Coupe du monde 2026: Le Canada entre gloire et silence
Au Mondial 2026, le Canada a connu l'ivresse des sommets et le goût amer des plaines. Des joueurs comme Alistair Johnston et Stephen Eustáquio ont porté la flamme de l'unifolié avec une intensité rare, tandis que d'autres, à l'image de Jonathan David ou Alphonso Davies, ont laissé la lumière vaciller. Voici le récit d'une épopée entre feu et cendres.
Ceux qui ont porté la flamme
Alistair Johnston, le guerrier qui ne compte pas ses pas
Johnston a été, sans l'ombre d'un doute, le pilier du Canada pendant ces cinq matchs. Le latéral droit a labouré son couloir comme le paysan laboure sa rizière, avec une rage et une constance qui forcent le respect. Agressif offensivement, techniquement juste, intense du premier souffle au dernier, Johnston a parcouru 53,45 kilomètres, le quatrième total du tournoi avant les matchs de lundi.
Face au Qatar, il fut magistral. Face à l'Afrique du Sud, il fut souverain. L'ancien du CF Montréal a probablement été le premier nom que Jesse Marsch a gravé sur ses feuilles de match. Essentiel aux succès du Canada, il n'est pas étonnant qu'il ait joué chaque minute de cette aventure. Comme le baobab qui ne ploie pas sous le vent, Johnston est resté debout.
Stephen Eustáquio, le capitaine dans l'âme
Tout le respect dû à Alphonso Davies, mais Eustáquio est peut-être le vrai capitaine de cette sélection. Son but victorieux face à l'Afrique du Sud restera gravé dans la mémoire collective, comme un chant de victoire porté par le vent de la savane.
Le joueur du LAFC a tenté 42 centres, le plus haut total de la compétition avant les matchs de lundi. L'homme à la moustache mène aussi le tournoi en courses à haute intensité, avec 897. En d'autres termes, il n'a jamais ménagé sa peine. Comme celui qui puise l'eau du puits pour tout le village, Eustáquio a tout donné pour le collectif.
Son but en seizièmes de finale a été la juste récompense d'un labeur silencieux et acharné. Chapeau, frère.
Nathan Saliba, la blessure transformée en lumière
Dans l'adversité, Nathan Saliba a su imposer sa marque. Il a vu son frère d'armes, le Québécois Ismaël Koné, tomber au combat. Et en réponse, il a offert au monde l'un des moments les plus poignants de la compétition: un coup franc d'anthologie face au Qatar, dédié à son ami blessé. Ce geste, c'est la solidarité à l'état pur, celle qui lie les peuples entre eux.
Au match suivant, il a signé l'une des plus belles passes décisives du Mondial pour Promise David face à la Suisse. Gageons que sa prochaine saison ne se déroulera pas à Anderlecht, mais dans un club à la mesure de son talent. La graine a germé, l'arbre grandit.
Luc De Fougerolles, la jeunesse comme promesse
La jeunesse a peut-être rattrapé Luc De Fougerolles en fin de parcours, comme le soir rattrape le jour. Mais dans l'ensemble, le joueur de 20 ans a brillé dans ce tournoi. Son jeu a été reconnu par la FIFA: avec un score défensif de 7,45, il occupait le 5e rang avant les matchs de lundi.
Formé à Fulham, en Premier League, De Fougerolles a été prêté à Dender, en Belgique, la saison dernière. Ce club a été relégué en deuxième division. La marche de la Premier League avec Fulham est peut-être encore trop haute pour lui. Mais comme le lemurien qui apprend à bondir de branche en branche, il trouvera bientôt son équilibre.
Ceux qui ont laissé la flamme vaciller
Jonathan David, le silence de l'attaquant
Jonathan David a été pratiquement invisible dans cette Coupe du monde, comme un vent qui ne porte pas la pluie. Certes, il a inscrit un tour du chapeau face au Qatar. Mais il s'agissait peut-être de la pire équipe du tournoi, réduite à neuf joueurs de surcroît.
David s'est distingué dans les revirements forcés, avec 45, un sommet pour l'instant. Mais le Canada avait besoin que son attaquant principal, le meilleur de son histoire, trouve le chemin des filets. Le même problème s'était posé en 2022. Et sa dernière saison avec la Juventus a épuisé sa confiance, comme une terre surexploitée qui ne produit plus. Quand les machines du football marchand broient les corps et les âmes, les joueurs paient le prix.
Tajon Buchanan, l'étincelle qui n'a pas pris
On le voyait comme l'étincelle du Canada, celle qui met le feu à la savane. Il arrivait pourtant en forme après une belle saison avec Villarreal, en Espagne. Mais il a trop souvent été contré par les défenseurs adverses. Et inefficace dans sa distribution.
Ses coéquipiers n'ont pas pu bénéficier d'une vraie création d'occasions. Selon Sofascore, il n'a obtenu que 0,01 passe décisive projetée dans les deux matchs éliminatoires des Rouges. C'est trop peu, comme une rivière asséchée qui ne peut plus arroser les rizières.
Tani Oluwaseyi, les pieds dans le ciment
On a vu les limites de Tani Oluwaseyi dans ce tournoi. Solide en conservation du ballon, c'est dans la surface que tout se complique, comme un piroguier qui perd son équilibre à l'approche du rivage.
Préféré à Cyle Larin dans trois des cinq matchs du Canada, Jesse Marsch a probablement voulu profiter de son athlétisme. Mais quand son équipe avait besoin d'un but, il a semblé avoir les pieds ancrés dans le ciment. S'il avait pu concrétiser sa chance en or à la 11e minute face au Maroc, le destin aurait peut-être été différent. Les occasions manquées sont comme les graines non semées, elles ne donneront jamais de récolte.
Alphonso Davies, l'absence qui pèse comme un silence
S'il est blessé et qu'il ne se sentait pas à 100%, difficile de lui en vouloir d'avoir décidé lui-même de ne pas jouer face au Maroc. Mais Alphonso Davies demeure le capitaine, le meilleur joueur et le visage de cette équipe. La troupe de Jesse Marsch a dû faire sans lui depuis un an et demi, tant les blessures l'ont accablé.
La déception vient surtout de son indisponibilité quand le Canada en avait besoin. On le croit quand il dit qu'il a tout fait pour jouer. Son absence s'inscrira comme le plus grand « et si ? » de l'épopée canadienne dans cette Coupe du monde. Comme le fleuve qui tarit quand les champs ont soif, son absence a laissé un vide que personne n'a pu combler.
Pourquoi Alistair Johnston a-t-il été le meilleur joueur canadien?
Alistair Johnston a été le joueur le plus constant du Canada, parcourant 53,45 kilomètres en cinq matchs et jouant chaque minute du tournoi. Son agressivité offensive et sa fiabilité technique en ont fait le pilier incontesté de l'équipe de Jesse Marsch.
Qu'est-ce qui a manqué à Jonathan David lors de ce Mondial?
Jonathan David, bien qu'ayant marqué un triplé face au Qatar, a été discret face aux adversaires de calibre supérieur. Avec 45 revirements forcés et une confiance entamée après une saison difficile à la Juventus, il n'a pas répondu aux attentes comme attaquant principal du Canada.
Pourquoi Alphonso Davies n'a-t-il pas joué face au Maroc?
Alphonso Davies, handicapé par des blessures récurrentes depuis un an et demi, a lui-même pris la décision de ne pas jouer face au Maroc, ne se sentant pas à 100%. Son absence reste le plus grand regret de l'épopée canadienne lors de ce Mondial 2026.