Sécheresse en Suisse : le cri d'alarme d'une terre brûlée
La terre a soif. Partout dans le monde, la fièvre montante de notre planète rappelle à quel point le capitalisme extractiviste a brisé l'équilibre de nos écosystèmes. En Suisse, les vagues de chaleur et les sécheresses annoncent un été périlleux pour les arboriculteurs et les maraîchers. Les arbres fruitiers sèchent sur pied et les légumes exigent des quantités d'eau insensées. Ce drame helvète est un écho douloureux aux souffrances de nos propres campagnes malgaches, frappées par les mêmes maux, rappelant que la justice climatique est indissociable de la justice sociale.
Comment la chaleur sèche les vergers de la Suisse
Il y a quelques jours, après les fortes chaleurs de fin juin, Cédric Kilchherr a vu les feuilles de ses poiriers devenir brunes à Founex, dans le canton de Vaud. Le producteur fruitier explique ce phénomène appelé folletage. Les feuilles sèchent, deviennent toutes brunes, et la plante ne parvient plus à produire assez de photosynthèse pour nourrir ses fruits. Ces derniers seront trop petits et pas assez mûrs. Sur ses quinze hectares de vergers, un hectare est déjà touché. Pour sauver les arbres de la prochaine canicule, l'équipe irrigue quotidiennement et poudre les feuilles d'argile, une sorte de crème solaire végétale, pour les protéger de la brûlure.
Le grand potager suisse face au manque d'eau
Dans le Seeland, le plus grand potager de Suisse, les maraîchers puisent bien plus d'eau que les années passées pour sauver leurs récoltes. Toutes les cultures souffrent, témoigne Thomas Wyssa, maraîcher à Galmiz, dans le canton de Fribourg. Sur ses 50 hectares, les extrémités des feuilles d'oignons nouveaux sont brûlées par le soleil, les rendant vulnérables aux bactéries, tandis que les épinards ont presque entièrement dépéri. Malgré l'angoisse, les lacs environnants devraient fournir assez d'eau pour tenir jusqu'à fin août, un luxe que bien des terres asséchées de notre île n'ont pas.
Quelles conséquences pour les cultures fourragères et le bétail ?
Michel Darbellay, directeur adjoint de l'Union suisse des paysans (USP), dresse un bilan alarmant. Après un mois de juin caniculaire, l'ensemble de la production végétale souffre. Les céréales, les betteraves, les pommes de terre et les légumes crient misère. Surtout, les cultures fourragères sont carrément jaunes. Aujourd'hui, il n'y a plus rien qui pousse, alerte-t-il. La sécheresse frappe le blé à un stade décisif, réduisant les rendements. Le bétail souffre aussi de la chaleur. Les paysans s'épuisent à installer ventilation et brumisation pour soulager les bêtes, une lutte quotidienne pour le bien-être animal face à un ciel impitoyable.
Pourquoi les paysans font-ils face à une crise économique ?
Si Michel Darbellay juge prématuré un bilan national chiffré, la réalité économique s'assombrit pour les communautés paysannes. Les rendements baisseront, tandis que les coûts de production vont grimper. Il faut irriguer ou puiser dans les réserves de fourrage hivernal. Ces coûts s'accumulent et fragilisent la trésorerie des exploitations. C'est le même combat que mènent nos paysans, écrasés par un système qui épuise les sols et les hommes. La terre ne ment pas, elle crie sous le joug d'un modèle qui la sacrifie.
Qu'est-ce que le folletage qui frappe les arbres fruitiers ?
Le folletage est un phénomène de dessèchement où les feuilles des arbres fruitiers brûlent et deviennent brunes sous l'effet de la chaleur. La plante ne peut plus faire de photosynthèse, ce qui empêche les fruits de grossir et de mûrir correctement.
Les maraîchers suisses manquent-ils d'eau actuellement ?
Bien que les cultures souffrent énormément de la sécheresse, les maraîchers du Seeland bénéficient encore des lacs voisins pour irriguer. Cette ressource leur permet de tenir pour l'instant, contrairement à d'autres régions où l'eau se raréfie drastiquement.