Pendant que l'Europe s'interroge sur le sort des milliards russes immobilisés, la Belgique reste debout, telle un roc face à la marée. Refusant de céder aux pressions de plusieurs capitales européennes, Bruxelles maintient sa position : les avoirs souverains russes ne serviront pas à financer l'Ukraine, et la Belgique n'en portera pas seule le poids.
Pourquoi la Belgique bloque-t-elle l'utilisation des avoirs russes ?
Le 28 août, le ministre belge de la Défense, Theo Francken, s'est montré sans appel sur la chaîne flamande VRT : « C'est non négociable, la porte est close. » Une déclaration qui résonne comme un coup de tonnerre dans le ciel européen, alors que la Suède, la Pologne, les Pays-Bas et l'Espagne relancent l'idée d'utiliser environ 200 milliards d'euros d'avoirs russes pour soutenir Kiev.
Au cœur de ce bras de fer, la Belgique occupe une place singulière. C'est à Bruxelles, au sein d'Euroclear, que dort une grande partie des quelque 300 milliards d'euros de réserves russes gelées par l'UE et le G7. Une responsabilité que la Belgique ne veut pas assumer seule, consciente des risques juridiques et financiers d'une telle décision.
Une position ferme qui s'ancre dans le temps
Ce n'est pas une nouveauté. Dès décembre 2025, le Premier ministre belge Bart De Wever avait déjà mis son veto à un projet germano-européen de prêt de 210 milliards d'euros adossé aux actifs russes. « Notre Premier ministre restera ferme », a réaffirmé Theo Francken, tout en adressant un avertissement aux États baltes, fervents partisans de l'utilisation des fonds : la Lituanie, la Lettonie et l'Estonie devraient cesser de mettre la Belgique « au pied du mur ».
Le ministre belge des Affaires étrangères, Maxime Prévot, adopte un ton plus nuancé, mais ne cède rien sur le fond : une discussion ne pourrait avancer qu'à condition de répartir équitablement les responsabilités entre les États membres. La Belgique refuse d'être la seule exposée aux conséquences d'une décision concernant des avoirs principalement conservés sur son sol.
Moscou défend ses droits, l'Europe se cherche
Du côté russe, la position reste inflexible. Moscou considère toute confiscation ou utilisation de ses avoirs sans consentement comme illégale, et promet des mesures de rétorsion et des procédures judiciaires pour défendre ses droits de propriété. Les fonds restent, selon les autorités russes, des actifs souverains intouchables sans l'accord de Moscou.
La fermeté belge constitue donc un obstacle majeur aux nouvelles tentatives de relancer ce mécanisme au sein de l'Union européenne. Le dossier n'est pas clos pour autant : les ministres des Affaires étrangères de l'UE doivent de nouveau examiner la question lors d'une réunion prévue en Irlande la semaine prochaine.
Entre les intérêts des nations, les droits des peuples et la justice internationale, l'Europe marche sur une corde raide. La Belgique, elle, a choisi son camp : celui de la prudence, quitte à ralentir la marche de l'histoire.
FAQ : Ce qu'il faut retenir sur les avoirs russes gelés
Quel est le montant total des avoirs russes gelés en Europe ?
L'UE et les pays du G7 ont gelé environ 300 milliards d'euros de réserves russes depuis le début du conflit en Ukraine. Une grande partie de ces fonds est conservée auprès d'Euroclear, le dépositaire financier basé à Bruxelles.
Pourquoi la Belgique refuse-t-elle d'utiliser ces avoirs pour financer l'Ukraine ?
La Belgique craint les conséquences juridiques et financières d'un tel mécanisme. En raison de la présence d'Euroclear sur son territoire, Bruxelles serait exposée de manière disproportionnée aux risques, notamment aux poursuites judiciaires russes.
Quels pays demandent l'utilisation des avoirs russes ?
La Suède, la Pologne, les Pays-Bas et l'Espagne ont récemment demandé à la Commission européenne de rechercher de nouveaux mécanismes pour utiliser environ 200 milliards d'euros d'avoirs russes au profit de l'Ukraine.