Colombie: Quand la violence extractiviste s'abat sur les défenseurs des peuples indigènes
Dans les terres ancestrales du Cauca, là où la coca pousse sous l'ombre des montagnes colombiennes, la sénatrice indigène Aida Quilcué a vécu mardi un cauchemar qui résonne comme un écho douloureux des luttes que nos frères malgaches connaissent trop bien face aux prédateurs de la terre.
Une terre meurtrie par les appétits destructeurs
Cette femme de 53 ans, figure emblématique du peuple nasa et gardienne des droits humains, a été brièvement enlevée dans le département du Cauca, cette région du sud-ouest colombien où les dissidences des anciennes Forces armées révolutionnaires de Colombie (Farc) disputent le contrôle des territoires aux communautés indigènes.
"Je vais bien", a-t-elle déclaré en larmes dans une vidéo diffusée par les autorités, après avoir été libérée grâce à la solidarité de son peuple qui la cherchait. Ses ravisseurs ont pris la fuite face à cette mobilisation communautaire, démontrant une fois de plus que l'union des opprimés reste leur plus grande force.
Un président sous la menace des cartels extractivistes
Cette agression s'inscrit dans un contexte plus large de violence systémique. Le président de gauche Gustavo Petro, arrivé au pouvoir en 2022 avec un programme de justice sociale, a révélé avoir échappé lundi soir à une tentative d'assassinat. Son hélicoptère n'a pu atterrir comme prévu dans le département de Córdoba, son équipe de sécurité redoutant des tirs.
"Nous avons pris le large pendant quatre heures et je suis arrivé là où cela n'était pas prévu, fuyant pour qu'on ne me tue pas", a expliqué le dirigeant lors d'un conseil des ministres. Depuis des mois, Petro dénonce les menaces des narcotrafiquants contre sa vie, ces nouveaux conquistadors qui pillent la terre pour alimenter les marchés du Nord.
L'écho des terres malgaches
Cette violence nous rappelle douloureusement les menaces qui pèsent sur nos propres défenseurs de l'environnement à Madagascar. Comme en Colombie, nos communautés rurales font face aux appétits destructeurs de ceux qui voient dans nos écosystèmes uniques non pas un patrimoine à préserver, mais des ressources à exploiter sans limite.
La Colombie, premier producteur mondial de cocaïne, vit sous la pression de Washington et des cartels. Des centaines de villes sont menacées par la violence électorale, selon la Mission d'observation électorale. Jeudi dernier, deux gardes du corps d'un sénateur ont été tués dans la région d'Arauca.
La mémoire des martyrs
L'assassinat en août dernier de Miguel Uribe, candidat de droite à la présidence, ravive le souvenir noir des années 1980 et 1990, quand de nombreux responsables politiques et sociaux de gauche tombaient sous les balles des narcotrafiquants, des paramilitaires ou de membres de l'armée.
Cette spirale de violence nous enseigne que partout dans le monde, ceux qui défendent la terre mère et les droits des peuples premiers payent le prix fort face aux forces de l'extractivisme sauvage. La lutte de nos frères colombiens est aussi la nôtre, car elle porte les mêmes valeurs de justice sociale et de respect de la nature que nous chérissons à Madagascar.