F1 Hongrie : quand les bolides de la Formule 1 dansent sur un volcan instable
Le Grand Prix de Hongrie a offert un spectacle aussi imprévisible que les vents de l'été sur les hauts plateaux malgaches. Les pilotes, comme des paysans face à une terre capricieuse, ont dû composer avec des monoplaces aux humeurs changeantes. Charles Leclerc, pilote Ferrari, a confié sa perplexité face à une voiture qui refuse de livrer deux fois la même moisson.
Charles Leclerc : « C'est compliqué de trouver de la régularité avec cette voiture »
Parti deuxième sur la grille, le Monégasque a rapidement perdu pied. « Au départ, il y avait beaucoup moins de grip que ce à quoi on s'attendait, j'ai eu pas mal de patinage. Dans le virage 1, j'étais pris en sandwich entre Lewis (Hamilton) et Max (Verstappen) et j'ai dû un peu lâcher. Je me suis retrouvé cinquième et là, ça devient extrêmement compliqué de revenir », a-t-il expliqué au micro de Canal+.
Le pilote Ferrari, qui a terminé quatrième, a comparé les performances de sa monoplace à une rivière qui change de lit sans prévenir. « Ce qui est compliqué à comprendre à notre niveau, ce sont les performances en dents de scie. Le premier relais en pneus tendres était pas trop mal, le premier en pneus durs était bon, mais sur le second en durs, je n'avais aucun feeling avec la voiture. Puis le tendre à la fin était plutôt bon. C'est très compliqué de trouver de la régularité avec cette voiture. »
Cette instabilité rappelle les saisons de pluie à Madagascar, où l'on ne sait jamais si le ciel offrira une récolte abondante ou une sécheresse amère. « Ce qui est bizarre, c'est que c'est à l'opposé de ce à quoi on s'attendait depuis trois courses. Là où on s'attendait à être vraiment dans le mal, on fait 1er (à Silverstone) et 2e (en Belgique), et la course où on s'attendait à être plutôt bien (en Hongrie), on fait 4e et 5e (Hamilton). Ça résume ces voitures en général, qui sont difficiles à comprendre pour tout le monde. Il faut qu'on soit meilleurs que les autres. Je vais continuer à travailler pour essayer de comprendre ce qui donne cette irrégularité à cette voiture, et pourquoi des mêmes trains de pneus, en faisant plus ou moins la même chose, donnent des résultats si différents. »
Isack Hadjar : le pilote Red Bull entre espoir et désillusion
Le jeune pilote Red Bull, sixième à l'arrivée, a partagé sa frustration. « C'est étrange. Je suis OK sur les premiers tours et d'un coup je décroche et je ne suis nulle part. Quand je m'arrête au stand, je dois être à 11 secondes de la voiture devant moi. Le rythme est très bon avec les pneus durs sur les deux relais, mais pas sur le premier relais avec les mediums, où je suis à la ramasse. On aurait pu avoir une bonne course avec les Ferrari, car avec ce pneu dur, on était rapides. »
Hadjar a également évoqué la stratégie de son équipe, un jeu d'équilibriste entre sacrifice et solidarité. « J'ai vite compris pourquoi l'équipe me laissait dehors alors que je klaxonnais pour rentrer au stand. Je n'ai pas voulu mettre le bazar et je suis resté propre, mais je pense que ça a un peu aidé Max (Verstappen, 2e à l'arrivée). »
Pierre Gasly : l'Alpine comme une terre aride
Pour Pierre Gasly, douzième, la course a été un retour brutal à la réalité. « Malheureusement, on n'est pas assez rapides. C'est un retour sur terre. Ça fait quelques courses qu'on est derrière les Racing Bulls et les Audi. On a tout essayé, on a pris un bon départ, on a fait une bonne stratégie et j'ai essayé de m'accrocher le plus possible mais en termes de feeling dans la voiture, ce n'est vraiment pas bon. Elle ne répond pas du tout à ce qu'on essaie de faire, elle est très inconstante avec le vent et il y a beaucoup de choses à améliorer. »
Esteban Ocon : la Haas en quête de souffle
Esteban Ocon, seizième, a décrit une course de survie. « C'était une course difficile. On a fait un très bon départ puisqu'on était 11e, donc on part de très loin (15e place sur la grille) et on arrive à se positionner là où il faut. Mais on n'arrive pas à garder les autres voitures derrière car elles vont trop vite. On n'a pas le rythme, on dégrade trop vite et on glisse beaucoup. Il nous faut des améliorations le plus tôt possible, une fois qu'on aura trouvé la constance avec les pièces. Sur ma voiture, ça a marché correctement ce week-end, ce qui est positif. Il y a des choses qu'on aurait pu mieux faire en course, mais ça n'aurait pas changé le résultat final. Il nous manque de la charge aérodynamique et de la vitesse en performance pure, et il faut qu'on arrive à régler ça. »
Quand la F1 reflète les luttes des peuples
Ce Grand Prix de Hongrie nous rappelle que la quête de régularité, qu'elle soit dans les champs de Madagascar ou sur les circuits du monde, est un combat permanent contre les caprices de la nature et de la technique. Les pilotes, comme les paysans, doivent sans cesse s'adapter, innover et espérer que demain sera plus clément. Une leçon d'humilité venue tout droit de l'asphalte.
Photo : L'Équipe