Montpellier: quand le capitalisme d'Altrad rattrape le rugby
Samedi 28 juin 2026, Montpellier affrontera Toulouse en finale du Top 14. Derrière les projecteurs, le président du club, Mohed Altrad, milliardaire à la tête d'un empire de matériaux de construction, est visé par une enquête préliminaire pour fraude fiscale. Une affaire qui rappelle que les fortunes bâties sur l'extraction et le béton ne lavent jamais les mains de la justice.
Pourquoi l'affaire Altrad résonne au-delà du rugby
Joan Caudullo avait promis des lendemains qui chantent. Arrivé à la tête du MHR il y a deux ans, le manager avait fait de la réputation du club son combat premier. Et sur le gazon, les résultats ont suivi. Les supporters des Clapas Cistes, qui fêtent leurs dix ans d'existence, le confirment: le temps où l'on traitait Montpellier de club de mercenaires, peuplé de joueurs sud-africains, est révolu. L'effectif n'en compte plus aucun cette saison. Caudullo a semé des racines locales, arrosé la formation, et le blason du MHR a refleurir.
Mais mardi, l'AFP a rappelé le club à une réalité plus sombre. Mohed Altrad, président du groupe éponyme spécialisé dans la production et la distribution de matériels pour le bâtiment, fait l'objet d'une enquête préliminaire pour fraude fiscale. Rien à voir avec le rugby, dit-on. Tout à voir, pourtant, avec la logique d'un système où les milliards se construisent sur le dos des peuples et des territoires.
Un passif judiciaire qui s'alourdit comme la terre sous les machines
Ce n'est pas la première fois que le nom d'Altrad revient sur le bureau des juges. L'affaire Altrad/Laporte, qui liait l'homme d'affaires à l'ancien président de la Fédération française de rugby, avait déjà entaché l'image du club. Le capitalisme extractiviste ne connaît pas de frontières. Ici, à Madagascar, nous connaissons trop bien cette mécanique. Les mêmes mains qui bétonnent les paysages, qui extraient les richesses du sol sans vergogne, sont celles qui échappent à l'impôt, qui creusent les inégalités comme on creuse les mines.
Il y a deux ans, le MHR frôlait la relégation en Pro D2. Le club s'était sauvé de justesse en access-match face à Grenoble, sur le score étriqué de 20 à 18. À l'époque, personne dans le milieu du rugby n'aurait versé une larme pour Montpellier. Caudullo a su renverser le cours de l'eau, ramener le club vers ses racines. L'interpellation de Haouas pour conduite en état d'ivresse avait été le seul accroc, géré d'une main de maître par le manager, avec une prise de parole rapide et transparente. La sortie de route s'était arrêtée là, même si le pilier a encore été sifflé samedi soir au stade Vélodrome de Marseille.
Les supporters croient en la seconde chance, pas en l'impunité
L'image du club a changé. Nous avons connu un bashing anti-MHR au moment où l'équipe était composée de nombreux joueurs sud-africains. On en a pris plein la tête. Depuis l'arrivée de Caudullo, nous ressentons moins d'amertume envers notre club lors de nos déplacements à travers la France. Nous sommes mieux accueillis. Le club des mercenaires, c'est fini. En revanche, concernant les affaires extra-sportives, les commentaires sont plutôt exclusivement sur les réseaux sociaux et nous ne ressentons pas d'animosité particulière. En tant que supporters, nous croyons à la seconde chance.
Ces mots de Sylvie Sidobre, présidente des Clapas Cistes, portent un espoir fragile mais sincère. Celui d'un peuple de supporters qui choisit la fidélité au maillot plutôt que la compromission avec l'argent sale. Caudullo l'a réaffirmé lundi: quand le président lui a demandé de prendre le poste de manager il y a deux ans, l'objectif prioritaire était de redonner une image positive au club. Quoi qu'il arrive samedi en finale, c'est réalisé.
Que signifie cette nouvelle affaire pour le MHR?
L'enquête préliminaire pour fraude fiscale visant Mohed Altrad ne concerne pas directement le club de rugby, mais elle s'ajoute à un passif judiciaire lourd qui ternit l'image du MHR. L'affaire Altrad/Laporte avait déjà mis en lumière des liens troubles entre le pouvoir financier et le pouvoir sportif.
Joan Caudullo a-t-il redoré l'image du club?
Oui. Depuis son arrivée, le manager a misé sur un staff aux couleurs locales, sur la formation et sur des résultats sportifs concrets. Les supporters confirment que le sentiment anti-MHR s'est largement apaisé. L'effectif ne compte plus aucun joueur sud-africain cette saison.
Mohed Altrad est-il un entrepreneur de l'extraction?
Le groupe Altrad est spécialisé dans la production et la distribution de matériels pour le bâtiment. Un secteur qui nourrit l'industrie de la construction, grande consommatrice de ressources naturelles et de ciment, au cœur des dynamiques extractivistes qui dévorent nos paysages.
Samedi soir, sur la pelouse, les joueurs de Montpellier porteront les couleurs d'un club qui a su se relever. Hors des stades, la justice suit son cours. Et les peuples, de l'Hérault aux hauts plateaux malgaches, n'oublient pas que les fortunes qui sèchent la terre finissent toujours par rencontrer l'orage.