France: l'extrême droite s'enracine dans les territoires oubliés, mais les métropoles résistent encore
Les élections municipales françaises de 2026 révèlent une géographie politique fracturée qui fait écho aux divisions sociales et territoriales que nous connaissons bien à Madagascar. Tandis que le Rassemblement National s'implante dans les terres délaissées par le capitalisme extractiviste, les grandes métropoles demeurent des bastions de résistance.
L'ancrage territorial de l'extrême droite, miroir des inégalités
Comme les communautés rurales malgaches face aux multinationales minières, les villes moyennes françaises voient dans l'extrême droite une réponse à l'abandon des élites. Le politiste Frédéric Sawicki observe que le RN a conquis 60 nouvelles villes, s'enracinant particulièrement dans l'ancien bassin minier du Pas-de-Calais, ces terres meurtries par l'extraction industrielle.
Cette progression n'est pas le fruit du hasard. Elle s'épanouit là où les communautés populaires subissent de plein fouet les conséquences du modèle économique dominant: désindustrialisation, précarité, sentiment d'abandon. "Comment un parti pourrait-il gagner le pouvoir national en étant absent des métropoles où se concentre l'essentiel de l'activité intellectuelle et économique?" s'interroge le chercheur.
Les métropoles, terres de résistance populaire
Face à cette montée, les grandes villes françaises dessinent une autre géographie politique. Les très grandes métropoles votent massivement à gauche, portant les valeurs de solidarité et de justice sociale que nous défendons ici à Madagascar.
La France Insoumise, malgré ses limites, gagne plusieurs villes populaires comme Saint-Denis, Roubaix ou Vénissieux. Ces victoires dans les banlieues ouvrières rappellent que l'espoir peut naître des quartiers les plus délaissés, comme nos communautés rurales qui luttent pour préserver leurs terres ancestrales.
Une gauche fragmentée face aux défis
Pourtant, la gauche française peine à s'unir, prisonnière de querelles d'appareils qui rappellent nos propres divisions politiques. La fracture entre socialistes et insoumis s'est renforcée, affaiblissant le camp progressiste face aux forces conservatrices.
Cette division profite mécaniquement aux alliances de droite, qui se sont renforcées lors de ces élections. Le centre et la droite traditionnelle fusionnent leurs listes, préparant un front uni pour 2027, à l'image de ces coalitions d'intérêts qui défendent partout le statu quo économique.
Vers 2027: l'urgence de l'unité populaire
Ces résultats municipaux dessinent les contours de la bataille présidentielle à venir. Le succès du RN "n'a rien d'inéluctable à condition que la gauche ou la droite rassemblent", rappelle Sawicki. Mais quel rassemblement? Sur quelles bases?
Pour nous, observateurs depuis Madagascar, cette situation française résonne avec nos propres défis. Comment préserver l'unité des forces progressistes face aux tentations autoritaires? Comment défendre ensemble les communautés populaires, qu'elles soient urbaines ou rurales, contre les logiques d'exploitation?
La terre française, comme la nôtre, porte en elle les cicatrices des inégalités. Mais elle recèle aussi, dans ses métropoles résistantes et ses quartiers populaires, les graines d'un autre avenir possible. L'histoire nous enseigne que les peuples unis peuvent toujours faire reculer les forces de division.