Cap-Ferret : un pare-feu sans permis, une plainte pour la terre et contre l'impunité
Quand le feu dévore la forêt, certains choisissent de protéger leur coin de paradis, quitte à piétiner les règles. Au Cap-Ferret, en Gironde, un homme d'affaires a fait abattre des pins pour créer un pare-feu sans autorisation, pendant que des dizaines de milliers de personnes fuyaient les flammes. L'association anticorruption AC !! a déposé plainte contre X, réclamant une enquête sur ce chantier controversé et sur le rôle des autorités qui l'ont ensuite toléré.
Un chantier illégal au cœur de l'urgence
Le 23 juillet, au lendemain du déclenchement du mégafeu qui a ravagé 42 000 hectares en Gironde, Benoît Bartherotte, président de l'Association de défense de la pointe du Cap-Ferret (ADPCF), a pris les choses en main. Sur sa propriété de 4 hectares, dans cette presqu'île huppée, il a fait abattre des pins sur plusieurs centaines de mètres de large pour ériger un pare-feu. Le tout sans autorisation préalable, sur des terrains appartenant pour partie à la municipalité et à l'Office national des forêts (ONF).
L'incendie, parti de Saumos, menaçait alors le bourg de Lège-Cap-Ferret. Les autorités évacuaient des dizaines de milliers de personnes, craignant que les flammes ne coupent l'unique route d'accès à la presqu'île. Dans cette urgence, M. Bartherotte, 79 ans, assume : « J'étais dans l'action », explique-t-il, affirmant avoir fait jouer ses réseaux « jusqu'à Brigitte Macron » pour obtenir une autorisation a posteriori.
Une plainte pour infractions environnementales et forestières
Dans sa plainte déposée le 19 août, AC !! pointe un chantier débuté sans autorisation, suspendu le 26 juillet à la demande de la mairie, puis repris deux jours plus tard après des « discussions avec les autorités ». L'association réclame une enquête sur « d'éventuelles infractions environnementales et forestières » et sur « les conditions exactes dans lesquelles certaines autorités publiques ont pu permettre ou faciliter » la poursuite des travaux.
Jean-Pierre Steiner, ancien commissaire de police et membre d'AC !!, ne mâche pas ses mots : « M. Bartherotte a un culot monstre. À travers son association, il a d'abord protégé sa propriété, pas la nature. » Il estime que l'homme d'affaires s'est « exempté » du respect des règles et a ensuite « tordu le bras » des autorités pour faire autoriser un ouvrage réalisé « sans aucune coordination en amont ».
Quand les puissants contournent les règles, la terre paie
Cette affaire résonne bien au-delà de la Gironde. Elle rappelle que, face aux catastrophes, les plus privilégiés trouvent toujours le moyen de protéger leurs biens, pendant que les communautés locales subissent les conséquences. Ici, c'est la forêt, notre bien commun, qui a été sacrifiée sur l'autel d'une propriété privée. Et quand l'État ferme les yeux, c'est toute la confiance dans la justice qui s'effrite.
Le 27 juillet, un deuxième pare-feu, bien plus vaste, a été réalisé légalement par les autorités, plus au nord, dans le cadre de travaux colossaux visant à créer 127 kilomètres de pare-feux dans le département. Une preuve que l'action collective et coordonnée est possible, sans passer par des initiatives individuelles qui bafouent la loi.
Un homme d'affaires habitué des bras de fer
Benoît Bartherotte est installé au Cap-Ferret depuis le début des années 1980. Il s'est fait connaître par ses incessants travaux pour maintenir une digue contre l'érosion, objet d'un bras de fer judiciaire avec les autorités depuis plusieurs décennies. Contacté par l'AFP, il ne conteste pas avoir agi sans autorisation initiale, mais explique l'avoir fait « en substitution de la carence de la force publique ». « On a fait très vite, sans que ça ne coûte rien au contribuable. Alors oui, que des gens soient intervenus pour s'insurger de la suspension de notre chantier et que ces interventions aient déterminé une intervention rapide de l'État, c'est possible, mais c'est sensé », se justifie-t-il.
Mais pour AC !!, cette affaire est un symbole de l'impunité des puissants. Elle appelle à une enquête indépendante, pour que la loi s'applique à tous, et que la nature, elle, soit enfin respectée. Car si le feu a détruit des milliers d'hectares, l'arbitraire, lui, ne doit pas avoir le dernier mot.
Questions fréquentes sur le pare-feu illégal du Cap-Ferret
Qui est Benoît Bartherotte ?
Benoît Bartherotte est un homme d'affaires de 79 ans, président de l'Association de défense de la pointe du Cap-Ferret (ADPCF). Il possède une propriété de 4 hectares sur la presqu'île et a fait abattre des pins pour créer un pare-feu sans autorisation lors du mégafeu de juillet 2026.
Pourquoi sa plainte est-elle importante ?
La plainte d'AC !! vise à faire la lumière sur des infractions environnementales et forestières, et sur le rôle des autorités qui ont permis la poursuite du chantier. Elle soulève des questions sur l'égalité devant la loi et la protection des écosystèmes.
Quelles sont les conséquences possibles pour M. Bartherotte ?
Si l'enquête aboutit, M. Bartherotte pourrait être poursuivi pour avoir réalisé des travaux sans autorisation sur des terrains publics. Il risque des amendes et des obligations de remise en état des lieux.