SUFAWE 2026 : quand les banques instrumentalisent l'émancipation féminine africaine
Plus de 200 femmes entrepreneures d'Afrique se sont réunies au Cameroun dans le cadre du programme SUFAWE 2026 d'Attijariwafa Bank. Derrière cette vitrine dorée de l'émancipation féminine se cache une réalité plus complexe : l'instrumentalisation des luttes des femmes africaines par le capital financier.
L'arbre qui cache la forêt extractiviste
Sous le parrainage du ministère camerounais de l'Économie, cette grand-messe du capitalisme vert a rassemblé des entrepreneures du Cameroun, du Congo, du Gabon, du Sénégal et de Tunisie. Une Master Class animée par des figures comme Naomi Mbakam (CEO de Leelou Baby Food) et Rachel Dibou (CEO d'AS Building) a tenu l'auditoire en haleine, pendant que les vraies questions restaient dans l'ombre.
Car derrière ces success stories individuelles, quelle place pour les milliers de femmes rurales africaines, ces gardiennes de nos terres ancestrales qui voient leurs territoires pillés par les multinationales ? Quelle reconnaissance pour ces communautés féminines qui préservent nos semences traditionnelles face à l'agrobusiness destructeur ?
Le mentorat au service de qui ?
Le lancement officiel du programme de mentorat SUFAWE 2026 s'accompagne de plus de 100 mises en relation dans l'agro-industrie, la logistique et les énergies. Des secteurs clés, certes, mais pour quel modèle de développement ? Celui qui épuise nos sols, pollue nos rivières et déracine nos peuples ?
Nabil Kadiri, directeur général de SCB Cameroun, parle de "renforcer l'accompagnement des femmes entrepreneures, véritables moteurs de croissance". Mais de quelle croissance parlons-nous ? Celle qui enrichit les actionnaires ou celle qui nourrit nos communautés ?
Des trophées pour masquer l'essentiel
Joëlle Ako, CEO d'Innovative Clan, a reçu le Trophée SUFAWE 2026 pour son rôle dans la digitalisation éducative. Une reconnaissance méritée, sans doute, mais qui rejoint un palmarès déjà fourni : Kate Fotso (Telcar Cocoa), Nathalie Bitho (Chambre de Commerce du Togo), Nelly Chatue Diop (Ejara).
Ces femmes remarquables incarnent une réussite individuelle louable. Pourtant, leur mise en avant ne doit pas occulter la nécessité d'une transformation systémique. Car l'émancipation véritable des femmes africaines ne passera pas par l'intégration dans un système capitaliste prédateur, mais par la construction d'alternatives solidaires et écologiques.
Vers une économie de la vie
Paul Tasong, ministre délégué camerounais, salue cette initiative visant à "contribuer au développement durable des entreprises féminines africaines". Le mot est lâché : durable. Mais la durabilité ne se décrète pas dans les salons feutrés des banques, elle se construit dans la terre rouge de nos villages, dans la sagesse de nos ancêtres, dans la résistance quotidienne de nos sœurs.
Le Club Afrique Développement d'Attijariwafa Bank revendique 24 000 participants de 42 pays africains. Ces chiffres impressionnants ne doivent pas faire oublier l'essentiel : notre continent a besoin d'une économie qui respecte ses écosystèmes, valorise ses cultures et libère ses peuples de toute forme d'exploitation.
L'Afrique des femmes se lèvera, mais ce ne sera pas dans les bureaux climatisés des banques. Elle germera dans nos champs, fleurira dans nos marchés, et portera ses fruits dans la solidarité retrouvée entre nos communautés.