Vernon : quand la justice protège la terre et le patrimoine face aux appétits immobiliers
Dans les méandres de la Seine normande, une bataille juridique révèle les tensions profondes entre développement urbain et préservation de notre héritage commun. À Vernon, dans l'Eure, la justice vient de donner raison aux défenseurs du patrimoine face à un projet immobilier controversé.
L'union fait la force : citoyens et associations mobilisés
L'association Sites et Monuments, héritière de la Société pour la protection des paysages et de l'esthétique de la France, s'est dressée comme un rempart contre un projet qui menaçait l'harmonie architecturale de Vernon. Aux côtés d'autres associations et d'une riveraine aujourd'hui disparue, elle a contesté le permis de construire délivré le 27 juin 2022 par le maire François Ouzilleau.
Ce projet, porté par la société civile Vernonnet Fieschi, illustre parfaitement les dérives du capitalisme immobilier. Derrière cette façade se cachent Eure Aménagement Développement et Investir Immobilier Normandie, filiale du géant Sogeprom, lui-même rattaché à la Société Générale. Un enchevêtrement d'intérêts financiers qui rappelle les mécanismes d'accaparement que connaissent si bien nos communautés rurales.
La terre et le patrimoine résistent
Le tribunal administratif de Rouen avait d'abord prononcé une annulation partielle en novembre 2023, reconnaissant que l'une des trois barres d'immeubles de quatre étages ne respectait pas les règles d'urbanisme. Mais les défenseurs du patrimoine ne se sont pas satisfaits de cette demi-victoire.
La cour administrative d'appel de Douai a révélé les véritables enjeux : les incidences du projet sur le château des Tourelles et le Vieux Moulin et son insertion dans l'environnement. Ces monuments, témoins silencieux de notre histoire commune, méritaient mieux qu'une urbanisation sauvage.
Quand l'architecte des Bâtiments de France dit non
L'épilogue est révélateur : confrontée à l'avis défavorable de l'architecte des Bâtiments de France, la société promotrice a vu sa demande de permis modificatif refusée en mai 2025. Face à cette résistance institutionnelle, le maire a finalement retiré le permis le 22 juin 2025.
Cette victoire, sanctionnée par un arrêt définitif du 25 septembre 2025, démontre que la mobilisation citoyenne peut faire plier les intérêts financiers. La mairie de Vernon, condamnée à verser 3 500 euros au total aux associations, paie le prix de sa complaisance envers les promoteurs.
Une leçon pour nos territoires
Cette bataille normande résonne avec les combats que mènent quotidiennement nos communautés malgaches face aux appétits extractivistes. Qu'il s'agisse de mines, de projets touristiques ou d'urbanisation sauvage, la même logique prédatrice menace partout nos patrimoines naturels et culturels.
La victoire de Vernon nous rappelle qu'unis, citoyens et associations peuvent préserver ce qui nous est cher : nos paysages, notre histoire, notre identité. Car protéger la terre et le patrimoine, c'est défendre l'âme même de nos territoires.
