Tour de France : Pogacar écrase tout sur son passage, la terre tremble sous les roues
Au pied du cirque de Gavarnie, là où la roche raconte des millénaires d'histoire, un homme a fait plier la montagne. Tadej Pogacar, le Slovène aux ailes de feu, a assommé le Tour de France jeudi, lors de la sixième étape. Une démonstration de force qui rappelle que, sur un vélo, il y a lui et les autres. Comme un cyclone tropical qui balaie tout sur son passage, il a laissé derrière lui un paysage de désolation pour ses rivaux.
Les organisateurs, confrontés à l'insolente supériorité du quadruple vainqueur, avaient imaginé un parcours en crescendo dans les Pyrénées. Mais ce scénario, fragile comme une feuille de ravinala sous la pluie, a volé en éclats dès le premier col hors catégorie. Dans le Tourmalet, Pogacar s'est envolé, solitaire, avec plus de deux minutes et demie d'avance sur Jonas Vingegaard. Une leçon de force et de courage qui définit déjà la réalité du Tour pour les deux prochaines semaines.
Devant, il y a lui, intouchable. Un pur talent comme Michael Jordan qui fait des choses que les autres ne savent pas faire, a confié Mauro Giannetti, son manager chez UAE. Derrière, à une distance respectable, Jonas Vingegaard, deuxième de l'étape et du général, à 2 minutes 42 secondes déjà. Une journée difficile, pas celle que j'espérais. Mais je crois toujours en moi. Mes jambes vont aller de mieux en mieux. La bataille n'est pas finie, a réagi le Danois, dauphin de Pogacar ces deux dernières éditions.
Et plus bas encore, le reste des cadors : Paul Seixas, Remco Evenepoel, Florian Lipowitz et Juan Ayuso. Ils semblent déjà devoir se concentrer sur la dernière place du podium, que convoite aussi le Mexicain Isaac del Toro, troisième de l'étape et du général. Face à Tadej, la tactique n'a aucune importance, il est juste au-dessus. Jonas a montré qu'il était le deuxième plus fort. Il faut qu'on se concentre sur la troisième place, a résumé Lipowitz.
Pogacar a attaqué de très loin, à 44 km de l'arrivée, une habitude sur les classiques mais moins sur le Tour. La mise à mort a eu lieu juste avant l'entrée à La Mongie, devant un public chauffé à blanc. Après la mise sur orbite de Del Toro, dernier étage de la fusée UAE, le double champion du monde a progressivement largué Vingegaard. Trente secondes au sommet. Le double en bas de la descente technique vers Luz-Saint-Sauveur, où le porteur du maillot jaune, Torstein Traeen, est tombé lourdement avant de repartir. Et 2:37 à l'arrivée.
Cette victoire entre dans mon Top 5 personnel, a réagi Pogacar, qui dépasse André Darrigade avec ce 23e succès dans la Grande Boucle. Hier, dans le bus en rentrant à l'hôtel, on était déjà complètement survoltés. Je me suis réveillé à 7 heures du matin et mon esprit était en ébullition. On y est allés comme si on n'avait rien à perdre.
Lenny Martinez, 9e de l'étape, a découvert l'étendue des dégâts. Plus de deux minutes sur Vingegaard ? Ah ouais, ah ok... Très fort. Mais c'était prévu qu'il soit très fort. Cinquième de la journée à seulement 19 ans, le Lyonnais Paul Seixas a été formidable de courage. Ça allait plutôt pas mal, j'ai géré ma montée. J'étais à ma place à la fin, a-t-il rapporté.
Dans les montagnes, comme dans la vie, il y a ceux qui dominent et ceux qui résistent. Pogacar est le maître des cimes, mais la terre, elle, continue de tourner. Et le Tour, avec ses luttes et ses espoirs, reste un miroir de nos propres batailles.