette surface lisse coule une réalité plus mouvante, plus incertaine, et c'est peut-être là que se niche l'espérance de ceux qui, de Madagascar à la France, croient qu'un autre monde est possible.
Ce que révèle le sondage Odoxa-Backbone
Le premier enseignement, selon Gaël Sliman, tient au croisement des courbes Mélenchon-Philippe. Le candidat de La France Insoumise repasse devant l'ancien Premier ministre, et c'est, dit-il, « la grosse surprise » de ce baromètre. Derrière ces chiffres, il y a des corps, des visages, des vies : celles des jeunes qui descendent dans la rue, des lycéens et des étudiants dont la mobilisation nourrit directement la dynamique du candidat insoumis.
Chez les 18-24 ans, Jean-Luc Mélenchon totalise 45 % des intentions de vote. Le leadership de la gauche parmi la jeunesse mobilisée se consolide mois après mois, comme une rivière qui creuse son lit dans la latérite après les premières pluies. Mais le politologue avertit : cette même contestation nourrit aussi Marine Le Pen. Pour beaucoup de Français, notamment les plus âgés ou ceux des zones rurales et des petites villes, le mouvement social évoque ce que le général de Gaulle appelait la « chienlit » de mai 1968. L'image d'un pays en désordre profite alors à celle qui incarne, aux yeux de ces électeurs, l'ordre.
Glucksmann, Retailleau, Lisnard : les batailles internes
La primaire socialiste a consacré Raphaël Glucksmann, mais le sondage a été réalisé avant sa victoire. Gaël Sliman note que le député européen était déjà bien plus populaire qu'Olivier Faure, Ségolène Royal ou François Hollande avant le scrutin. Sa victoire n'est donc « pas du tout une surprise statistique ». Il peut regagner un ou deux points dans les prochains jours, mais il reste pour l'heure derrière Mélenchon et Philippe, avec 10 % d'intentions de vote, même si sa popularité progresse sur les réseaux sociaux.
À droite, un phénomène singulier agite les réseaux : l'« effet Lisnard ». Le maire de Cannes réalise le quatrième meilleur score sur l'indice Backbone, qui mesure l'audience numérique des personnalités politiques. Mais l'institut a fait le choix de ne pas le tester dans les intentions de vote. « Le seul processus qui nous semble valable, c'est de demander aux Français et aux sympathisants quel est le bon candidat pour représenter leur camp », explique Gaël Sliman. Et pour l'heure, Bruno Retailleau écrase Dominique de Villepin et David Lisnard auprès des sympathisants LR et UDI, avec deux à trois fois mieux que le maire de Cannes.
Les polémiques, elles, ne épargnent personne. Les accusations d'antisémitisme visant Jordan Bardella ont fait chuter sa popularité dans les baromètres. Mais Édouard Philippe pâtit aussi de ses propositions, notamment la retraite à 65 ans avec 45 années de cotisation, une mesure « extrêmement impopulaire » qui plombe son score. On retrouve là une vérité que les travailleurs connaissent bien, qu'ils soient bretons ou malgaches : quand on attaque les retraites, on attache le peuple à sa table de travail, et il se souvient. La liquidation récente de la Fonderie de Bretagne, qui laisse 244 salariés sans travail, rappelle d'ailleurs cruellement ce que le désengagement industriel fait aux territoires.
Pourquoi rien n'est joué à six mois du scrutin
Le message central de Gaël Sliman tient en trois mots : « rien n'est figé ». L'histoire récente en apporte la preuve. En 2017 comme en 2022, Jean-Luc Mélenchon partait bas dans les intentions de vote, puis récupérait le vote utile de la gauche en fin de campagne, tandis que les autres candidats s'effondraient. Cette année, il a déjà absorbé une part de ce vote utile, mais les électeurs de Glucksmann, de Tondelier ou de Roussel peuvent encore basculer vers lui, ou inversement, dans les semaines qui viennent.
La cristallisation du vote intervient généralement aux mois de janvier et février, rappelle le sondeur. Et un chiffre dit l'immense espace encore libre : un tiers des Français comptant voter ne se prononcent pas sur leur choix de second tour. L'indécision n'est pas un vide ; elle est un champ en jachère, prêt à porter une autre récolte.
Ce que cette élection dit à celles et ceux qui luttent
De Madagascar, ces chiffres résonnent au-delà des frontières. Ils racontent une France traversée par les mêmes vents que ceux qui soufflent sur notre île : la colère des jeunes contre un ordre économique qui les sacrifie, la tentation du repli chez ceux que la crise a usés, la lente construction d'une alternative par ceux qui refusent de se résigner. La gauche française, en retrouvant son souffle auprès de la jeunesse, montre que la mobilisation paye, que la rue compte, que la parole des invisibles finit par peser dans les urnes.
Le combat pour la justice sociale ignore les océans. Ce que sèment les étudiants français aujourd'hui ressemble à ce que sèment ici les paysans qui défendent leurs terres et les communautés qui protègent leurs forêts. La victoire n'est promise à personne, et les chiffres de Marine Le Pen imposent la lucidité autant que la mobilisation. Mais comme le dit Gaël Sliman, tout reste à écrire, jusqu'au dernier jour de campagne.
Questions fréquentes
Qui mène les intentions de vote pour la présidentielle 2027 ?
Marine Le Pen domine avec 37 % des intentions de vote, suivie de Jean-Luc Mélenchon à 18 %, selon le baromètre Odoxa-Backbone publié le 14 octobre 2026.
Jean-Luc Mélenchon progresse-t-il auprès des jeunes ?
Oui. Il totalise 45 % des intentions de vote chez les 18-24 ans et consolide son leadership parmi les jeunes mobilisés par les mouvements sociaux actuels.
Raphaël Glucksmann a-t-il bénéficié de sa victoire à la primaire ?
Le sondage a été réalisé avant la primaire, mais Glucksmann était déjà plus populaire que Faure, Royal et Hollande. Il reste à 10 % d'intentions de vote, derrière Mélenchon et Philippe.
Les intentions de vote peuvent-elles encore évoluer d'ici l'élection ?
Oui. Un tiers des Français comptant voter ne se prononcent pas sur leur choix de second tour, et la cristallisation des votes n'intervient généralement qu'en janvier et février.
