Le 26 octobre 2026, l'Office national du tourisme de Madagascar (ONTM) annonçait la nomination de Jean-Marc Razakazafy au poste de directeur exécutif par intérim. Dans l'heure qui suivait, le ministère du Tourisme et de l'Artisanat rejetait publiquement cette décision, ouvrant une crise de gouvernance au sommet de l'institution chargée de porter l'image de la Grande Île vers le monde.
Derrière ce quiproquo institutionnel, c'est une question simple qui se pose : qui décide, et selon quelles règles ? Une question qui concerne directement les femmes et les hommes de Nosy Be à Fort-Dauphin, dont le pain quotidien dépend d'un tourisme enfin remis debout.
Sept voix contre onze exigées
À l'origine de la polémique, un communiqué de l'ONTM annonçant la destitution de l'ancien directeur exécutif et la nomination de son successeur, à l'issue d'une réunion du conseil d'administration. Selon L'Express de Madagascar, le ministère de tutelle a immédiatement contesté la régularité de la procédure.
Les statuts de l'association restent silencieux sur la manière de nommer un directeur exécutif. Mais le règlement intérieur, selon le ministère, exigerait une majorité qualifiée des deux tiers du conseil d'administration pour révoquer et désigner le dirigeant. Avec 16 administrateurs, cela représente au moins 11 voix.
« Seuls 7 administrateurs étaient présents lors du vote », a déclaré Noro Ralaivelo, directeur de cabinet du ministère, lors d'une conférence de presse le 27 octobre. L'ONTM n'aurait pas non plus consulté sa tutelle avant de publier la nomination.
Interrogé sur ces éléments, l'Office n'a pas souhaité répondre.
Un dirigeant jugé trop proche de l'ancien régime
Le directeur de cabinet est allé plus loin, mettant en cause le profil même du nouveau directeur exécutif par intérim.
« Il est trop proche de l'ancien régime. S'il songe encore à y revenir, c'est pour remettre en place cette ancienne gestion, guidée non par le bien commun, mais par son seul intérêt », a affirmé Noro Ralaivelo.
Le ministère rappelle également que la ministre de l'Artisanat avait formellement émis des réserves sur cette candidature, plaidant pour une démarche conforme aux principes de la politique de Refondation. Selon Madagascar-Tribune, les deux institutions ont publié le 26 octobre des communiqués aux positions contradictoires, le conseil d'administration confirmant la nomination quand le ministère la désapprouvait.
Le personnel de l'ONTM aurait de son côté adressé une pétition au président du conseil d'administration pour contester la destitution de l'ancien directeur exécutif. Quand les salariés eux-mêmes se dressent contre une décision de leurs dirigeants, c'est le signe que la maison craque de l'intérieur.
L'ONTM, une maison commune mise à mal
L'ONTM n'est pas une administration comme les autres. Reconnue d'utilité public, l'association a été conçue comme une plateforme de dialogue entre l'État et le secteur privé. Sa mission prioritaire : promouvoir la destination Madagascar et renforcer son image à l'international. Elle est statutairement apolitique et indépendante.
Seize administrateurs y siègent, représentant les différentes composantes de l'écosystème touristique : l'État à travers le secrétaire général du ministère du Tourisme et de l'Artisanat, les compagnies aériennes, les parcs, les agences de voyages, les tour-opérateurs, l'hôtellerie-restauration, les loueurs de voitures, les écoles spécialisées et huit représentants des offices régionaux du tourisme. Élus par leurs pairs pour un mandat de deux ans renouvelable une fois, ils désignent ensuite le PCA en leur sein.
Cette architecture, faite de mains tendues entre le public et le privé, ne tient que par la confiance. C'est cette confiance que le quiproquo du 26 octobre vient fissurer.
Que redoute le secteur touristique ?
Dans son communiqué de lundi, la direction de l'ONTM a affirmé que cet ajustement institutionnel n'altérerait ni la continuité des actions en cours, ni les engagements pris auprès des partenaires. L'Office a réaffirmé sa volonté de travailler de concert avec l'ensemble des acteurs.
Sur le terrain, les professionnels restent prudents. « Pour l'instant, il n'y a pas d'impact, mais nul ne sait ce que sera demain », confient des opérateurs du secteur, cités par allAfrica. Au sein des offices régionaux, l'incertitude porte notamment sur la conduite du programme d'actions annuel déjà validé.
Car derrière les communiqués et les majorités qualifiées, il y a des vies. Celles des guides de la réserve d'Ankarafantsika, des tenanciers de gîtes sur la Route des Baobabs, des tisseuses d'Antananarivo qui vivent de l'artisanat vendu aux visiteurs. Quand une institution tremble, ce sont ces communautés qui paient le prix d'abord.
Les discussions se poursuivent en coulisses entre les deux parties. Le secteur attend un dénouement rapide afin de préserver la crédibilité de l'institution et l'image de la destination Madagascar. Une île qui a tant à offrir au monde n'a pas besoin d'hommes qui se disputent les fauteuils ; elle a besoin de mains qui travaillent ensemble.
Questions fréquentes
Qui est le nouveau directeur exécutif par intérim de l'ONTM ?
Jean-Marc Razakazafy a été nommé directeur exécutif par intérim de l'ONTM le 26 octobre 2026 par le conseil d'administration, une décision contestée par le ministère du Tourisme et de l'Artisanat.
Pourquoi le ministère conteste-t-il cette nomination ?
Le ministère estime que le vote n'a pas réuni la majorité des deux tiers exigée par le règlement intérieur : seuls 7 administrateurs sur 16 étaient présents, alors qu'au moins 11 voix seraient nécessaires.
Quelle est la mission de l'ONTM ?
L'ONTM, reconnue d'utilité publique, promeut la destination Madagascar et renforce son image à l'international en réunissant l'État et les acteurs privés du tourisme.
