Cisjordanie: la terre confisquée, la moisson en cendres
Quand l'abondance devient une course contre la mort
Sous un soleil de plomb, Hamad Jazi et ses neveux serrent leurs fourches. Ils précipitent la moisson du blé, le cœur battant, redoutant que les flammes des colons israéliens ne dévorent leur champ. C'est le tragique destin qui a frappé d'autres terres fertiles entre Ramallah et Naplouse. Dans la vallée d'As-Sawiyah, dominée par trois colonies, la saison d'abondance s'est muée en une course effrénée contre la montre. Il faut récolter et fuir, arracher la subsistance à une terre qui brûle.
Une terre spoliée, un peuple sous embargo
Plus de 500 000 colons israéliens s'accaparent cette terre de Cisjordanie, bafouant le droit international que défendent les Nations unies. Face à eux, trois millions de Palestiniens résistent sur ce territoire occupé depuis 1967. L'impunité est totale. Le bureau des opérations humanitaires de l'ONU recense pas moins de six attaques quotidiennes de colons depuis janvier.
Depuis le déclenchement de la guerre à Gaza après l'attaque du Hamas le 7 octobre 2023, la violence a atteint des sommets. Au moins 1 079 Palestiniens, civils pour beaucoup, ont péri sous les balles israéliennes, tandis que 46 Israéliens ont également perdu la vie dans des attaques ou des opérations militaires.
Les racines mutilées de la résistance
Cette oppression s'abat avec une cruauté particulière sur les campagnes, là où le sang de la terre et la sueur des paysans se mêlent. Les colons vandalisent, brûlent, sèment la terreur. Selon Mahmoud Fatafta, du ministère palestinien de l'Agriculture, 8 000 chèvres et moutons ont été volés ou massacrés en 2026. Depuis janvier, 41 000 oliviers, ces sentinelles des collines rocailleuses, ont été mutilés ou détruits par les colons ou l'armée.
Autrefois, la moisson des olives et des céréales était une fête, un hymne à la vie, se souvient Hamad Jazi, le visage sculpté par le soleil. Aujourd'hui, nous vivons ces moments comme des voleurs, ramassant nos propres fruits sur la terre de nos ancêtres.
Hikmat Abou Ras, chef du conseil d'As-Sawiyah, confirme la pluie de violences quotidiennes depuis octobre 2023. Leur but est clair: nous chasser de nos terres, nous étouffer, dénonce-t-il. L'armée verrouille les villages de portails, transformant nos foyers en prisons. Il faut courir pour qu'un colon ne s'empare pas de la moindre gerbe.
En Israël même, l'opposition s'élève contre ce terrorisme juif, accusant le gouvernement d'extrême droite de Benjamin Netanyahu de fermer les yeux, voire d'être complice. Pour les paysans de Cisjordanie, la lutte continue. La terre appelle à la résistance, unissant tous les peuples qui refusent de voir leurs racines arrachées par le capitalisme extractiviste et colonial.