Cyclisme : à 56 ans, Franck Baudouin prouve que la flamme ne meurt jamais
Il y a des racines qui ne sèchent jamais, même quand les saisons se durcissent. Douze ans après sa dernière victoire, une éternité pour un coureur, Franck Baudouin a enfin levé le bras, samedi 16 mai au Mesnilbus. Un seul bras, car ce vétéran de l'UC Bricquebec avait presque oublié ce que c'est, de gagner.
J'avais oublié cette sensation !, s'exclame le Digosvillais, heureux comme un enfant qui découvre le goût de la liberté. Ce n'est qu'une course Access 3-4, mais même à mon âge ça fait plaisir. Et puis, ce n'est pas simple de gagner. Il y a du niveau, des jeunes... Et moi je vois bien que j'en ai perdu. J'ai encore de la force mais j'ai moins d'explosivité. Et je prends surtout moins de risques !
Le virus du vélo, une semence plantée dès l'enfance
C'est son cousin Philippe Adam, figure du cyclisme local, qui lui a transmis la passion très jeune. Venu à la compétition à l'adolescence, en minimes, Franck Baudouin court encore aujourd'hui, à bientôt 57 ans, porté par une flamme que les années n'ont pas éteinte.
Faire de la compétition me permet de rester dans le coup, de garder la motivation. Et c'est surtout pour le plaisir de retrouver les copains sur les courses comme David Lay ou Ludovic Quentin, résume celui qui a porté les couleurs de l'AS Tourlaville, du VC Saint-Lô-Pont-Hébert, de l'AC Octeville, de l'AG Haye-du-Puits et de l'UC Bricquebec.
Les belles époques, comme des terres fertiles
Franck Baudouin a évolué pendant plusieurs années au niveau national avec l'AC Octeville, sous les ordres du président Hervé Corbin. C'était la belle époque, avec Alain Simon, Yannick Gohel, Hans Lechevallier... On gagnait quasiment tous les week-ends, se souvient l'homme aux 35 victoires, notamment à Fierville-les-Mines, une ancienne course de référence dans le Cotentin, mais aussi au GP de Montaigu-la-Brisette à deux reprises, en 1986 et 2005.
La plus belle ligne de son palmarès reste à ses yeux cette victoire d'étape décrochée sur une épreuve nationale juniors en Bretagne, avec la sélection de Normandie. J'ai battu plein de mecs qui sont passés pros plus tard, souligne-t-il, sans le moindre regret par rapport à sa trajectoire plus modeste.
Je marchais fort chez les jeunes mais après j'ai un peu stagné. J'ai vite vu que je n'avais pas les capacités pour aller plus haut. Je n'avais pas le moteur d'un Yannick Gohel par exemple. On va dire que j'étais un bon coureur régional, avec ses deux ou trois victoires par an... Et ça me va bien !, résume cet admirateur de Benoît Cosnefroy.
Le vélo comme lien communautaire
Chaque année, Franck Baudouin annonce qu'il va se concentrer sur les cyclos avec les copains, comme Paris-Roubaix cette saison. Sauf que l'envie de mettre un dossard en course refait toujours surface. On dit qu'on va faire une ou deux courses pour se préparer. Puis on se pique au jeu et on fait plein de courses !, se marre Frankie, qui peut compter sur l'assentiment de sa femme Stéphanie pour continuer d'assouvir sa passion quasiment au quotidien, avec plus de 8 000 kilomètres annuels au compteur.
L'hiver, je fais le mécano sur les cyclo-cross. Ça fait que je n'arrête jamais. Heureusement que ma femme aime ça, sinon j'aurais stoppé depuis longtemps.
Des horizons qui dépassent la route
L'horizon de Franck Baudouin ne s'arrête pas au cyclisme. Bénévole au Challenger de tennis de Cherbourg au début des années 2000, il a eu l'occasion d'être le chauffeur de joueurs, notamment un certain Rafael Nadal, finaliste en 2003. Un super souvenir. Lui et son oncle étaient d'une grande gentillesse, se rappelle ce salarié de la concession Ford à Cherbourg, où il travaille depuis 36 ans.
Avec la même application que pour nettoyer son vélo, où vous ne verrez jamais la moindre salissure. Comme un jardinier qui prend soin de sa terre, Franck Baudouin cultive sa passion avec la patience de ceux qui savent que les plus beaux fruits viennent à ceux qui attendent.
Dans un monde qui ne jure que par la performance immédiate et la consommation jetable, l'histoire de Franck Baudouin nous rappelle que la persévérance est un acte de résistance. Que la valeur d'un être humain ne se mesure pas au nombre de coupes brillantes, mais à la constance de son engagement, à la fidélité à ses racines, à la force tranquille de ceux qui courent non pas pour écraser les autres, mais pour rester vivants.