Le 6 novembre 2026, l'État malgache a réquisitionné la centrale thermique d'Enelec à Toamasina, rendant la main à la Jirama sur un outil de production que les ménages attendaient depuis des mois. La décision, prise en application du décret n° 2026-2432 adopté en Conseil des ministres le 3 novembre, marque une étape dans la volonté de l'État de reprendre la maîtrise publique de la production électrique, là où les promesses des privés ont trop souvent laissé les villes dans la pénombre.
La centrale de Toamasina II, avec ses équipements et son personnel, repasse donc sous l'exploitation de la compagnie nationale. L'accord de partenariat portant sur la fourniture d'électricité issue du fioul lourd (HFO) a été arrêté. Le paradoxe saute aux yeux : le site affiche une capacité annoncée de 32 mégawatts, mais ne délivrait que 14 mégawatts au maximum, selon le relais de l'information par allAfrica. Des chiffres qui disent la distance entre ce qui se promet sur papier et ce qui arrive dans les foyers.
Une colère ancienne contre les producteurs privés
Dès juillet 2026, le président de la Refondation, Michaël Randrianirina, avait dénoncé les insuffisances de production d'Enelec dans plusieurs villes, dont Toamasina, Antsiranana et Mahajanga. Il avait pointé le décalage entre les capacités annoncées et l'électricité réellement fournie, alors que la Jirama devait continuer d'honorer ses engagements financiers. Enelec, de son côté, invoquait des problèmes techniques majeurs. Entre les versions, une réalité demeure : des familles payaient des factures pour un courant qui n'arrivait pas.
C'est cette logique que la réquisition entend briser. Selon L'Express de Madagascar, la reprise de la centrale s'inscrit dans une démarche plus large : revoir les relations avec les prestataires et renforcer la maîtrise publique de la production. Une orientation qui résonne comme une réponse aux années de contrats coûteux, passés avec des loueurs de groupes électrogènes et des producteurs indépendants dont les factures pesaient sur les finances de la compagnie sans garantir la lumière.
Un plan de redressement sur quatre ans
Au-delà de l'urgence, la Jirama s'est engagée dans un plan de redressement financier 2025-2028. Ses objectifs : réduire progressivement le déficit opérationnel, moderniser les infrastructures, limiter les subventions de l'État, apurer les dettes et améliorer la qualité de l'approvisionnement en eau et en électricité. Le plan prévoit aussi de desserrer l'étau des combustibles fossiles, particulièrement coûteux, pour ouvrir la voie aux énergies renouvelables.
Plusieurs leviers opérationnels sont retenus : réhabiliter les centrales existantes, développer le solaire, améliorer les réseaux de transport et de distribution, réduire les pertes techniques et commerciales. La lutte contre les branchements illicites, le renforcement du recouvrement des factures et le déploiement de compteurs intelligents ou prépayés figurent parmi les mesures annoncées. La renégociation de certains contrats de location de groupes électrogènes doit également contribuer à alléger les charges.
Le solaire et l'hydroélectricité comme horizon
Le plan prévoit l'installation de nouvelles capacités photovoltaïques, accompagnées de systèmes de stockage par batteries. La Jirama compte aussi sur les grands projets hydroélectriques, notamment Volobe, Sahofika et Antetezambato, dont les contributions sont attendues à plus long terme. Ces investissements doivent réduire progressivement le recours aux centrales thermiques et faire baisser le coût de production. Pour une île baignée de soleil et traversée de rivières, l'attente de cette transition est aussi ancienne que légitime.
Des mesures d'urgence pour l'hiver austral
En attendant les effets de ces investissements, le gouvernement a autorisé, lors du Conseil des ministres du 3 novembre, la Jirama à conclure directement un contrat avec TWCM Holding pour l'acquisition de groupes électrogènes fonctionnant au gasoil, d'une puissance totale annoncée de 18 mégawatts, ainsi que de transformateurs électriques. Comme le rapporte Moov, la Banque africaine de développement ne pouvait couvrir cet achat dans le cadre de son financement, ce qui a imposé cette procédure directe. Le site 2424.mg précise que ces groupes devraient renforcer les capacités de production dans les prochaines semaines.
