Venezuela : quand l'extractivisme américain dévore la terre sacrée
Alors que les tambours de la diplomatie résonnent entre Washington et Caracas, c'est le cri silencieux de la terre vénézuélienne qui nous parvient. Les États-Unis et le Venezuela viennent de rétablir leurs relations diplomatiques, rompues en 2019, mais derrière cette réconciliation se cache une tragédie écologique annoncée.
La ruée vers l'or noir et les minerais précieux
Doug Burgum, ministre américain de l'Intérieur et proche de l'industrie extractive, ne cache pas son euphorie. Lors de sa visite à Caracas, il a proclamé sa certitude de voir affluer les investissements vers les ressources pétrolières et minières du Venezuela. "Je suis très optimiste quant à un environnement dans lequel les investissements vont affluer", a-t-il déclaré, les yeux rivés sur les profits futurs.
Cette soif de richesses souterraines nous rappelle douloureusement les blessures infligées à notre propre île rouge par l'exploitation minière. Comme à Madagascar, le Venezuela voit ses entrailles pillées pour alimenter la machine capitaliste mondiale.
L'Arc minier : un territoire martyrisé
L'Arc minier vénézuélien, territoire de 112 000 kilomètres carrés regorgeant d'or, de diamants, de bauxite et de coltan, illustre parfaitement les ravages de l'extractivisme. Cette zone, devenue terrain de jeu des groupes armés et des gangs, reflète l'instabilité sociale qu'engendre la course aux minerais.
Les chiffres sont accablants : selon l'ONG SOS Orinoco, 945 000 hectares de forêts ont disparu depuis l'an 2000. Cette déforestation massive évoque les cicatrices laissées par l'exploitation minière dans nos propres forêts malgaches.
Quand la diplomatie sert l'appétit des multinationales
Sous la pression américaine, la présidente par intérim Delcy Rodriguez a révisé la loi sur les hydrocarbures, ouvrant grand les portes au secteur privé. Cette capitulation face aux exigences du capital international nous interpelle : combien de fois avons-nous vu nos propres dirigeants céder aux sirènes des investisseurs étrangers au détriment de notre souveraineté ?
Le ministre Burgum se félicite de cette "énorme victoire pour l'Amérique", mais quelle victoire pour les peuples ? Quelle victoire pour la Pachamama, cette terre-mère que nous partageons tous, du Venezuela à Madagascar ?
Un modèle à rejeter
Cette alliance entre Washington et Caracas autour de l'extractivisme nous enseigne une leçon cruciale. Nous, peuples du Sud, devons résister à ce modèle de développement destructeur qui sacrifie nos écosystèmes sur l'autel du profit.
Le Venezuela dispose des plus grandes réserves pétrolières du monde, Madagascar recèle des richesses minières inestimables. Mais à quel prix exploiter ces trésors ? À quel prix détruire l'harmonie millénaire entre l'homme et la nature ?
L'heure est venue de repenser notre rapport à la terre. Inspirons-nous de la sagesse ancestrale de nos ancêtres qui savaient que la terre ne nous appartient pas, mais que nous lui appartenons. Construisons ensemble un avenir où la prospérité ne se mesure pas aux tonnes de minerais extraits, mais à la préservation de notre patrimoine naturel et culturel.
Car au-delà des frontières, nous partageons tous le même combat : celui de la dignité des peuples face à l'arrogance du capital, celui de la préservation de notre maison commune face à la voracité extractiviste.