Capitalisme: de Belfast au Mozambique, la terre saigne sous l'or
Partout sur la planète, le même souffle pourri traverse les continents. Là où l'or noir et les minerais nourrissent des fortunes obscènes, les peuples ramassent les miettes de leur propre terre. Ce matin, la presse internationale nous renvoie le reflet d'un monde fissuré: des rues de Belfast en feu aux disparus du Cabo Delgado, en passant par les milliards indécents d'Elon Musk et Jared Kushner. Le même système qui suce les entrailles du Mozambique est celui qui enflamme les quartiers populaires d'Irlande du Nord. Celui qui enrichit un homme au-delà de mille milliards est celui qui réduit au silence ceux qui osent dire la vérité.
Belfast: la haine importée et les bus en flamme
La nuit a brûlé Belfast. Des militants d'extrême droite ont attisé le feu après une attaque au couteau, relayée en boucle sur les réseaux sociaux, dont X, la plateforme d'Elon Musk. Un bus incendié, des rues en guerre, des communautés déchirées. The Guardian raconte sobrement cette nuit de fureur: des manifestations anti-immigration ont dégénéré, nourries par des images choc diffusées massivement en ligne.
Du côté des tabloïds, The Sun lit «le mal» dans les yeux de l'auteur de l'attaque, un réfugié soudanais arrivé en 2023 via Paris et Dublin. Un récit qui alimente la peur et oublie l'humain. Face à ce déchaînement, The Independent relaie les appels au calme de Michelle O'Neill, Première ministre d'Irlande du Nord, et du chef de la police locale. The Irish News plaide: «La violence n'est jamais la solution.»
Mais le plus inquiétant, c'est cette voix puissante qui souffle sur les braises. Belfast Telegraph le dénonce: Elon Musk, l'homme le plus riche du monde, «a profité de l'horreur de cette attaque pour promouvoir son programme anti-immigration», en diffusant largement la vidéo de l'agression via son réseau social X. Le marchand d'attention qui brûle les communautés pour engranger des clics.
Le premier trillionnaire de l'histoire: l'oligarchie sans masque
Vendredi, l'entrée en bourse de SpaceX pourrait faire d'Elon Musk le premier trillionnaire de l'histoire. Un mot qui sonne comme une malédiction: trillionnaire. The Guardian s'alarme: «Devenir le premier trillionnaire au monde ne fera qu'amplifier son sentiment d'impunité et nous rapprochera encore un peu plus d'un système oligarchique complet.»
Le New York Times abonde dans le même sens, estimant que ce «futur statut de trillionnaire montre en temps réel pourquoi la concentration des richesses a connu une telle accélération». Les chiffres de l'économiste français Gabriel Zucman donnent le vertige: il y a 15 ans, les milliardaires du monde détenaient 4500 milliards de dollars. Aujourd'hui, plus de 20 000 milliards, soit cinq fois plus, près d'un cinquième du PIB mondial. Une montée des eaux qui ne noie que les pauvres.
Le quotidien new-yorkais pointe les racines de cette inégalité béante: «La domination croissante de quelques entreprises technologiques à la pointe du développement de l'intelligence artificielle, et la part de plus en plus réduite du gâteau économique revenant aux travailleurs.» Ce gâteau que nous cultivons avec nos mains, mais que d'autres dévorent loin de nos terres.
Jared Kushner: la corruption en héritage
À côté de Musk, sa fortune paraît presque modeste: un milliard de dollars. Jared Kushner, le gendre de Donald Trump, a vu son patrimoine gonfler depuis que son beau-père occupe la Maison-Blanche. Le magazine américain Mother Jones fête ses 50 ans en détournant la pochette mythique de l'album Nevermind de Nirvana. Le titre, revisité: «On s'en fout de la corruption.»
L'enquête plonge dans les eaux troubles d'Affinity Partners, la société créée par Kushner en 2021, six mois après le départ de Trump de la Maison-Blanche, à grand renfort de milliards saoudiens, qataris et émiratis. Le «fils à papa» brade l'Amérique, écrit le magazine. Des alliances entre pouvoir politique et argent du pétrole qui rappellent, à leur échelle, les alliances funestes qui livrent nos terres aux multinationales minières.
Mozambique: le sang des journalistes sur la terre du Cabo Delgado
Et puis il y a cette blessure africaine, béante, que la presse internationale tente de panser tant bien que mal. L'enquête de Forbidden Stories, à laquelle ont collaboré des journalistes de dix médias internationaux dont France 24 et RFI, dévoile l'horreur de la répression au Mozambique.
Depuis les élections générales d'octobre 2024, marquées par une fraude généralisée, plus de 400 opposants ont été victimes de violences, et 55 ont été tués. Un soulèvement populaire écrasé dans le sang par le Frelimo, au pouvoir depuis 1975 dans ce pays, cinquième plus pauvre du monde malgré ses immenses richesses pétro-gazières.
Nous connaissons cette histoire. Nous la vivons ici, à Madagascar, où les entrailles de notre terre nourrissent des fortunes lointaines tandis que nos communautés croupissent dans la pauvreté. L'extractivisme ne connaît pas de frontières, mais ses victimes, elles, portent toujours le même visage: celui des peuples invisibilisés.
La répression mozambicaine prend aussi la forme d'un black-out informationnel. Des journalistes ont payé leur engagement de leur vie. Joao Chamusse, connu pour ses éditoriaux acerbes sur la corruption et la mauvaise gouvernance, a été abattu chez lui en décembre 2023. Albino Sibia est mort sous les balles de policiers en décembre 2024, à 30 ans, alors qu'il couvrait une manifestation. Ibraimo Mbaruco, journaliste actif au Cabo Delgado, cette région où sévit l'État islamique, avait envoyé un message en avril 2020 disant qu'il était «encerclé par des soldats». Son corps n'a jamais été retrouvé.
Celui d'Arlindo Chissale non plus. Ce journaliste et activiste engagé a disparu sans laisser de trace dans la région du Cabo Delgado. Il a été vu pour la dernière fois en janvier 2025, extrait sans ménagement d'un minibus par cinq hommes armés dont deux en uniforme de police. Arlindo Chissale avait été l'un des contacts des Observateurs de France 24 au Mozambique. Un frère d'enquête, une voix volée à la terre.
La même lutte, de l'île au continent
De Belfast au Cabo Delgado, de Wall Street aux palais présidentiels, le fil est le même. Un système qui concentre la richesse entre quelques mains, qui instrumentalise la peur pour diviser les peuples, qui assassine ceux qui disent la vérité. Mais de nos terres malgaches aux savanes mozambicaines, la résistance aussi est une racine commune. Elle pousse dans les fissures de l'oppression, elle fleurit dans la bouche de celles et ceux qui refusent le silence.
La terre se souvient de ceux qui l'ont défendue. C'est à nous de ne pas oublier.