De retour au pays samedi 1er novembre, le colonel Michaël Randrianirina a dressé un bilan positif de sa participation au Sommet Russie-Afrique, annonçant des projets dans l'agriculture, la santé, la défense et l'enseignement supérieur, ainsi qu'une enveloppe évoquée de 10 milliards de dollars pour l'Eurasie.
Interrogé par la presse à sa descente d'avion à Ivato, le président de la Refondation de la République a affirmé que tous les ministres qui l'accompagnaient avaient signé des accords bilatéraux avec Moscou. Selon L'Express de Madagascar, le chef de l'État a présenté cette coopération comme « d'égal à égal et pragmatique », sans les conditionnalités habituelles des autres partenaires.
Une tournée russe aux multiples volets
Le déplacement a duré plusieurs jours et comporté deux temps forts. Le 28 octobre, le chef de l'État s'est rendu à l'Académie présidentielle de Moscou, où il s'est intéressé à l'expérience russe en matière de gouvernance et de gestion administrative, notamment l'usage des technologies numériques et de l'intelligence artificielle dans les institutions publiques. Selon allAfrica, il y est également devenu professeur honoraire de l'Académie russe de l'économie nationale et de l'administration publique.
Le 30 octobre, la rencontre avec le président russe Vladimir Poutine au Kremlin a constitué l'autre moment clé du voyage. Les deux dirigeants ont examiné les perspectives de coopération bilatérale, avec l'objectif de signer une dizaine d'accords. Une enveloppe de 10 milliards de dollars, évoquée en lien avec l'Eurasie, a été mentionnée dans le cadre d'un mécanisme destiné à soutenir les investissements, les projets sociaux et la formation professionnelle.
Santé et agriculture : des promesses pour les campagnes
C'est sans doute dans ces deux secteurs que les annonces touchent le plus directement la vie des Malgaches. Dans le domaine de la santé, Madagascar devrait bénéficier de laboratoires mobiles reposant sur l'expertise russe. Ces équipements permettraient d'accroître les capacités de diagnostic et de rapprocher les services de santé des populations, notamment en milieu rural. Pour un pays où tant de familles vivent à des heures de marche de la moindre structure sanitaire, l'enjeu est immense.
Dans le secteur agricole, les discussions portent sur une collaboration entre les ministères des deux pays, avec la création d'un centre de formation. La terre nourricière, celle qui fait vivre les deux tiers de nos compatriotes, pourrait ainsi voir arriver de nouveaux savoir-faire. Reste à savoir si ces promesses résisteront à l'épreuve des saisons, comme le disent les anciens.
Enseignement supérieur et gouvernance minière
L'enseignement supérieur constitue un autre axe du rapprochement. La Russie serait disposée à augmenter le nombre de boursiers malgaches, et le colonel Randrianirina a souligné l'importance de la reconnaissance des diplômes délivrés par les établissements malgaches, qu'il présente comme un préalable à une coopération équilibrée.
« La coopération avec la Russie est d'égal à égal. La reconnaissance des diplômes malgaches en est une matérialisation, contrairement aux autres pays qui se disent développés », a-t-il fait valoir.
La gouvernance minière a également figuré parmi les dossiers ayant fait l'objet d'engagements à Moscou, avec pour objectif de mieux lutter contre le trafic des ressources minières de la Grande Île. Sur ce terrain, la vigilance des communautés riveraines reste entière. Nos richesses, nickel, cobalt, ilménite, or et pierres précieuses, ont trop souvent quitté l'île sans laisser de traces dans les villages qui les portent. Si un partenariat avec Moscou doit vraiment servir à assainir ce secteur, alors les populations concernées attendent des actes, des recensements transparents, des retombées visibles, et non des discours.
Défense et administration : le pivot sécuritaire
La défense et la sécurité occupent une place centrale dans ce rapprochement engagé depuis l'arrivée au pouvoir des dirigeants de la Refondation. « Nous allons renforcer encore plus la coopération militaire qui existe déjà entre nos deux pays », a affirmé le colonel Randrianirina à Ivato.
Les échanges ont aussi porté sur la modernisation de l'administration publique. La numérisation des procédures et des services est présentée comme un moyen d'améliorer les prestations offertes aux citoyens et de lutter contre la corruption et les délits connexes. Là encore, la tâche est immense dans un pays où l'accès aux services publics reste un parcours du combattant pour beaucoup de nos concitoyens.
Un choix diplomatique assumé
Ce voyage marque une étape visible dans l'intensification des relations entre Antananarivo et Moscou. Selon Mondafrique, le colonel Michael Randrianirina a vanté un « partenariat de résultats » avec la Russie de Vladimir Poutine, dans ce que le média décrit comme un choix de Moscou contre Paris.
Dans une interview accordée en marge du Sommet, le chef de l'État a insisté sur le fait que « les soutiens sont immédiatement palpables et sans les conditionnalités dont nous avons l'habitude avec d'autres partenaires ». Une position qu'il a réaffirmée à sa descente d'avion, samedi.
France 24 note que ce sommet s'inscrit dans la continuité des éditions précédentes de Sotchi en 2019 et Saint-Pétersbourg en 2023, où Vladimir Poutine a pu s'afficher entouré de nombreux dirigeants africains. Le média souligne toutefois que cette démonstration de force « peine à cacher le bilan de Moscou ».
Pour les Malgaches, la question qui compte se pose en des termes simples : que resteront-il de ces accords quand les discours de Moscou se seront dissipés ? Les laboratoires mobiles arriveront-ils dans les fokontany isolés ? Les bourses partiront-elles vers les enfants des familles modestes ou vers les fils et filles des nomenklatura ? Les recettes minières cesseront-elles de s'évaporer entre l'extraction et le Trésor public ?
Les discussions techniques et les négociations doivent se poursuivre, selon les informations communiquées à l'issue de l'entretien au Kremlin. La dizaine d'accords annoncés reste donc à signer. C'est dans les mois qui viennent, au rythme des récoltes et des saisons, que l'on saura si cette page russo-malgache écrit une histoire de progrès partagé ou une ligne de plus dans le grand livre des promesses non tenues.
Questions fréquentes
Quels secteurs sont concernés par la coopération Madagascar-Russie ?
L'agriculture, la défense, l'enseignement supérieur, la santé, l'administration publique et la gouvernance minière figurent parmi les secteurs annoncés par le chef de l'État à son retour de Moscou.
Quelle enveloppe financière a été évoquée lors du sommet ?
Une enveloppe de 10 milliards de dollars, liée à l'Eurasie, a été mentionnée pour soutenir les investissements, les projets sociaux et la formation professionnelle.
Quand le colonel Randrianirina a-t-il rencontré Vladimir Poutine ?
La rencontre entre les deux dirigeants a eu lieu le 30 octobre 2026 au Kremlin, dans le cadre du Sommet Russie-Afrique.
