À Antsiranana, la crise de l'eau s'est aggravée début novembre 2026, alors que la Jirama annonce un déficit quotidien de 13 000 m³ par rapport aux besoins de la ville. La source de Besokatra-Joffreville, qui alimente le chef-lieu de la région Diana, connaît une baisse de ses réserves plus marquée encore que durant les deux mois précédents.
Le constat est froid comme une pierre au petit matin : pour des besoins évalués à 30 000 m³ chaque jour, la société productrice ne parvient plus à en produire que 17 000. Il manque donc 13 000 m³ quotidiens, et ce sont les robinets des foyers qui tarissent en premier, selon
Des bidons jaunes alignés contre un mur, une mère qui veille tard dans la nuit pour remplir quelques récipients : voilà le paysage quotidien de bien des familles d'Antsiranana. Cette soif qui s'installe n'est pas une fatalité climatique. Elle est le fruit d'une chaîne de destructions que l'on connaît trop bien : des forêts massacrées pour le charbon de bois, des coupes illicites, des feux de végétation, et une marchandisation de l'eau qui profite à quelques-uns pendant que les quartiers populaires attendent.
Une pénurie devenue permanente
La saison sèche justifie en partie la baisse des ressources hydriques. Mais les habitants ne s'y trompent pas : pour eux, la pénurie n'est plus saisonnière, elle est structurelle. Elle s'est glissée dans chaque journée, chaque nuit, chaque bidon à remplir.
« Ce n'est pas seulement maintenant. Toute l'année, que ce soit pendant la saison des pluies ou la saison sèche, nos robinets restent parfois à sec pendant deux ou trois jours. Nous sommes obligés de stocker de l'eau dans des bidons jaunes et de rester éveillés jusque tard dans la nuit pour en récupérer », témoigne Soariziky, une mère de famille du quartier de Morafeno.
Son témoignage, recueilli par L'Express de Madagascar, traduit le ras-le-bol de milliers de ménages confrontés à des coupures récurrentes, saison des pluies comprise. Quand l'eau devient un bien que l'on guette la nuit, c'est toute la dignité d'un peuple qui se trouve bafouée.
Une forêt détruite, une source qui se meurt
Dans sa communication, la Jirama pointe plusieurs causes à la diminution des réserves de Besokatra-Joffreville. L'absence de pluies significatives, liée aux changements climatiques, en est une. Mais la dégradation de la forêt sous l'effet des activités humaines est tout aussi décisive, particulièrement dans le district d'Antsiranana-II.
La production de charbon de bois, les coupes illicites de bois et les feux de végétation détruisent les espaces forestiers qui nourrissent les sources. Chaque arbre abattu est une goutte volée aux générations futures. La forêt, notre grand-mère à tous, ne demande qu'à protéger l'eau ; c'est nous qui la dénudons.
Aux abords du lac de Besokatra, la Jirama signale également des détournements de l'eau à des fins agricoles, notamment pour l'irrigation des plantations de khat. Avant d'atteindre les foyers urbains, l'eau doit traverser plusieurs zones où des prélèvements l'amenuisent.
Qui boit, qui profite ?
En ville, la multiplication des stations de lavage automobile à haute pression suscite l'interrogation. Certains riverains constatent que les secteurs abritant ces établissements semblent moins affectés par les coupures, notamment la Cité ouvrière. Pendant que des familles comptent leurs bidons, d'autres activités consomment des volumes considérables.
Cette injustice dans la répartition nourrit un petit commerce : des vendeurs ambulants, les « Roagna », sillonnent les quartiers avec leurs pousse-pousse pour revendre l'eau aux ménages. L'eau, ce bien commun par excellence, devient marchandise vendue au prix de la sueur des plus pauvres.
Une réponse gouvernementale encore timide
Face aux difficultés d'approvisionnement qui persistent à Antananarivo et dans plusieurs régions,
Préserver la source, c'est préserver le peuple
La leçon d'Antsiranana rejoint celle d'initiatives venues d'ailleurs : à Ampanasina, un groupement local de pêcheurs bénéficie d'un transfert de gestion pour préserver les écosystèmes marins et côtiers, rapporte
À Antsiranana, la défense de l'eau commence par la défense de la forêt de Besokatra-Joffreville. Tant que les coupes illicites, les feux et la production de charbon de bois continueront de dévorer les versants, la source continuera de s'épuiser, et les bidons jaunes resteront le seul réservoir des familles.
Questions fréquentes
Quel est le déficit en eau à Antsiranana ?
La Jirama produit 17 000 m³ d'eau par jour pour des besoins estimés à 30 000 m³, soit un déficit quotidien de 13 000 m³, selon les données communiquées début novembre 2026.
Pourquoi la source de Besokatra-Joffreville s'épuise-t-elle ?
La Jirama évoque l'absence de pluies significatives liée aux changements climatiques, la dégradation de la forêt (charbon de bois, coupes illicites, feux de végétation) ainsi que des détournements d'eau pour l'irrigation du khat.
Comment les habitants d'Antsiranana s'adaptent-ils ?
Les ménages stockent l'eau dans des bidons, veillent tard dans la nuit pour en récupérer, et s'approvisionnent auprès de vendeurs ambulants appelés « Roagna ».
