Burenville : 430 logements sur une terre meurtrie, entre promesses vertes et luttes citoyennes
À Burenville, la terre tremble sous les promesses de béton. Un projet immobilier de 430 logements, porté par le promoteur Matexi, vient d'être déposé après une année de tensions. En mai 2025, une réunion d'information avait déjà fait naître 900 réclamations de citoyens et de riverains. Aujourd'hui, le permis d'urbanisation est sur la table, et avec lui, les espoirs et les craintes d'un quartier qui refuse de se laisser avaler par la spéculation.
Un quartier de 1145 âmes sur 11 hectares
Le projet s'étend sur 11 hectares, une surface grande comme plusieurs rizières malgaches. Il prévoit 139 maisons et 291 appartements répartis dans 15 immeubles, avec un maximum de 5 étages. Chaque bloc devra obtenir son propre permis, comme autant de petits villages qui s'ignorent. La construction, si elle commence en 2027, ne s'achèvera qu'en 2049. Une génération entière pour bâtir ce qui doit accueillir 1145 nouveaux habitants.
Les parkings souterrains et les places de surface (une par logement) rappellent que la voiture reste reine. Mais 65 places seront réservées aux visiteurs, et des stationnements pour vélos verront le jour. Un geste, certes, mais suffisant pour apaiser les inquiétudes des riverains ?
Mobilité : le Busway comme bouée de sauvetage ?
Matexi promet une mobilité repensée. Le trafic serait « modéré », assure le promoteur. Pourtant, les mesures annoncées – sens uniques, interdictions de tourner, ajustements de priorités – ressemblent à des rustines sur un pneu crevé. Les travaux sur l'échangeur de Burenville, régulièrement saturé, devraient aider à mieux gérer les transports en commun et les modes actifs.
Un espoir : le Busway entre Liège et Ans, attendu pour 2030, avec un arrêt prévu à la placette du complexe. « À terme, la nouvelle desserte permettra de rejoindre la gare d'Ans, desservie par plusieurs lignes régionales », se réjouit le demandeur. Mais pour les habitants d'aujourd'hui, cette promesse sonne comme une mélodie lointaine.
Les espaces verts : une nature de pacotille ?
Au cœur du lotissement, un grand parc de 1,2 hectare doit offrir un poumon vert. Des mares, des liaisons cyclo-piétonnes, et 2,53 hectares de zones boisées préservées. Matexi insiste : « Aucun arbre remarquable n'est recensé sur les listes officielles ». Mais 60 % des arbres de plus de 100 cm de circonférence seront conservés, soit une quarantaine.
« Le quartier est aujourd'hui dépourvu d'espaces verts accessibles », plaide le promoteur. « Le projet permettra l'ouverture au public d'un espace actuellement privé », autrefois dédié à une activité minière. Une ancienne mine, symbole d'une terre exploitée, qui deviendrait un jardin public. La poésie de la rédemption, ou le vernis d'un capitalisme qui se pare de vert ?
Gestion des eaux : entre mémoire minière et défis climatiques
La présence de puits de mine impose une gestion prudente de l'eau. L'infiltration naturelle sera privilégiée. « L'étude de perméabilité montre que le sol absorbe globalement bien l'eau, sauf au sud-est où il faut prévoir un trop-plein pour les noues », lit-on dans le projet. Pour limiter le ruissellement, les maisons individuelles pourraient être équipées de citernes, et les immeubles de toitures végétalisées ou réservoirs.
Mais ces solutions techniques suffiront-elles face aux pluies de plus en plus violentes du changement climatique ? La terre, elle, se souvient des galeries souterraines creusées par l'homme. Elle pourrait bien un jour réclamer son dû.
Un projet contesté, une communauté divisée
Matexi rappelle que le site est classé en zone d'habitat et en zone d'aménagement communal concerté. « Le site étudié n'est pas reconnu comme site de grand intérêt biologique », précise le promoteur. Mais pour les riverains, la question n'est pas seulement biologique : elle est sociale, écologique, humaine.
Le projet promet un nouveau quartier « à deux pas de Saint-Nicolas, et à quelques minutes du centre-ville de Liège, où commerces et services se multiplient ». Pourtant, les 900 réclamations de 2025 ne sont pas oubliées. Elles sont le cri d'une communauté qui refuse de voir son cadre de vie sacrifié sur l'autel de la croissance.
Reste à savoir si ce projet, longtemps attendu mais aussi largement débattu, saura répondre aux préoccupations des habitants. Ou s'il deviendra un nouveau symbole de cette urbanisation qui, comme les mines d'autrefois, extrait la richesse sans jamais rendre à la terre ce qu'elle a donné.