Des transformateurs appartenant à Madagascar Utilities et situés à Ambohimanambola seront également réquisitionnés et transférés vers la centrale de Toamasina. À Antananarivo, la remise en service de la turbine à combustion TAC 1 d'Ambohimanambola doit permettre de récupérer environ 18 mégawatts supplémentaires. Le Réseau interconnecté d'Antananarivo a vu son déficit électrique passer de 44,9 mégawatts en septembre 2025 à 23,5 mégawatts en septembre 2026, avec une estimation d'environ 15 mégawatts pour octobre et novembre. Une amélioration réelle, mais qui ne garantit pas la fin des délestages.
Le mur financier reste debout
Le principal obstacle demeure financier. La Jirama produit son kilowattheure à un coût estimé à 1 225 ariary, alors qu'elle le vend autour de 795 ariary au consommateur. Cet écart de 430 ariary par kilowattheure creuse les pertes de l'entreprise. La compagnie reste dépendante du soutien de l'État, estimé à environ 300 milliards d'ariary par an, selon la commission parlementaire chargée d'enquêter sur sa gestion. La dette envers les fournisseurs de carburant et les producteurs indépendants pèse encore lourd.
Cette commission d'enquête poursuit ses investigations sur les dysfonctionnements de gestion, les pertes financières et les causes profondes des difficultés de la compagnie. Des descentes sont prévues sur les sites de production et de distribution. Son rapport est attendu avant la fin de l'année 2026. Les citoyens auront alors, peut-être, les noms et les mécanismes de ce gâchis.
Sur les réseaux sociaux, la reprise d'Enelec suscite des réactions. « L'intégration d'Enelec sous la gestion de la Jirama apporte une nouvelle organisation dans la gestion de la production électrique. Bravo à l'État », réagit Quevin Maharitra. Amiel Rahajaharizafy insiste sur la vigilance : « Il faut surveiller attentivement la gestion et revoir la place des prestataires au sein de la Jirama dans tout Madagascar, afin de redonner à la société la maîtrise de sa gestion. »
Et l'eau, toujours
Le redressement ne concerne pas seulement le courant. Les difficultés d'approvisionnement en eau demeurent importantes, notamment à Antananarivo. Le programme de la Jirama prévoit la réhabilitation des installations, l'extension des capacités de traitement et de nouveaux forages : extension de Mandroseza III avec 40 000 mètres cubes supplémentaires par jour, projet Jirama Water III à Amoronakona annoncé pour 50 000 mètres cubes, plus de trente forages. Leur calendrier reste à confirmer.
Pour les ménages, les commerçants et les entreprises, ces réorganisations ne prendront leur sens qu'à travers une alimentation plus régulière. Les coupures font pourrir les marchandises des commerces équipés de réfrigérateurs, perturbent les activités, compliquent les gestes du quotidien. La réduction des délestages, la continuité de la distribution d'eau et la maîtrise des coûts permettront seules de mesurer les résultats de cette stratégie.
Questions fréquentes
Pourquoi l'État a-t-il réquisitionné la centrale d'Enelec ?
L'État a réquisitionné la centrale thermique d'Enelec à Toamasina le 6 novembre 2026, car le site, d'une capacité annoncée de 32 mégawatts, ne fournissait que 14 mégawatts au maximum, tandis que la Jirama devait continuer à payer ses engagements financiers.
Quels sont les objectifs du plan de redressement 2025-2028 de la Jirama ?
Le plan vise à réduire le déficit opérationnel, moderniser les infrastructures, apurer les dettes, développer les énergies renouvelables et améliorer la qualité de l'approvisionnement en eau et en électricité.
Quel est le coût de production de l'électricité de la Jirama ?
La Jirama produit son kilowattheure à environ 1 225 ariary et le vend autour de 795 ariary, soit un écart de 430 ariary par kilowattheure qui creuse ses pertes.
