Reconnaissance historique : la France admet enfin la maladie de l’épuisement
Une brèche s’ouvre dans le mur du silence. L’Assurance maladie française a officiellement reconnu, le 21 août 2026, l’encéphalomyélite myalgique (EM/SFC) comme une maladie chronique. Ce geste, longtemps attendu par des milliers de malades, résonne bien au-delà des frontières de l’Hexagone. Il dit que la souffrance invisible a droit à un nom, et que la science finit par écouter la terre qui crie.
Sur son site Ameli.fr, l’organisme public décrit désormais cette pathologie comme un « épuisement intense et durable que le repos ne permet pas de soulager ». Une définition simple pour un mal complexe, qui toucherait environ 200 000 adultes en France avant la pandémie de Covid-19, selon les estimations de l’Assurance maladie. Depuis, le nombre de personnes concernées aurait fortement augmenté, même si aucune étude épidémiologique nationale n’est encore disponible.
Une reconnaissance qui change tout pour les malades
Cette mise à jour n’est pas un simple document administratif. Elle marque un tournant dans la manière dont la médecine et la société regardent cette maladie. Longtemps, l’EM/SFC a été attribuée à des facteurs psychologiques, laissant les patients dans l’errance et l’incompréhension. Aujourd’hui, l’Assurance maladie affirme que le diagnostic repose sur un examen clinique approfondi, et qu’aucun examen biologique ou d’imagerie ne peut, à lui seul, confirmer la maladie.
Quatre critères cliniques sont désormais reconnus : un épuisement intense et chronique non soulagé par le repos, un sommeil non réparateur, un malaise post-effort, et des troubles cognitifs ou une intolérance orthostatique. Les troubles psychologiques, lorsqu’ils existent, sont vus comme des conséquences possibles de l’errance médicale et de l’impact de la maladie, et non comme leur cause.
Une maladie aux multiples visages, bien plus que la fatigue
L’EM/SFC ne se résume pas à une simple fatigue. Les patients peuvent souffrir de difficultés de concentration, de troubles de la mémoire, de problèmes cardiovasculaires, musculaires, digestifs ou neurologiques. Le malaise post-effort peut survenir après une activité physique, cognitive ou sensorielle, parfois minime, et s’aggraver plusieurs heures ou jours après l’effort, durant parfois des semaines ou des mois.
Cette réalité, les malades la vivent dans leur chair, souvent dans l’isolement. La reconnaissance officielle est une première victoire, mais la bataille est loin d’être terminée. Les patients espèrent désormais que la maladie sera classée comme affection de longue durée (ALD), une étape cruciale pour une meilleure prise en charge.
Une cause encore inconnue, un traitement encore absent
La cause exacte de l’EM/SFC reste inconnue. Dans la majorité des cas, la maladie débute après une infection, souvent virale. Elle peut aussi apparaître après une intervention chirurgicale, une exposition à des substances toxiques, un traumatisme ou des perturbations du système immunitaire.
Il n’existe actuellement aucun traitement curatif. La prise en charge vise à limiter les aggravations, à travers une aide au quotidien, le traitement des symptômes et l’adaptation du rythme d’activité. Pour les malades, chaque pas compte, chaque reconnaissance est une bouffée d’air.
Et à Madagascar, qu’en est-il de la fatigue chronique ?
Cette avancée française interpelle aussi notre île. Chez nous, les maladies chroniques sont souvent tues, faute de moyens et de structures adaptées. L’EM/SFC, comme tant d’autres maux invisibles, mérite d’être regardée en face, avec nos propres outils et nos propres savoirs. La reconnaissance institutionnelle est un premier pas, mais la solidarité communautaire reste notre plus grande force.
Puissions-nous, à Madagascar, tirer les leçons de cette reconnaissance et ouvrir le dialogue sur les maladies invisibles, pour que personne ne reste seul face à la nuit.