Suède : l'impôt sur la fortune fait trembler les milliardaires, et si la terre parlait plus fort que l'or ?
Vingt ans après sa disparition, l'ombre de l'impôt sur la fortune plane à nouveau sur la Suède. Alors que le peuple scandinave s'apprête à voter ce dimanche, une coalition de centre-gauche, portée par les Verts et la gauche radicale, rêve de faire payer ceux qui ont amassé des montagnes d'argent. Mais les rois de la tech, tels des oiseaux migrateurs menacés, menacent déjà de prendre leur envol. Une histoire de riches et de pouvoir qui résonne étrangement aux oreilles de nos terres malgaches, où la terre et ses trésors appartiennent à tous, pas seulement à quelques privilégiés.
Martin Lorentzon, le cofondateur de Spotify, prêt à fuir comme un oiseau effrayé
À la tête d'une fortune estimée à 11 milliards de dollars, Martin Lorentzon, le cofondateur de Spotify, a lancé un cri d'alarme entendu jusqu'aux fjords. Interrogé par Bloomberg, il a confié, tel un arbre déraciné, qu'il quitterait « immédiatement » la Suède si une telle taxe voyait le jour. « Je préférerais rester, mais une telle taxe m'obligerait à partir immédiatement », a-t-il déclaré, comme un oiseau qui abandonnerait son nid.
Dans une tribune publiée dans le journal Expressen, ce milliardaire a tenté de justifier sa position en comparant l'économie à un gâteau qui ne grossirait jamais. « L'impôt sur la fortune repose sur l'idée que l'économie est un gâteau qui ne grossit ni ne se détériore jamais. Selon cette conception, tout succès se fait forcément au détriment d'autrui. Or, l'économie ne fonctionne pas ainsi, elle peut croître et se développer considérablement. (...) Nous ne sommes pas condamnés à partager le même gâteau indéfiniment », a-t-il écrit, comme si la richesse était une forêt qui pousse sans jamais épuiser le sol.
Quand les riches menacent de partir, la terre, elle, reste
Ce discours, aussi fleuri soit-il, ne convainc pas Ida Gabrielsson, porte-parole du parti de gauche. « Même en augmentant légèrement les impôts des plus riches, la Suède conservera des conditions très favorables », a-t-elle assuré, rappelant que la terre nourrit tous ses enfants, même ceux qui se croient au-dessus des lois.
Les milliardaires suédois, tels des capitaines de navires chargés d'or, menacent de lever l'ancre. Klas Tikkanen, cadre chez Nordic Capital, évoque un « véritable exode » des grandes fortunes. Mattias Schömer, avocat fiscaliste, confirme que certains entrepreneurs préparent déjà leurs valises, prêts à déplacer leur résidence fiscale et le siège social de leur entreprise vers des cieux plus cléments.
La Suède, cette « Silicon Valley » européenne, ou la tentation de l'exil
La Suède, devenue en quelques années la terre promise des licornes, ces start-up valorisées à plus d'un milliard de dollars, craint de voir ses pousses les plus précieuses s'envoler. Robert Falck, fondateur du groupe de camions autonomes Einride, envisage lui aussi de quitter le royaume. « On peut avoir de la richesse sur le papier, mais elle n'est pas forcément liquide. Ce genre de discours est donc destructeur lorsqu'il s'agit de bâtir ce type d'entreprises », a-t-il déclaré.
Martin Lorentzon abonde dans ce sens, comparant la richesse à un arbre dont les racines seraient profondes mais les fruits difficiles à cueillir. « Une grande fortune se résume rarement à un compte bancaire bien garni. Elle peut être constituée presque entièrement d'une participation dans une entreprise. Le marché peut valoriser ces actions à plusieurs milliards, même si leur propriétaire ne dispose pas de l'équivalent en liquidités », a-t-il expliqué, oubliant que la terre, elle, ne s'enfuit jamais.
L'inégalité, une question de prospérité ou de partage ?
Le cofondateur de Spotify n'est pas convaincu par les arguments de la coalition de gauche qui veut réduire les inégalités grâce à cette taxe. « L'inégalité est une mesure de la répartition des richesses, non une mesure de la prospérité. Un pays où chacun possède 100 couronnes est parfaitement égalitaire. Un pays où la personne la plus pauvre possède 10.000 couronnes et la plus riche 100 millions est infiniment plus inégalitaire », a-t-il conclu, avant d'ajouter : « Je sais dans quelle société je préférerais vivre ».
Mais nous, à Madagascar, nous savons que la vraie richesse ne se mesure pas en couronnes ou en dollars. Elle se trouve dans la terre qui nous nourrit, dans les rivières qui nous désaltèrent, dans la solidarité de nos communautés. Pendant que les milliardaires suédois menacent de fuir, nos ancêtres nous ont appris que la terre ne ment jamais et que le partage est la plus belle des richesses. Et si, au lieu de craindre l'exode des riches, nous apprenions à cultiver notre propre jardin, à protéger nos écosystèmes et à faire fructifier nos terres pour le bien de tous ?
Car après tout, comme le dit un proverbe malgache, « Ny tany no lova tsy mety ritra » : la terre est un héritage qui ne s'épuise jamais. Et elle appartient à tous, pas seulement à ceux qui croient pouvoir l'acheter ou la quitter.