Tanvir Singh : la liberté d’un homme qui avait attaqué une enfant divise la justice
Un homme qui, en 2022, avait sauvagement attaqué une fillette de 10 ans dans une rue de Montréal, pourrait bientôt marcher librement hors des murs de l’institut psychiatrique. La juge Marianna Ferraro, de la Cour supérieure du Québec, a révoqué son statut « à haut risque », un régime d’exception qui verrouillait ses moindres sorties. Une décision qui soulève des questions profondes sur la frontière entre folie et danger, entre guérison et pardon.
Tanvir Singh, 25 ans, avait été déclaré non criminellement responsable (NCR) en juillet 2022, après un épisode psychotique aigu. Guidé par des voix – dont une qu’il nomme « Le Personnage » – il avait d’abord projeté d’attaquer son patron avec un couteau X-Acto. Mais ce jour-là, il croise une enfant sur le trottoir de Pointe-aux-Trembles. Il la frappe, lui cogne la tête contre le sol, la traîne sur le bitume. Le couteau reste dans sa poche. La violence est aveugle, comme une tempête qui dévaste sans savoir où elle frappe.
« Le risque de rechute psychotique et de violence a été grandement atténué au cours des trois dernières années », écrit la juge dans sa décision d’avril, rendue publique récemment. Un constat qui repose sur les rapports de sa psychiatre traitante, Isabelle Combey. Selon elle, Singh reconnaît aujourd’hui ses symptômes, suit son traitement, et fait preuve d’une empathie nouvelle envers sa victime. Il entend encore la voix du « Personnage » plusieurs fois par jour, mais ces hallucinations n’ont, selon les experts, « pas d’incidence sur son fonctionnement quotidien » et ne l’ont jamais poussé à la violence depuis quatre ans.
Pourtant, le chemin vers la liberté n’est pas sans ombre. Singh a déjà effectué des sorties sous escorte dans des lieux bondés, en présence d’enfants, dans les transports en commun. Tout s’est bien passé. Sa psychiatre souhaite désormais des sorties sans escorte. La juge a estimé que la « probabilité marquée qu’il use de violence pour mettre en danger la vie ou la sécurité d’une autre personne » n’est plus établie. Le statut « à haut risque » a été révoqué.
Le sort de Tanvir Singh repose maintenant entre les mains de la Commission d’examen des troubles mentaux. Une décision qui, dans une société où la peur de l’autre grandit, interroge notre capacité à accorder une seconde chance. Singh, arrivé au Canada en 2020 avec un visa étudiant, n’a pas terminé ses études. Il s’est retrouvé à la rue. Son statut d’immigrant reste flou, un autre dossier qui attend son heure devant la Commission de l’immigration.
Cette affaire nous rappelle que la folie n’est pas un crime, mais qu’elle peut en engendrer. Que la justice doit peser la dangerosité et la dignité. Et que, parfois, la guérison est un chemin de terre, long et sinueux, où chaque pas est une victoire sur les voix intérieures.
La décision finale n’est pas encore tombée. Mais déjà, elle divise. Entre ceux qui voient dans la réhabilitation une promesse de paix, et ceux qui craignent que la liberté ne soit qu’un autre nom pour l’oubli.