Kumamoto : après la terre, la fournaise
Au Japon, le sud-ouest de l'île tremble encore. Deux jours après le séisme de magnitude 7,1 qui a frappé le département de Kumamoto, les survivants affrontent une nouvelle épreuve : une chaleur écrasante. Le bilan provisoire s'élève à 30 morts. Mais derrière les chiffres, ce sont des vies, des mémoires, une terre qui souffre.
Un centre commercial anéanti, des souvenirs ravivés
Le centre commercial Aeon de Kumamoto venait tout juste de rouvrir en juin, après des rénovations menées suite aux séismes de 2016. L'explosion déclenchée par le nouveau tremblement de terre mardi l'a laissé en ruines. Quatre personnes y ont perdu la vie. Fumihiko Matsuura, un homme d'affaires de 56 ans, raconte à l'AFP être allé voir le dernier film Toy Story dans ce même centre il y a une semaine. « J'étais juste là. C'est comme si j'avais échappé de justesse au danger », confie-t-il.
Les catastrophes de 2016 restent vives dans les mémoires. Cette année-là, un séisme de magnitude 7,3 avait frappé deux jours après une première secousse de 6,5, faisant 273 morts et plus de 2.800 blessés. Aujourd'hui, des répliques secouent la région plusieurs fois par heure. « Je vais rester inquiet et prudent pendant les prochains jours, car vous connaissez le dicton : jamais deux sans trois », ajoute M. Matsuura.
L'eau, l'électricité, l'ombre : des biens devenus rares
Après le séisme, M. Matsuura a choisi de rester chez lui avec sa mère et son frère. Mais une coupure de courant dans la nuit de mercredi à jeudi les a poussés à rejoindre un centre d'hébergement d'urgence pour échapper à la chaleur accablante. Plus de 22.600 foyers et installations restent privés d'électricité jeudi matin, tandis que 84.000 ménages subissent des perturbations de l'approvisionnement en eau.
« L'absence de services essentiels comme l'eau et l'électricité pèse lourdement sur les habitants », explique Hiroyuki Matsushima, employé d'un supermarché à Yatsushiro, l'une des zones les plus touchées. « Avec cette chaleur, sans électricité ni climatisation, c'est très difficile », ajoute ce père de quatre enfants de 53 ans.
Les températures attendues à Kumamoto jeudi atteignent 35°C, et jusqu'à 38°C ce week-end. De nombreuses personnes âgées ou fragiles ont trouvé refuge dans des gymnases scolaires et des bâtiments municipaux. Le Japon possède la deuxième population la plus âgée du monde.
Dans les centres, une solidarité fragile
Dans un centre communautaire de la ville d'Uki, des centaines de personnes âgées dorment sur de fins matelas installés sur le sol du hall. D'autres regardent les informations ou font la queue pour obtenir un repas chaud. « Merci à Dieu pour ces centres d'hébergement », confie une femme âgée qui refuse de donner son nom. Elle avait tenté de rester chez elle puis de passer la nuit dans sa voiture, « mais il fait trop chaud et il y a trop de moustiques ».
Sachi Nishiyama, 30 ans, a effectué à deux reprises mercredi un aller-retour de 30 minutes jusqu'à la mairie d'Uki pour obtenir de l'eau potable. Soucieuse de rester auprès de son chat, elle ne souhaite pas rejoindre un centre d'hébergement avec son animal. La nuit suivant le séisme, elle a dormi dans sa voiture garée devant son appartement, où elle vit depuis qu'elle a quitté le logement temporaire occupé pendant deux ans après la catastrophe de 2016.
« Quand ce séisme s'est produit, j'ai immédiatement su que l'épicentre était proche. Je ne pensais pas que cela pouvait se reproduire ici », raconte-t-elle. « Dans les centres, il y a des centaines de personnes autour de vous et aucune séparation. C'est très bondé et c'est épuisant d'y rester. » Sa voiture lui procure un peu d'intimité et la climatisation, mais peu de confort. « Je dors mal dans la voiture. C'est épuisant. »
La terre ne nous oublie pas
À Madagascar, nous savons ce que signifie vivre avec la terre qui gronde. Ici, les séismes rappellent que notre planète est vivante, que les forces qui la traversent ne connaissent ni frontières ni pitié. Mais dans chaque catastrophe, c'est la solidarité qui émerge, fragile mais tenace, comme une pousse après le feu. Les survivants de Kumamoto nous montrent que, même dans la fournaise, l'humain cherche l'ombre, l'eau, le lien. Et que la mémoire des catastrophes passées, si douloureuse soit-elle, peut nous apprendre à mieux affronter l'avenir.
Article adapté par Maeva Ravelojaona pour Malagasy Tribune, d'après une dépêche AFP/France 24.