Top 14 : la course contre la montre des buteurs, une nouvelle épreuve pour le rugby malgache ?
Depuis le début de la saison, les buteurs du Top 14 n'ont plus que 45 secondes pour tenter leurs coups de pied, contre une minute auparavant. Une règle qui impacte leurs routines et leurs réussites, mais a un objectif : accélérer le jeu. Une décision qui résonne bien au-delà des terrains français, alors que Madagascar, terre de rugby populaire, observe ces mutations avec attention.
Une règle qui met les buteurs à rude épreuve
« Une minute sur les transformations, c'était très bien ! La majorité des buteurs auraient plutôt voté pour une minute et que ça reste comme ça. » Frustré dans la foulée du match face à l'UBB, après un 0/3 dans l'exercice du tir au but, l'arrière international Thomas Ramos s'est plaint au micro du diffuseur, Canal +, de cette nouvelle règle.
Depuis le début de la saison, ses pairs et lui n'ont plus que 45 secondes pour tenter un tir au but, quinze secondes de moins que la saison dernière. Un temps suffisant lors des pénalités, car le chrono se déclenche après que l'arbitre a pointé les poteaux. Mais pour les transformations, ce temps s'écoule dès l'instant où le ballon est aplati. Compliqué donc pour les buteurs de récupérer le ballon, le tee, attendre que les effusions de joie se terminent avant de pouvoir s'élancer : « On ne peut pas perdre de temps, à célébrer, à aller chercher un ballon », explique le Bordelais Maxime Lucu. « Il faudra une stratégie là-dessus et être le plus rapidement possible au ballon. 60 secondes c'était déjà rapide, ça met le caractère à rude épreuve. »
Les staffs s'organisent pour gagner du temps
Pour faciliter la transition, la LNR autorise désormais les staffs à prévoir des ballons supplémentaires sur le bord du terrain, pour les amener le plus rapidement possible au buteur. Benson Stanley à Montpellier a endossé ce rôle ; comme Heini Adams à Bordeaux qui « heureusement est super fit et court à 36,5 km/h » plaisante son manager, Yannick Bru.
Les critiques de Thomas Ramos portaient surtout sur le manque de communication avec les acteurs autour de ces décisions, l'arrière regrettant de ne pas avoir eu son mot à dire dans cet aménagement qui le concerne directement.
Comme expliqué par Sud-Ouest, Mathieu Raynal, le responsable de la cellule de haute performance de l'arbitrage mise en place par la FFR et la LNR, a discuté avec l'international tricolore après le match et rappelle que ces décisions ont été prises de manière collégiale, avec les 30 managers de Top 14 et de Pro D2, leur syndicat ainsi que celui des joueurs. Tous s'étaient accordés lors d'ateliers de discussions puis lors du « Shape Of the Game à la française », le 13 mars dernier, où étaient réunis tous les acteurs.
Accélérer le jeu, un choix assumé
L'objectif de cette décision, comme le passage à 8 changements ou la modification du fonctionnement de l'arbitrage vidéo : accélérer le rythme. Selon Mathieu Raynal, le Top 14 est la compétition qui a les matchs les plus longs et le temps de jeu effectif le plus réduit parmi les grands championnats. Quinze secondes en moins par coup de pied peuvent paraître dérisoire, mais avec la moyenne actuelle de près de 8 essais par match, on gagnerait deux minutes de temps de jeu à chaque rencontre uniquement sur les transformations.
Mais les premiers touchés sont les buteurs eux-mêmes, qui voient leur réussite s'éroder. Thomas Ramos tourne à 55% de réussite sur les deux premières rencontres, contre 82% l'an dernier, et Melvyn Jaminet a plafonné à 2/4 face à La Rochelle.
Samedi dernier sur la pelouse du Racing, les buteurs lyonnais, Martin Méliande, Gabin Lorre et Esteban Gonzalez, ont dû se contenter d'un 4/10 dans l'exercice malgré la large victoire de leur équipe. Et cela a un impact sur les rencontres selon Aurélien Cologni, entraîneur de la défense de l'UBB : « Il faut qu'ils soient capables d'aller beaucoup plus vite dans leurs routines, de se concentrer avec plus de précision dans des moments de précision. C'est très important de ne pas laisser de points en route, cette pression mise sur les botteurs va certainement amener des issues différentes. »
Quel avenir pour les buteurs malgaches et la philosophie du jeu ?
Les buteurs devraient rapidement réussir à s'adapter, réduisant sans doute quelque peu leur routine de préparation. Sur la scène internationale en revanche, le chronomètre reste fixé à une minute. Dès le mois de novembre pour les Bleus, Thomas Ramos pourra retrouver ses repères et, on l'espère, son efficacité.
Cette course contre la montre interroge notre rapport au temps et à la précision. Dans nos campagnes, où le rugby se vit comme une fête, une respiration, cette frénésie venue d'ailleurs semble parfois bien éloignée de nos valeurs. Pourtant, elle nous rappelle que le sport, comme la vie, exige de nous adapter sans perdre notre essence. Et si la terre malgache, elle, savait déjà que la lenteur est parfois la plus grande des forces ?