Saxe-Anhalt : la nostalgie de l'Est porte l'AfD aux portes du pouvoir
En cette rentrée 2026, dans un parc de Quedlinburg, petite cité touristique aux maisons à colombages, une foule bigarrée scande un slogan qui résonne comme un défi : « Alles ist möglich », « tout est possible ». Ulrich Siegmund, 35 ans, candidat de l'AfD (Alternative pour l'Allemagne), est à quelques heures d'une victoire historique aux élections régionales de Saxe-Anhalt, ce dimanche 6 septembre. Depuis 1945, aucun candidat d'extrême droite n'a jamais pris la tête de cette région de l'Est allemand.
Le monde entier observe ce scrutin. Car ce qui se joue ici dépasse les frontières du länder. Ulrich Siegmund, ancien vendeur de parfums d'ambiance né en 1990, incarne une colère sourde, celle d'une Allemagne de l'Est qui se sent abandonnée, reléguée au rang de citoyens de seconde zone. Pro-russe, anti-migrant, il surfe sur la nostalgie de la RDA et le sentiment d'humiliation face à l'Ouest.
La Simson, symbole d'une identité meurtrie
Au milieu des châteaux gonflables et des saucisses grillées, le candidat enfourche sa Simson bleu clair, cette petite mobylette devenue icône de l'ex-RDA. « La Simson fait vraiment partie de notre culture en Allemagne de l'Est », explique Janne, perchée sur sa moto aux côtés de sa mère. « C'est un héritage qu'on se transmet dans les familles. C'est notre loisir à nous. »
Un loisir qui ne coûte pas cher dans cette région minée par la pauvreté, où le chômage dépasse la moyenne nationale. Tina, mère de famille de 40 ans, son bébé dans la poussette, ne rate pas une miette du spectacle. Son compagnon Wilhem, prénom d'emprunt, compare la Simson à « la baguette » des Français. « Voilà 25 ans qu'elle n'est plus fabriquée ici. L'Allemagne a longtemps été divisée. Mais dans les esprits, nous sommes toujours séparés. »
« Pour nous, Ulrich c'est le sauveur »
Le couple parle pendant des heures d'Ulrich Siegmund. « Il aborde tous les sujets : le climat, la crèche, l'école, la santé », énumère Tina. « Et l'immigration », ajoute Wilhem. « Ici, si tu dis que tu votes AfD, on te stigmatise. On te traite de nazi parce que tu ne veux pas d'étrangers. Ce n'est pas vrai du tout. »
Wilhem désigne la fille de sa compagne, à la peau foncée : « Regardez, elle est la preuve vivante que nous ne sommes pas racistes. Ulrich Siegmund n'est pas d'extrême droite. Son message est clair. Les gens qui s'intègrent n'ont aucun problème. Mais ceux qui viennent illégalement et commettent des crimes n'ont rien à faire ici, ni en France d'ailleurs. »
Avant de partir, le couple montre fièrement deux exemplaires du Spiegel, avec Ulrich Siegmund en couverture et ce titre choc : « l'homme le plus dangereux d'Allemagne ». Ils les ont fait dédicacer par le candidat. « Cette couverture était absolument parfaite pour notre Uli. C'est un cadeau du ciel, et de la bonne publicité. »
« Casser le système » : le cri des laissés-pour-compte
Assis sur sa Simson, Mathias, un retraité, avoue ne pas connaître le programme de l'AfD. Peu importe. Il faut laisser sa chance à ce candidat « frais, jeune, plein d'énergie. Les vieux politiciens installés dans le système, les citoyens n'en veulent plus. »
Son épouse Ilke espère la victoire pour diffuser le programme de l'AfD au niveau national. « Nous aimerions reprendre le gaz russe définitivement pour reconstruire ce pays. L'énergie coûte trop cher, des entreprises ont mis la clé sous la porte. CDU, SPD, FDP, tout le monde dehors ! »
Franck, un pêcheur à la retraite, veut « casser le système ». « Je dois me débrouiller avec ma maigre pension alors que j'ai travaillé 45 ans. L'État prélève notre argent pour acheter des armes pour des guerres qui ne nous concernent pas. » Il approuve la suppression de la redevance audiovisuelle et le drapeau allemand hissé chaque jour dans les écoles. « Ce n'est pas interdit, encore heureux », sourit-il.
Une vague qui pourrait tout emporter
Ulrich Siegmund n'est pas un simple député régional depuis dix ans. Il est devenu le porte-voix d'une Allemagne de l'Est qui rêve de revanche. « Ils savent que c'est à partir d'ici que l'histoire s'écrit, et aussi l'avenir de l'Europe », lance-t-il à la presse internationale. Les électeurs, eux, voient en lui un sauveur. Une vague qui grandit ici, disent-ils, et qui pourrait bien se propager partout.
Ce dimanche, la Saxe-Anhalt pourrait écrire une page sombre de l'histoire allemande. Et l'Europe entière retient son souffle.
FAQ : Comprendre la montée de l'AfD en Allemagne de l'Est
Pourquoi l'AfD est-elle si populaire en Saxe-Anhalt ?
L'AfD capitalise sur un sentiment d'abandon et de relégation économique des régions de l'Est, où le chômage et la pauvreté restent supérieurs à la moyenne nationale. Le parti mêle nostalgie de la RDA, rejet de l'immigration et critique des élites de Berlin.
Quel est le programme d'Ulrich Siegmund ?
Le candidat prône un rapprochement avec la Russie, notamment pour le gaz, une politique migratoire restrictive et une rupture avec les partis traditionnels (CDU, SPD, FDP). Il propose aussi des mesures identitaires comme le drapeau allemand dans les écoles.
Quel impact cette élection peut-elle avoir sur l'Europe ?
Une victoire de l'AfD dans un länder serait une première depuis 1945. Elle donnerait un élan national au parti d'extrême droite et pourrait influencer les élections fédérales, fragilisant l'unité européenne face à la Russie.