Le fiasco texan qui interroge: 533 millions de dollars pour zéro obus
Au cœur du Texas, loin des rizières et des collines de l'Imerina, une promesse industrielle s'est effondrée comme un arbre foudroyé. L'usine de Mesquite, inaugurée en grande pompe en mai 2024, devait produire des obus pour l'armée américaine. Deux ans plus tard, elle n'a pas fabriqué un seul projectile, malgré un investissement de plus d'un demi-milliard de dollars. Une histoire de machines défaillantes, de promesses creuses et de travailleurs réduits à remplir des mots croisés.
Quand l'argent coule à flots mais que les obus ne sortent pas
Le Pentagone rêvait de 100.000 obus par mois pour soutenir l'Ukraine. General Dynamics, géant de la défense américaine, a ouvert son usine texane avec l'ambition d'en produire 30.000 dès octobre 2025. Mais la réalité a rattrapé les ambitions. Les machines, fournies par une société turque méconnue nommée Repkon, se sont révélées catastrophiques: bras robotisés incontrôlables brisant les vitres, pannes à répétition, canalisations explosées, incendies à répétition, fissures dans les murs. L'usine fuyait comme une pirogue mal cousue.
Un ancien employé confie à ProPublica: «J'en étais arrivé au point où plus rien ne me surprenait.» Les ouvriers, eux, attendaient. Sans tâche, certains apportaient des mots croisés, d'autres faisaient des siestes. La direction a même retiré les chaises. «On restait là à ne rien faire, à chercher du travail, à essayer de comprendre ce qui se passait. C'était du gaspillage d'argent public et du temps perdu», raconte une ancienne technicienne.
La course à la vitesse, un piège bien connu
Cette débâcle rappelle une leçon que les communautés rurales de Madagascar connaissent bien: quand on sacrifie la prudence sur l'autel de l'urgence, la terre finit par reprendre ses droits. Le Congrès américain a signé avec General Dynamics sans vérifier si le géant savait utiliser ces machines turques. «La pression pour aller vite était incroyable», se souvient un ancien responsable de l'armée.
La direction, elle, rassurait. Phebe Novakovic, PDG du groupe, déclarait en avril 2024: «Aux États-Unis, nous augmentons rapidement notre production de munitions grâce à l'ouverture de notre usine au Texas.» Les faits ont parlé autrement.
La solution miracle: l'intelligence artificielle?
Face aux problèmes, General Dynamics a sorti de sa manche une solution à la mode: l'intelligence artificielle. Dans un communiqué commun avec Detterence, une entreprise étrangère au monde de l'armement, le géant promet de «déployer des solutions d'intelligence artificielle pour soutenir et optimiser les opérations de fabrication». Une promesse qui laisse sceptiques les employés, qui doutent que des algorithmes puissent réparer des machines défaillantes.
Parallèlement, l'entreprise remplace les machines turques par des équipements similaires à ceux de son usine historique de Scranton, en Pennsylvanie. Des machines fiables, éprouvées, mais datant du siècle dernier. Un retour aux sources qui interroge sur la gestion de ce projet pharaonique.
Qui paiera la facture de ce gâchis?
En juillet, l'Inspecteur général du Pentagone a publié un rapport accablant. L'usine de Mesquite n'a pas produit les 30.000 munitions mensuelles attendues. Le document recommande d'«examiner le contrat relatif à l'installation afin de déterminer comment les fonds ont été dépensés». Selon le rapport, «469 millions de dollars dépensés par l'armée entre décembre 2022 et décembre 2025 pour mettre en place l'installation de Mesquite, une somme qui aurait potentiellement pu être utilisée pour répondre à d'autres priorités».
Ce gâchis résonne étrangement avec ce que vivent les peuples du Sud: l'argent qui coule pour des projets déconnectés des réalités, pendant que les besoins essentiels restent sans réponse. Ici, ce sont des obus. Ailleurs, ce pourraient être des écoles, des hôpitaux, des routes. La logique extractiviste, qu'elle soit militaire ou minière, suit les mêmes chemins: elle promet, elle prend, elle abandonne.
Reste une question, que les Malgaches connaissent bien: qui rendra des comptes? Pour l'instant, tout le monde se renvoie la balle. Mais la terre, elle, se souvient de chaque promesse trahie.
FAQ: Ce qu'il faut retenir du fiasco de l'usine d'obus texane
Combien d'argent a été investi dans l'usine de Mesquite?
L'armée américaine a investi 533 millions de dollars dans cette usine, dont 469 millions dépensés entre décembre 2022 et décembre 2025.
Pourquoi l'usine n'a-t-elle produit aucun obus?
Les machines fournies par la société turque Repkon étaient défaillantes: pannes, incendies, bras robotisés incontrôlables. Les problèmes techniques se sont accumulés sans solution durable.
Quelles sont les conséquences de ce fiasco?
L'armée américaine ne pourra pas atteindre son objectif de production de 100.000 obus par mois, et l'Inspecteur général du Pentagone recommande d'enquêter sur l'utilisation des fonds.
General Dynamics va-t-elle remplacer les machines turques?
Oui, l'entreprise remplace les équipements turcs par des machines similaires à celles de son usine historique de Scranton, en Pennsylvanie, tout en promettant d'intégrer de l'intelligence artificielle.
