Un Malgache meurt chaque jour du sida. C'est le chiffre, terrible dans sa simplicité, que le Programme national de lutte contre les infections sexuellement transmissibles et le VIH/sida (PNLIS) a présenté fin octobre 2026 à Antananarivo, pendant que les financements internationaux se retirent et que l'État peine à prendre le relais.
Dans un centre hospitalier de la capitale, trois à cinq jeunes de 19 à 25 ans décèdent chaque semaine de la maladie. Ces morts-là ne sont pas des fatalités. Elles sont le fruit d'un désengagement financier que les soignants dénoncent à voix haute, selon les informations publiées par L'Express de Madagascar.
Les préservatifs ne sont plus gratuits
« Le taux de mortalité est actuellement élevé », alerte le Dr Mananarisoa Ravelohanta, de l'association Ainga/Aides. Elle dresse le tableau d'une lutte asphyxiée par le manque d'argent.
« Le Fonds mondial assure l'essentiel du financement, tandis que l'engagement de l'État reste insuffisant. Ces financements ne couvrent pas toutes les régions, ce qui limite les interventions prises en charge. L'enveloppe disponible est presque entièrement absorbée par les traitements, car le nombre de personnes sous traitement augmente. Il reste donc très peu de moyens pour la sensibilisation et la prévention, notamment le dépistage et la distribution de préservatifs. »
Les conséquences se voient déjà sur le terrain. Les préservatifs, autrefois distribués gratuitement, doivent désormais être achetés. Il en va de même pour les seringues à usage unique destinées aux usagers d'héroïne injectable, dont le nombre serait en hausse. Pourtant, ces outils simples, ces gestes de prévention élémentaires, sont les premiers remparts contre le virus. Les sacrifier, c'est laisser l'épidémie avancer en silence dans les quartiers et les campagnes.
Un budget national couvert à 13 %
Une source au sein du ministère de la Santé publique le reconnaît sans détour : « Le gap est important. » Pour la période 2027-2029, le Fonds mondial a accordé 116 millions de dollars destinés à la lutte contre le paludisme, la tuberculose et le sida. Depuis l'année dernière, l'État participe aussi au financement, et sa contribution aurait été portée cette année à 100 % de son engagement prévu.
Mais ce geste reste symbolique au regard des besoins. « Ces financements ne couvrent que 13 % du budget de la stratégie nationale de lutte contre le sida. Pour le reste, nous recherchons encore des partenaires », ajoute la source ministérielle. Pendant que les responsables cherchent des bailleurs, des jeunes meurent dans les services hospitaliers d'Antananarivo.
Ce recul de la solidarité internationale n'est pas propre à Madagascar. Il s'inscrit dans une crise mondiale des financements de la santé, qui frappe d'abord les pays du Sud, rapporte allAfrica dans sa reprise de cette enquête. Le virus, lui, ne connaît pas les frontières budgétaires ; il ne fait pas de différence entre les régions couvertes par les projets et celles qui sont oubliées.
Le dépistage, un tabou qui tue
L'argent n'est pas le seul obstacle. Le silence et la peur font aussi leur œuvre. « Beaucoup affirment que le sida n'existe pas et ne se font donc pas dépister. Le diagnostic est alors souvent tardif, posé à un stade avancé de la maladie, ce qui conduit malheureusement à des décès. Pourtant, une prise en charge à temps permet d'éviter cette issue fatale », insiste le Dr Ravelohanta.
Les témoignages recueillis au fil du forum disent cette peur qui paralyse. « Je sais que je devrais faire un test, mais j'hésite. Si quelqu'un me voit entrer dans un centre de dépistage, que va-t-il penser de moi ? », confie Fanantenana, une étudiante.
« Je voudrais connaître mon statut, mais je ne sais pas vraiment où m'adresser. Les horaires des centres de santé correspondent souvent à mes heures de cours. »
C'est Andrianina Rakotonirina qui parle, et sa phrase résume tout : le savoir ne suffit pas, il faut aussi que les portes soient ouvertes, visibles, accueillantes.
Rappelons les faits, car la connaissance sauve. Le VIH s'attaque progressivement au système immunitaire, en particulier aux cellules CD4 qui protègent l'organisme des infections. Sans prise en charge, l'affaiblissement des défenses conduit au stade avancé de l'infection, le sida, et ouvre la porte aux infections opportunistes. Les traitements antirétroviraux ne guérissent pas définitivement l'infection, mais ils freinent la multiplication du virus et permettent aux personnes séropositives de vivre longtemps, à condition d'être suivies régulièrement, comme l'explique CATIE, source canadienne d'information sur le VIH. L'histoire de cette épidémie, depuis ses origines documentées par l'encyclopédie Wikipédia sur l'origine du VIH, montre que les politiques de santé publique peuvent inverser une courbe quand elles en ont la volonté.
Des hôpitaux débordés, des examens inaccessibles
Dans les structures de santé, la situation se dégrade de l'intérieur. Une présentation faite lors du forum fait état d'une augmentation des consultations et de cas hospitalisés plus lourds. Les équipes soignantes, déjà rares, doivent composer avec une surcharge de travail et un manque de matériel, notamment informatique, qui complique le suivi des patients.
L'accès à certains examens essentiels, comme le test TB-LAM ou la recherche de l'antigène cryptococcique, reste limité. Certains traitements contre les infections opportunistes, comme l'amphotéricine B liposomale, sont difficiles à obtenir. Autant de manques qui transforment des maladies soignables en condamnations.
2 461 centres de dépistage, gratuits et confidentiels
Il existe pourtant une ressource, et elle est immense : le pays compte 2 461 centres de dépistage répartis dans toutes les régions, dont 299 dans l'Analamanga. Toute personne peut s'y rendre volontairement, gratuitement, et y recevoir un résultat confidentiel. Les personnes déclarées séropositives y sont orientées vers une prise en charge adaptée.
Ce réseau, ce maillage de santé de proximité, c'est la preuve que la riposte existe déjà sur le terrain, portée par des soignants et des associations qui font avec presque rien. Ce qui manque, c'est le soutien public à la hauteur de l'enjeu. Chaque jour d'atermoiements, c'est un mort de plus, une famille de plus en deuil, un village de plus frappé.
Le forum des 27 et 28 octobre, tenu au Radisson Blu d'Antananarivo, a au moins eu ce mérite : mettre les chiffres sur la table. À l'État maintenant d'honorer sa parole, aux partenaires financiers de ne pas tourner le dos, et à chacune et chacun d'aller faire ce test qui sauve.
Questions fréquentes
Combien de personnes meurent du sida à Madagascar ?
Selon le PNLIS, une personne meurt chaque jour du sida à Madagascar, et trois à cinq jeunes de 19 à 25 ans décèdent chaque semaine dans un centre hospitalier d'Antananarivo.
Le dépistage du VIH est-il gratuit à Madagascar ?
Oui. Le dépistage est gratuit et confidentiel dans les 2 461 centres répartis sur l'île, dont 299 dans la région Analamanga.
Quel est le montant des financements du Fonds mondial pour Madagascar ?
Pour la période 2027-2029, le Fonds mondial a accordé 116 millions de dollars pour lutter contre le paludisme, la tuberculose et le sida, mais l'ensemble des financements ne couvre que 13 % du budget de la stratégie nationale de lutte contre le sida.
