Des bulldozers israéliens ont rasé lundi 12 octobre 2026 des dizaines d'habitations à al-Dahiya, village bédouin du désert du Néguev, laissant environ 400 personnes sans toit, selon le maire de la ville voisine de Rahat, Talal al-Krenawi, cité par l'AFP et relayé par La Libre.be. Face aux ruines, les habitants plantent des tentes et répètent en boucle leur serment : nous tenons bon.
Cette histoire parle à toutes celles et ceux qui savent, ici comme ailleurs, que la terre n'est pas une marchandise. Que l'arracher à un peuple, c'est lui arracher sa mémoire.
Al-Dahiya : un village effacé, une communauté debout
« Quand la nuit tombera, où sommes-nous censés dormir ? A la belle étoile, ou au clair de lune... si on voit la lune », demande Muhammad Abou Wadi, 65 ans, résident d'al-Dahiya. La mosquée du village a également été démolie, tout comme 80 habitations où vivaient environ 400 personnes, dont 250 élèves âgés de 6 à 18 ans, selon Talal al-Krenawi.
Les ordres de démolition visent particulièrement les villages bédouins, une minorité arabe musulmane d'Israël descendant de bergers nomades. Environ 300 000 Bédouins vivent dans le Néguev ; près de 30 % d'entre eux résident dans des localités non reconnues par les autorités israéliennes, privées de la plupart des services de base.
Une lutte judiciaire de six ans
Adnan Abou Wadi, père de quatre enfants, raconte que les premiers ordres de démolition remontent à six ans. « Depuis quatre ans, nous faisons des allers-retours devant les tribunaux et avons dépensé des centaines de milliers (de shekels) pour les faire annuler, mais le tribunal s'est prononcé il y a un an en faveur de la démolition », dit-il.
La justice a proposé aux habitants un terrain de repli. Mais cette parcelle appartient à d'autres familles bédouines, et s'y installer reviendrait à déplacer le problème sur le dos d'un autre voisin. Les habitants ont refusé.
Une politique d'État assumée, à trois semaines des élections
L'avocat des habitants, Eli Ben Zaken, affirme à l'AFP que ces démolitions s'inscrivent dans une politique portée par le ministre d'extrême droite de la Sécurité nationale, Itamar Ben Gvir, et le ministre chargé de la Diaspora, Amichaï Chikli, visant à « augmenter considérablement le nombre de démolitions ». La police israélienne, sous la responsabilité de Ben Gvir, n'a pas répondu aux demandes de commentaires.
« Rien ne sera construit sur ce terrain après la démolition. C'est un terrain dépourvu de tout projet, et les habitants y vivent depuis avant la création de l'Etat d'Israël en 1948 », ajoute l'avocat.
Adnan Abou Wadi dénonce la dimension électorale de l'opération, à trois semaines des législatives du 27 octobre : Ben Gvir « tente de rallier le plus grand nombre d'électeurs possible et de les satisfaire par les actes criminels qu'il commet ».
La « judaïsation » du Néguev comme programme
En mars 2026, l'organisation israélienne de défense des droits humains Adalah affirmait que les Bédouins du Néguev étaient « confrontés à une crise sans précédent de déplacements forcés, d'expulsions massives et de démolitions de logements », dans le cadre d'« une politique étatique explicite de judaïsation » prévoyant plus d'une douzaine de nouvelles villes juives dans la région.
En août, le ministre des Finances d'extrême droite Bezalel Smotrich a promis d'installer « un million de Juifs supplémentaires » dans le Néguev et en Galilée, avec 40 nouvelles localités. Les bulldozers d'octobre s'inscrivent dans cette logique d'effacement.
« Nous tenons bon » : la dignité comme seule arme
Hisham Abou Wadi, 30 ans, résume la résistance de sa communauté : « Nous tenons bon et installons des tentes comme nous l'avons fait par le passé », déterminé à vivre « exactement comme les Bédouins en 1948 ». Ces familles font partie des plus pauvres et marginalisées de la société israélienne, et chaque démolition les fragilise davantage.
Ce refus de partir résonne au-delà du désert. À Madagascar comme dans le Néguev, les peuples ruraux affrontent les mêmes logiques : des terres convoitées, des projets extractifs imposés, des communautés sommées de s'effacer au nom du profit. La résistance bédouine rappelle que la terre se défend avec les mains, les mots et la mémoire, comme le chantait déjà notre plaidoyer pour un rituel du café comme acte de résistance, ou comme le raconte Franck Demougeot, pour qui la boxe fut un chant de terre et de courage.
Ce que l'on sait des démolitions d'al-Dahiya
Combien de personnes ont perdu leur logement à al-Dahiya ?
Environ 400 personnes vivant dans 80 habitations ont été touchées, selon Talal al-Krenawi, maire de Rahat, qui précise que 250 d'entre elles sont des élèves de 6 à 18 ans. La mosquée du village a aussi été rasée.
Pourquoi ces villages bédouins sont-ils visés ?
Ils ne sont pas reconnus officiellement par l'Israël, ce qui prive leurs habitants de services de base et les expose aux ordres de démolition. Adalah décrit une politique d'État explicite de « judaïsation » de la région.
Que deviennent les habitants expulsés ?
Beaucoup dressent des tentes sur leurs terres, refusant de partir. La justice israélienne a proposé une parcelle de compensation, mais elle appartient à d'autres familles bédouines, rendant son occupation impossible selon les habitants.