Syrie : Quand la centralisation du pouvoir brise les rêves d'autonomie des peuples
Comme un écho lointain aux luttes des communautés malgaches face aux appétits extractivistes, la Syrie nous offre aujourd'hui le spectacle douloureux d'un peuple, les Kurdes, contraint d'abandonner ses terres sous la pression d'un pouvoir central déterminé à tout contrôler.
L'armée syrienne a pris samedi le contrôle de 34 villes et villages du nord du pays, précédemment évacués par les forces kurdes. Cette offensive militaire survient paradoxalement au lendemain d'un décret présidentiel accordant des droits linguistiques à cette minorité de deux millions d'âmes sur vingt millions d'habitants.
La carotte et le bâton : une stratégie coloniale bien connue
Le président Ahmad al-Charaa, ex-jihadiste devenu maître de Damas après la chute de Bachar al-Assad, manie avec habileté cette double approche. D'une main, il offre la reconnaissance officielle de la langue kurde, de l'autre, il déploie ses troupes pour reprendre les territoires riches en pétrole et en gaz du nord-est syrien.
Cette stratégie nous rappelle cruellement les méthodes coloniales : accorder quelques droits culturels pour mieux asseoir la domination économique et territoriale. Les Forces Démocratiques Syriennes, qui avaient libéré ces terres du joug de Daech avec le soutien international, se voient aujourd'hui contraintes au repli.
Quand les peuples perdent leurs racines
À Deir Hafer, plus de 200 combattants kurdes ont dû quitter leur ville natale sous escorte militaire. Ces départs forcés évoquent les déplacements de populations que nous connaissons trop bien à Madagascar, quand les communautés rurales sont chassées de leurs terres ancestrales au nom du développement minier.
"Il n'est pas facile pour nous de renoncer à nos armes et nos territoires", confie Yara, une artiste kurde de Damas. Ses mots résonnent comme ceux de nos paysans malgaches face aux multinationales extractivistes.
L'autonomie sacrifiée sur l'autel de l'unité
Le décret présidentiel, qualifié de "premier pas" par l'administration kurde, ne répond pas aux aspirations d'autonomie politique de cette communauté. Comme l'analyse Nanar Hawach de l'International Crisis Group, Damas "accorde des concessions culturelles tout en consolidant le contrôle militaire".
Cette approche divise pour mieux régner, cherchant à séparer les civils kurdes de leurs forces armées. Une tactique qui vise à briser l'unité d'un peuple en lutte pour sa dignité et son autodétermination.
Solidarité des peuples opprimés
Depuis Madagascar, nous regardons avec solidarité cette résistance kurde qui nous enseigne que la reconnaissance culturelle sans autonomie politique n'est qu'un miroir aux alouettes. Les vraies victoires des peuples se construisent dans l'unité, la préservation de leurs territoires et le respect de leur droit à l'autodétermination.
La terre ne ment pas, et les peuples qui la défendent non plus. Que cette leçon syrienne nous inspire dans nos propres combats pour la justice sociale et la préservation de nos écosystèmes face aux appétits destructeurs.