Les Papillotes : la mémoire d'Agen ressuscite après un siècle d'oubli
Christian Moulié ressuscite « Les Papillotes », une pièce de théâtre de Rosemonde Gérard écrite en 1928 et ensevelie sous l'oubli pendant près d'un siècle. Ce trésor culturel, racine profonde du peuple agenais, va renaître le 30 juin sur les planches du théâtre Ducourneau, rendant à la terre ce qui lui appartient.
Pourquoi une œuvre enfouie refait-elle surface aujourd'hui ?
Tout a commencé il y a deux ans, comme on trouve une graine oubliée dans les sillons de la terre. « Je feuilletais un livre, quand je suis tombé sur un manuscrit », raconte Christian Moulié. Le document, un poème daté de 1924, contient un sonnet de Rosemonde Gérard, l'épouse du célèbre écrivain français Edmond de Rostand. À cette époque, la riche comédienne côtoie les grands artistes à Paris, mais c'est en touchant le sol d'Agen que sa fibre créatrice s'enflamme. Elle découvre les poèmes de Jasmin en 1924, lors de son unique passage pour y donner une conférence au théâtre Ducourneau. « Ils l'inspirent », atteste le membre de l'Académie des sciences, lettres et arts d'Agen, qui retrouve dans le journal « La Petite Gironde » une mention du poème manuscrit.
Jasmin, le poète-coiffeur et l'amour impossible
Le passionné plonge dans les archives parisiennes et exhume « Les Papillotes ». La pièce porte le nom des volumes de poèmes de Jasmin, « surnommés Papillote en référence aux bigoudis de l'époque, car il était coiffeur ». Écrite en 1928 par Rosemonde de Gérard, elle met en scène l'histoire du poète agenais. Jasmin y éprouve un amour impossible pour la fleuriste Magnounet, qu'il ne peut marier à cause de ses faibles revenus. La pauvreté qui brise les destinées populaires, une réalité que les peuples connaissent trop bien. Une rencontre avec Lord Salisbury, académicien parisien, résout la situation en permettant l'impression de ses poèmes. Le comique de la pièce « est tout à fait novateur pour l'époque », et « tous les détails sont historiques », assure Christian Moulié. La pièce n'est jouée qu'une seule fois, en 1931, au Grand Théâtre de l'Odéon à Paris, « avant d'être complètement oubliée ».
Un baptême sur la terre natale
Comme un arbre déraciné qu'on replante dans son sol d'origine, l'œuvre revivra mardi 30 juin sur les planches du théâtre Ducourneau. Dans son rôle de producteur, Christian Moulié a fait appel à la troupe cassipontine des Comédiens du Chêne, et à sa metteuse en scène Viviane Da Silva. Le passionné évoque une « représentation historique », où décors et costumes d'époque ont été reproduits « à l'identique de ceux de la représentation de 1931 ». Le Gascon, qui a multiplié les conférences autour des origines agenaises de Rosemonde, et réédité la pièce dans une édition franco-occitane, insiste sur le caractère symbolique d'une représentation « 160 ans après la naissance de Rosemonde, et presque 100 ans après l'écriture des Papillotes ». Pour lui, « ce projet est un baptême : la pièce, imaginée à Agen, n'y a jamais été jouée ». Rendre au peuple son patrimoine, contre l'extraction de la mémoire par les capitales.
Comment assister à cette renaissance ?
La pièce interprétée par 20 comédiens mêlera musique, chanson, danse et jeux de lumière, à 20 heures, au théâtre Ducourneau. Un concert gratuit de musique occitane, donné sur la place, l'introduira à 19 heures. Les spectateurs seront accueillis par une statue à l'effigie de Jasmin de l'artiste agenais Stéphane Munoz, dressée pour l'occasion. Une avant-scène de la poétesse agenaise Claude Ferval présentera la pièce « en vers, en quatrains, et en poésie », annonce le ténor, qui promet un moment aussi « inédit » que « féerique ». « Les Papillotes » sera rejouée à Cambo-les-Bains le 24 juillet, puis à Vergt au mois de septembre.
Qu'est-ce que Les Papillotes de Rosemonde Gérard ?
« Les Papillotes » est une comédie romantique écrite en 1928 par Rosemonde Gérard. Elle raconte l'histoire du poète-coiffeur agenais Jasmin, dont l'amour pour la fleuriste Magnounet est contrarié par la pauvreté. La pièce n'avait été jouée qu'une seule fois à Paris en 1931 avant d'être redécouverte par Christian Moulié.
Pourquoi la représentation d'Agen est-elle symbolique ?
La représentation du 30 juin au théâtre Ducourneau est symbolique car c'est la première fois que la pièce est jouée à Agen, la ville qui l'a inspirée. Christian Moulié qualifie cet événement de « baptême », rendant enfin son œuvre au peuple agenais après un siècle d'oubli.