Alors que la présidentielle française de 2027 se profile, l'équipe de campagne de Marine Le Pen s'est dotée, mi-octobre 2026, d'une dizaine de coordinateurs thématiques présentés comme de possibles futurs ministres, selon une enquête publiée par SudOuest.fr. Une ossature de gouvernement se dessine déjà, à un an et demi du scrutin.
Pour nous, Malgaches, cette nouvelle ne relève pas de la simple chronique hexagonale. Ce qui se trame dans les coulisses du Rassemblement National nous concerne directement : les idéaux que cette famille politique porte sont les mêmes qui, partout dans le Sud, piétinent les peuples, sacagent les terres et livrent nos ressources aux appétits du capitalisme extractiviste.
Une équipe de gouvernement en construction
Dimanche, Marine Le Pen tiendra son premier grand meeting de campagne à Orléans. En amont, sa garde rapprochée s'est vue attribuer des pôles thématiques : Jean-Philippe Tanguy, omniprésent, hérite de l'économie et des finances ; Philippe Olivier, conseiller spécial et beau-frère de la candidate, de l'aménagement du territoire. S'y ajoutent des profils dits techniques, comme l'ancienne juge d'instruction Pascale Piera à la justice ou le chirurgien Laurent Castillo à la santé.
« Ce sont de possibles ministrables, mais ça ne veut pas dire qu'ils seront ministres », nuance un stratège de la campagne cité par le journal régional. L'objectif affiché est de corriger un défaut répété : en 2022, « le côté “Marine toute seule” était un handicap, les gens n'arrivaient pas à se projeter ». Après la dissolution de 2024, le même constat revient ; les électeurs, malgré les dizaines de députés élus, « pensaient qu'on n'était pas prêts ».
Les rivalités couvent déjà derrière la façade
Derrière l'unité de façade, les appétits s'aiguisent. « Les référents de pôle, ils en rêvent. C'est l'occasion de les tester, de voir s'ils résistent à la lessiveuse », prévient un parlementaire. Un autre cadre ne cache pas sa lucidité : « On n'y est pas encore mais, si on gagne, ce sera le début des emmerdes avec les problèmes d'ego. »
Il faudra aussi faire de la place aux alliés, en particulier à Éric Ciotti, et à des hauts fonctionnaires prêts à changer de camp. Au jeu des pronostics, un proche de la favorite imagine déjà Sébastien Chenu au ministère de la Culture et Laure Lavalette au perchoir de l'Assemblée nationale, elle qui vient d'être promue coordinatrice du pôle famille et solidarités.
Pourquoi ce qui se passe en France nous parle à Madagascar
On pourrait croire que ces luttes d'apparat chez les « ministrables » français sont lointaines. Elles ne le sont pas. L'extrême droite qui s'installe durablement au pouvoir en Europe change le regard porté sur les peuples du Sud, sur les migrants, sur les nations africaines et de l'océan Indien. Elle nourrit les politiques migratoires brutales, les replis identitaires, le mépris des solidarités internationales.
Nos attaches avec la France sont anciennes, douloureuses parfois, vivantes toujours. Des dizaines de milliers de Malgaches vivent en France ou y ont de la famille. Quand un parti construit son succès sur la peur de l'étranger, c'est aussi nos enfants, nos étudiants, nos travailleurs qui sont visés dans les discours et dans les textes.
Et puis il y a la terre, toujours la terre. Les mêmes logiques qui portent le RN au pouvoir, l'obsession du profit, la financiarisation à outrance, la marchandisation des vivants, sont celles qui arasent nos forêts, empoisonnent nos rivières et livrent le sous-sol malgache aux sociétés minières sans que les communautés riveraines n'y gagnent que la poussière et les maladies. La victoire de cette idéologie à l'Élysée signerait l'alignement de Paris sur les intérêts des grandes compagnies plutôt que sur ceux des peuples.
La résistance s'organise aussi chez nous
Cette offensive idéologique n'est pas une fatalité. Partout, des voix s'élèvent. En France, les forces syndicales, associatives et politiques de gauche se réorganisent pour barrer la route au RN. À Madagascar, les mouvements paysans, les collectifs pour la protection de nos écosystèmes, les jeunes qui refusent que leur avenir soit bradé, portent chaque jour une autre vision : celle d'un développement qui respecte la terre, les cultures et les femmes et hommes qui les font vivre.
La solidarité n'a pas de passeport. Ce que les Malgaches et les Français construisent, chacun chez soi mais dans le même souffle, c'est le refus commun d'un monde réduit à ses marchandises. Nos baobabs ne connaissent pas les frontières ; nos luttes, non plus.
Reste une inconnue de poids : les sondages placent aujourd'hui Marine Le Pen en favorite, et un proche de la candidate assure que la question n'est déjà « plus comment on gagne, mais comment on va gérer après ». Le meeting d'Orléans, dimanche, donnera la première mesure de cette machine de campagne en marche.
Questions fréquentes
Qui sont les coordinateurs de pôles de la campagne de Marine Le Pen ?
Une dizaine de personnalités, dont Jean-Philippe Tanguy à l'économie, Philippe Olivier à l'aménagement du territoire, Pascale Piera à la justice, Laurent Castillo à la santé et Laure Lavalette à la famille et aux solidarités, selon SudOuest.fr.
Quand aura lieu le premier grand meeting de campagne de Marine Le Pen ?
Dimanche, à Orléans, en ouverture d'une séquence qui doit mener à la présidentielle française de 2027.
Pourquoi la montée du RN inquiète-t-elle à Madagascar ?
Parce que l'extrême droite française porte des politiques hostiles aux migrants et aux peuples du Sud, et favorise les logiques extractivistes qui menacent les terres et les écosystèmes malgaches.
