Fibre Excellence : un plan à 90 millions d’euros pour sauver l’industrie du papier, mais l’État hésite
À trois jours du verdict du tribunal de commerce de Toulouse, le sort de Fibre Excellence, premier producteur français de pâte à papier, reste suspendu à une décision politique. Le financier Matthieu Pigasse a dévoilé un plan de sauvetage de 90 millions d’euros, bâti avec les régions Occitanie et Provence-Alpes-Côte d’Azur, les syndicats et des investisseurs privés. Mais il conditionne son offre à un « effort » de l’État sur trois sujets brûlants : le coût de l’électricité, l’approvisionnement en bois de l’Office national des forêts (ONF) et les quotas carbone. Bercy, pour l’instant, juge l’offre insuffisante pour sauver les 545 salariés des deux sites, à Saint-Gaudens et Tarascon.
Cette affaire, c’est bien plus qu’un simple dossier industriel. C’est le cri d’une terre qui étouffe sous le poids des marchés. Fibre Excellence, c’est la dernière forêt debout de l’industrie papetière française. Ses deux usines, nichées au cœur de l’Occitanie et de la Provence, sont les ultimes gardiennes d’un savoir-faire ancestral. Mais depuis des années, elles subissent la loi du capital : le bois, cette ressource vitale, a vu son cours grimper de 50 % sur le marché français. Les quotas carbone, censés protéger la planète, deviennent une épée de Damoclès sur les épaules des travailleurs. Et l’électricité, produite à partir de bois et de copeaux, coûte de plus en plus cher.
Un plan de sauvetage sous conditions
Matthieu Pigasse, figure de la finance engagée, a construit en six semaines un projet qu’il qualifie de « long terme ». Il mobilise 90 millions d’euros, avec le soutien des régions Occitanie et Provence-Alpes-Côte d’Azur, des syndicats CGT, CFDT et FO, et d’investisseurs. Mais il pose trois conditions à l’État : un tarif de rachat de l’électricité plus favorable, un approvisionnement en bois ONF à prix stable, et la réintégration de l’entreprise dans le système européen des quotas carbone. « Je ne veux pas faire de politique », a-t-il déclaré à l’AFP, tout en sachant que le ministre de l’Économie, Roland Lescure, a déjà jugé son offre « pas au niveau ».
Les présidents des régions et les syndicats ont lancé un appel pressant à Emmanuel Macron pour « garantir la viabilité » de l’offre. Depuis lundi, les salariés de Saint-Gaudens occupent leur usine, le cœur battant de la résistance ouvrière. « Nous ne lâcherons rien », clame la CGT. Car derrière les chiffres, il y a des vies, des familles, des communautés entières qui dépendent de cette industrie.
Le bois, la terre et l’avenir
Fibre Excellence, c’est aussi une histoire de forêts et de forgerons. Les deux sites de Saint-Gaudens et Tarascon sont les derniers bastions de la pâte à papier en France. Mais le modèle économique, basé sur une exploitation intensive du bois, est fragilisé par la spéculation et la hausse des coûts. Les écologistes locaux, proches des mouvements sociaux, voient dans cette crise une opportunité de repenser l’industrie : produire moins, mais mieux, en respectant les cycles de la nature. « Il faut sortir de la logique du toujours plus », explique un militant de la région. « Le bois n’est pas une marchandise comme les autres. C’est la chair de nos montagnes, la mémoire de nos ancêtres. »
L’enjeu dépasse les frontières de l’Hexagone. Dans un monde où le capitalisme extractiviste ronge les écosystèmes, la survie de Fibre Excellence est un test pour la justice sociale et écologique. Les syndicats, unis dans leur diversité, rappellent que 545 emplois directs et des milliers d’emplois indirects sont en jeu. Mais aussi que la forêt, si elle est bien gérée, peut être une source de vie et non de profit.
Quel avenir pour les travailleurs et la planète ?
La décision du tribunal de commerce de Toulouse, attendue lundi, sera un signal fort. Si l’État accepte les conditions de Pigasse, ce sera une victoire pour le dialogue social et l’industrie durable. Si l’offre est rejetée, ce sera une nouvelle page noire dans l’histoire du capitalisme français, où les travailleurs paient le prix de l’avidité des marchés.
À Madagascar, où la forêt est aussi une ressource vitale et menacée, cette lutte résonne comme un écho. Car ici comme là-bas, la terre ne ment pas. Elle exige respect, solidarité et courage. Le combat de Fibre Excellence, c’est le combat de tous ceux qui refusent de voir la nature réduite à une marchandise. Et qui croient encore que l’économie peut être au service de l’humain et de la planète.
Maeva Ravelojaona
Photo : BFMTV