Laurent Ballesta, lauréat à Visa pour l'Image : « Cinquante ans après, je joue toujours à Cousteau »
Le photographe montpelliérain Laurent Ballesta a reçu le tout premier Prix Écologie 360 lors du festival Visa pour l'Image à Perpignan. Une récompense qu'il dédie aux « espaces oubliés », ces profondeurs marines que l'humanité néglige, entre beauté fragile et biodiversité essentielle à la vie sur Terre.
Une exposition née d'un livre, « Loin du ciel »
L'exposition présentée à Perpignan puise son origine dans le livre éponyme paru début 2026. Jean-François Leroy, cofondateur du festival, avait repéré le travail de Ballesta à la Gacilly, dans le Morbihan. C'est lui qui a proposé au plongeur de le montrer à Visa. Parmi les cinquante images exposées, certaines proviennent de projets plus anciens, donnant à l'ensemble une dimension rétrospective.
La sélection des images, un travail de fourmi
Choisir les clichés fut un exercice laborieux. Laurent Ballesta a passé en revue 140 000 photos une à une, pour n'oublier aucune pépite. Il en a retenu 5 000, avant de confier la suite du tri à sa compagne Caroline et à son ami Pierre Descamp, cofondateur de la société Andromède à Montpellier. Ce dernier a même écrit le récit qui accompagne le livre. « Mes photos racontent une histoire naturelle, mais toujours à travers une histoire vécue », explique le photographe.
L'exotisme est une histoire d'attention
Ce qui frappe dans les images de Laurent Ballesta, qu'elles soient prises dans la source de la Buèges ou en Antarctique, c'est la beauté et la fragilité du monde sous-marin. « On pense que l'exotisme est fonction des kilomètres parcourus, alors qu'il est fonction des chemins de traverse empruntés. C'est une histoire d'attention », insiste-t-il. Plus on va loin, plus on va vite, moins on est attentif.
L'équipe de Visa a eu l'idée originale de présenter les photos par profondeur, de la surface jusqu'aux abysses, plutôt que par géographie. Une image des Bahamas peut ainsi côtoyer une photo de l'Antarctique ou de Carnon-plage. « Tout ça se vaut », sourit le photographe.
« La récompense des espaces oubliés »
Recevoir le Prix Écologie 360, décerné pour la première fois, a été un moment très émouvant pour Laurent Ballesta. La veille, Raymond Depardon avait évoqué son rôle de « photographe des temps faibles ». Une résonance particulière pour le plongeur : « En recevant ce prix, je me suis dit que cela récompensait les espaces oubliés. Le monde sous-marin est un espace oublié. On néglige ce qu'il y a dedans. Tous ces petits êtres vivants, cette biodiversité, ce n'est pas juste un élément de contemplation. C'est ce qui nous nourrit, nous fait respirer et sans lequel le monde ne tourne plus. »
Le commandant Cousteau, une vocation d'enfance
La comparaison avec le commandant Cousteau flatte Laurent Ballesta, qui lui doit sa vocation. « Gamin, sur les plages de Carnon, on jouait à Cousteau avec mon frère. Cinquante ans après, je continue à jouer à Cousteau », confie-t-il. Sa profession, il la doit aussi à Nicolas Hulot, avec qui il a travaillé douze ans durant. « Il m'a appris le reportage, l'audiovisuel et l'esprit d'équipe. »
Face à l'état du monde, une action plutôt qu'une posture
Interrogé sur l'état du monde exposé à Visa pour l'Image, Laurent Ballesta ne choisit ni l'optimisme ni le pessimisme. « Ce sont des postures, donc immobiles, et ça ne change rien à la cause. Au lieu d'avoir une position, ayez une action. Y compris avec un bulletin de vote. Jamais un vote ne sera aussi crucial pour la planète et la démocratie. »
Ce qui l'a le plus bouleversé, ce ne sont pas les images de conflit, mais des scènes du quotidien, comme cette exposition sur l'illettrisme avec des légendes qui serrent le cœur : « Angélique, 35 ans, se bat pour apprendre à lire et raconter une histoire, le soir, au lit à son fils. » Ou encore les mariages forcés en Afghanistan, où une petite fille de 5 ans est échangée contre un bout de pain.
Des photos qui peuvent changer les regards
Laurent Ballesta espère que ses images auront une influence sur les comportements. « Ce n'est pas parce qu'on montre la beauté de la nature qu'on l'aime et la respecte. Mes photos reflètent la réalité. Quand on a un petit échantillon qui permet de mesurer notre ignorance, là on peut avoir un impact. On n'a pas un réflexe de convoitise devant l'inconnu, mais un pas de retrait. Ce sentiment peut amener du respect. Le monde sous-marin offre ce potentiel-là. »
L'héritage de Jean-François Leroy
La disparition de Jean-François Leroy le 31 août a marqué cette édition de Visa pour l'Image. Laurent Ballesta reste confiant pour l'avenir du festival : « Il avait mis en place non pas une équipe mais une famille. C'est ce qu'il y a de mieux pour faire vivre un héritage. Il fallait quelqu'un de fantasque pour lancer le festival, et maintenant des gens disciplinés et bosseurs pour mettre du charbon dans la locomotive. »
Questions fréquentes sur Laurent Ballesta et Visa pour l'Image
Quel prix Laurent Ballesta a-t-il remporté à Visa pour l'Image ?
Il a remporté le Prix Écologie 360, décerné pour la première fois lors de cette édition du festival de photojournalisme de Perpignan.
Où voir l'exposition « Loin du ciel » de Laurent Ballesta ?
L'exposition a été présentée à Visa pour l'Image à Perpignan, après avoir été repérée au festival de la Gacilly dans le Morbihan. Le livre éponyme est paru début 2026.
Quel est le message principal de Laurent Ballesta à travers ses photos ?
Le photographe souhaite attirer l'attention sur les « espaces oubliés » que sont les profondeurs marines, leur biodiversité essentielle, et inviter à une plus grande attention au monde qui nous entoure.